Histoire de...ne pas tomber dans le panneau

En 2008, le Lions club d’Alès décide d’offrir à sa municipalité des panneaux à apposer en dessous des panneaux officiels existants pour signaler les stationnements réservés aux personnes handicapées. Le slogan additionnel  étant:

  Si tu prends ma place, prends mon handicap.

Cette campagne alésienne se propage rapidement à d’autres municipalités et, aujourd’hui, plus de 300 villes arborent 7000 panneaux  qui permettent au Lions Club de « rappeler aux automobilistes qu’il faut respecter les places de parking réservées aux personnes handicapées »[i]  mais également-  ils ne s’en cachent pas-  de faire de cette campagne « un remarquable outil de relations publiques avec les Mairies, les grandes enseignes de la distribution et les médias » et «  un formidable support d’image et de notoriété pour les Lions »[ii].

Mais qui sont ces Lions ? : ce sont « des hommes et des femmes qui se consacrent au service aux nécessiteux, dans leur communauté et à l’autre bout du monde. En dehors du service humanitaire, les Lions nouent des liens d’amitié et cultivent les qualités de chef de file.[iii] »

 Et c’est peut-être  en leur qualité  de nécessiteuses  que les personnes handicapées ont bénéficié  de l’attention  de ce réseau qui a  cru utile de répandre sa bonne parole et  de rappeler, accessoirement, que :

-          le sort des personnes handicapées n’est pas enviable. Alors, il ne faut pas en rajouter (à leur vie de merde) en se garant sur leurs places.

-          des liens profonds unissent handicap et malédiction.  Ne vous garez pas sur leurs places. Qui sait. Un mauvais sort peut vous être jeté par un maléfique personnage handicapé !

 L’initiative des Lions  a été couronnée de succès et ils ont  fait des émules, chacun y allant de sa petite légende :

                 Etre con n’est pas un handicap (initiative de la commune de Neupré, en Belgique) :

On insulte les fraudeurs,  rappelant  au passage  le lien qui unit dans l’imaginaire collectif bêtise et handicap. Pour preuve, le dessin récent de Charlie Hebdo, qui  représente Nadine Morano  (traitée de «  conasse » par l’humoriste Guy Bedos) sous les traits de  la fille trisomique de Charles de Gaule.

               Ils n’ont pas choisi d’être handicapés. Merci de laisser leurs places libres (panneau visible dans les parkings de la société SEMEPA) 

 Une association étonnante entre non- choix d’une situation et respect pour ceux qui la vivent

 Mais revenons à nos amis les Lions, qui ont cru pertinent d’avoir une démarche paternaliste à notre égard et de parler à notre place. Après tout, tout cela est d’usage et, après tout, tout  leur donne raison ! Les municipalités ont salué et soutenu leur initiative, la sénatrice Isabelle Debré, rapporteuse de la «  Loi handicap », rappelle l’intérêt éducatif[iv] de leur  campagne et même les associations caritatives  dites  de défense des droits des personnes handicapées leur tirent leur chapeau.

Eh bien, cela en dit long sur la  véritable place que tout ce beau monde entend réellement   réserver aux personnes handicapées.Ils sont plutôt à côté de la plaque, vous ne trouvez pas ?

 

 


[i] http://www.lions-france.org/maj/upload/document/document_1154.pdf

[ii] http://www.lions-france.org/maj/upload/document/document_386.pdf

 

[iii] http://www.lionsclubs.org/FR/common/pdfs/me13b.pdf

 

[iv] http://www.senat.fr/rap/r11-635/r11-635_mono.html

 « Alain Milon a souligné le problème d'éducation de nos concitoyens : celle des enfants, comme le disait Napoléon, commençant par celle de leurs parents. Des campagnes du type « si tu prends ma place, prends mon handicap », déjà lancée dans le domaine du stationnement doivent être poursuivies. »( Isabelle Debré)

 

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