What happened to Becky doll?

En 1998, je suis allée à New York. J’ai acheté, dans un célèbre magasin de jouets de la Cinquième Avenue, la poupée Becky, l’amie photographe de Barbie qui est en fauteuil roulant. J’étais moi-même en fauteuil depuis quatre ans à l ‘époque. Je voulais voir comment c’était dans les pays où il n’y avait pas les fameux « 40 ans de retard sur l’accessibilité ». J’ai vite vu que tout n’était pas parfait, que l’hôtel accessible que j’avais réservé était très mal adapté, que les bus n’accueillaient qu’une, tout au plus deux, personnes en fauteuil, que les stations de métro étaient majoritairement inaccessibles… mais quand même, une poupée en fauteuil roulant, qui en plus n’était pas que handicapée : elle était photographe ! Ok, Ok, Barbie symbolise la femme objet mais, décidément, les Américains avaient quelques longueurs d’avance. Ils en étaient déjà au sexisme inclusif ! Vous vous rendez pas compte!

Il y a quelques jours, j’apprends avec étonnement le lancement inédit d’une poupée Barbie en fauteuil roulant. Mais Becky alors ? Elle existait depuis les années 90 ! Ce n’était pas nouveau !
Je tombe aujourd’hui sur le texte d’une activiste américaine contre le validisme ( là, oui, pour le coup, ils ont quelques longueurs d’avance les Américains !) et je comprends le truc.
Figurez-vous que Becky s’est confrontée à des problèmes d’accessibilité ! Et oui, elle ne pouvait pas monter dans la caravane de Barbie, elle ne pouvait pas rendre visite à sa copine Barbie dans son appartement (coucou la #LoiElan). Alors, qu’ont fait les fabricants ? Ont-ils fabriqué une caravane adaptée ? Ont-ils fabriqué plein d’autres poupé.e.s handicapé.e.s, puis un centre pour handicapé.e.s, comme dans la vraie vie, où le z’andicapé.e.s n’ont pas de métier et meurent à petit feu?
Rien de tout ça, méthode radicale mais, toujours comme dans la vraie vie. Comme dans une époque sombre de la vraie vie, ils ont mis en place une sorte d’Aktion 4 (toutes distances gardées). Eliminée, Becky. Allez hop!


Comme les idéologues nazis ou les scénaristes

baby-jane-doll
hollywoodiens, les fabricants de Mattel ont décidé d’éliminer celle qui, selon eux, posait problème.
Voilà maintenant que, après avoir lancé d’autres « diverses » : petites, grosses, racisées, Mattel relance ( dernières roues du carrosse) une Barbie en fauteuil et une autre Barbie amputée d’une jambe mais, 40 ans après le lancement de Becky, pourront-elles monter dans la caravane ou dans l'appart de leur copine valide ?
Pas dans la vraie vie !

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