Le vivre ensemble à la Française: une place pour tous et chacun a sa place.

J’ai eu des invitations pour l’Open 13 (pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un tournoi de tennis qui réunit de grands joueurs et qui se déroule à Marseille).
Arrivée devant l’une des portes donnant accès au court central, des agents de sécurité m’indiquent que cette entrée m’est interdite et me demandent de me diriger vers la suivante où je découvre, sans surprise, que les personnes handicapées sont concentrées. Aucune place n’est prévue pour leurs accompagnateurs, donc, oubliez de vous y rendre avec vos enfants. Pas envisageable parce que pas envisagé !
Comme d’hab.
Depuis mon ghetto du jour, j’aperçois, en contrebas, les «VIP». Ils sont contents, eux, d’être concentrés avec leurs familles et séparés de la populace dont ils se distinguent non seulement par leur emplacement privilégie mais aussi au moyen d’une housse noire qui marque « leur différence » et couvre le siège en plastique, matériau jugé certainement trop cheap pour des culs VIP.
Je tourne cette fois-ci mon regard à gauche, et j’aperçois un pan de gradins occupé par des jeunes racisés, des femmes voilées. Eux aussi, tous ensemble. Par choix ?
D’un coup, je réalise que, de même que la présence de personnes handicapées est inhabituelle dans certains endroits, la présence de ces jeunes et de leur famille est assez inhabituelle dans des tournois de tennis. Pour quoi ? Le tennis n’est pourtant pas un sport qui coûte cher, comme le golf, l’équitation, le ski ou autres sports bourges - pratiqués plutôt par les "élites" blanches- mais ce n’est pas non plus  un sport populaire (du peuple, j’entends). Bref.
Le match prend fin et le présentateur de l’événement appelle « les jeunes des quartiers » appartenant à l’association « Fête le mur »( je ne polémiquerai pas sur cette association, créée par Yannick Noah, ce n’est pas le propos, mais le nom me laisse perplexe).
Sur le court, Il y avait des jeunes, tous Blancs, qui faisaient les ramasseurs de balles. Les jeunes de Fête le mur, eux, deux filles et deux garçons, sont venus faire « les jeunes de quartier » de service. Ayant joué moi-même dans un club dit de «handisport », je connais ce genre de bouffonneries : les clubs » handisport » sont souvent sollicités pour que, dans les évènements bien voyants,  il y ait les handicapés de service, l’illusion d’une société solidaire, l'illusion d'un vivre ensemble...
Les quatre jeunes ont donc  tapé quelques balles avec l’un des joueurs, ont été pris ensuite en photo avec lui. Après la token-photo, ils ont repris le chemin pour rejoindre « leur place » dans le gymnase .
Je les ai vu ensuite dans le parking qui marchaient, souriants, pour certainement aller faire la fête… derrière leur mur.

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