SUPERCRIPPLE

Une fois de plus, Sophie Cluzel est dans l’exaltation de la figure du suppercripple.

Le suppercripple: : celui qui « dépasse son handicap », celui qui réalise des exploits qui poussent à l’admiration, celui de l’Inspiration porn, celui qui sert son idéologie politique, qui met tout le poids du succès et de la réussite sur le seul individu et déresponsabilise la société. L’exaltation aussi du bon handicapé, l’intégrable (celui qui « surmonte » par l’exploit) face au handicapé naze qui ne surmonte que dalle.

Oui, « malgré le handicap", certains peuvent nager et s’ils le peuvent, ils ne surmontent rien. Il n'y a pas de "malgré" qui vaille.
On nage parce qu’on le peut et surtout quand on le peut car on n'est à égalité avec les valides que lorsqu’il n’y a pas d’obstacles qui viennent entraver nos capacités. Dans la mer, ce nageur ne trouve aucun obstacle ( type escaliers) susceptible de le handicaper, il n'est pas ségrégué, enfermé entre quatre murs, il n'a pas besoin de pouvoir accéder à des transports en commun pour se déplacer... Il peut donc nager, avec les autres.

Cela dit, non, tout n’est pas possible. Nos corps ne sont pas les mêmes que ceux des valides. Nous n'avons  pas à en avoir honte. Nous ne pouvons pas faire certaines choses et nous n’avons pas à nous mettre la pression pour égaler les défis des corps valides. Nous sommes leurs égaux sans cela.

Nous n’avons rien à prouver. Nous n’avons pas à forcer nos corps au-delà de leurs possibilités pour faire respecter nos personnes ou nos droits, ni dans le domaine du sport ni dans quelque domaine que ce soit.
Ce n’est pas comme ça que nous serons respecté.e.s.

Avec cette figure du supercripple, on est à la fois dans une forme revisitée de freak show et dans une image de la personne handicapée au service de l’idéologie néolibérale. Voilà tout.

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