Rebelotte : la sécurité routière remet ça

Deux photos  côte à côte: Rodolphe avant et Rodolphe après, comme dans un jeu grossier des  sept différences (dit aussi jeu des erreurs).Rodolphe avant : jeune, sportif, mannequin… Rodolphe après : handicapé. Y a t-il besoin de s’étaler sur les qualificatifs?Puis, une légende : 21 ans, 4 mois, 11 jours …et quelques secondes d’inattention.  21 ans, 4 mois  11 jours, la durée de sa  vie de handicapé, qui  sonne comme une peine de prison.  

Deux photos  côte à côte: Rodolphe avant et Rodolphe après, comme dans un jeu grossier des  sept différences (dit aussi jeu des erreurs).

Rodolphe avant : jeune, sportif, mannequin… Rodolphe après : handicapé. Y a t-il besoin de s’étaler sur les qualificatifs?

Puis, une légende : 21 ans, 4 mois, 11 jours …et quelques secondes d’inattention.  21 ans, 4 mois  11 jours, la durée de sa  vie de handicapé, qui  sonne comme une peine de prison.  

Le communiqué de presse de la campagne de Rodolphe en dit un peu plus sur son  histoire.

« À 22 ans, Rodolphe, modèle au corps d’athlète, posait nu devant l’objectif du photographe pour faire rêver. 20 ans plus tard, après un accident de la route, il décide d’exposer son corps tétraplégique sur papier glacé pour faire changer. »

Rodolphe-athlète, à 22 ans pose et fait rêver (qui ?,  de quoi ?) tandis que Rodolphe-tétraplégique,  à 40 ans  s’expose pour  faire changer ou …  pour faire flipper ? (tétraplégique sur papier glacé, quel contresens !)

Oui, un corps «  détruit » ne pose pas, il  s’expose. Il est rarement visible, à moins que :

Il  ne soit dans l’un des rôles séculaires qui lui sont voués : celui  de repoussoir.

Rodolphe- athlète  nous donne à voir  ce qui est valide et valable,  apprécié et appréciable, désiré et désirable et  Rodolphe- tétraplégique ce qui ne l’est pas. Et pour appuyer la caricature, Rodolphe-tétraplégique est montré dans une nudité volontairement dépourvue de tout érotisme et tourne son regard apitoyant vers nous.

Mais pourquoi Rodolphe-athlète,  le «  colosse », est-il  « tombé à terre » ? Comment est-il passé du « rêve au cauchemar »,  du « meilleur au pire ». Comment se fait-il qu’il a « tout perdu » ?[i]

Rodolphe a commis une faute : il a bu et il a conduit. Le handicap est sa punition.

Bref, mise en scène réussie, valeurs sûres, réconfortantes. Belle légende.

Mais, venons-en à  l’essentiel.  Est-ce que vos campagnes  sont efficaces ? Est-ce qu’il  y a moins de morts depuis que vous les faites avec des personnes handicapées qui, ayant besoin d’exister ou dans un élan altruiste, jouent de fait les idiots utiles?

Parce que vous n’êtes pas sans le savoir : vos campagnes sont très efficaces  pour enfoncer le clou sur les préjugés au sujet des personnes handicapées, accidentées ou pas.

 Nous sommes nombreux à  apprécier très moyennement  votre stratégie  tout comme les effets collatéreaux qu’elle contribue à produire sur nos vies au quotidien. Vous les connaissez, on vous a déjà expliqué[ii].

Au fait, je kiffe votre slogan. : « Tous responsables ».

 

Elena Chamorro

 

 


[i] Tous les termes entre guillemets sont tirés du communiqué de presse de la campagne.http://www.datapressepremium.com/rmdiff/2008914/diff_2020278170915095145.pdf

[ii]  https://auxmarchesdupalais.wordpress.com/2015/03/01/combien-de-temps-allons-nous-croire-que-le-handicap-ne-peut-etre-que-tragedie-1/

https://auxmarchesdupalais.wordpress.com/2013/12/06/aujourdhui-il-faut-dire-stop/

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