Le validisme, c’est un mot que je ne connais pas.

Voilà ce qu’ a répondu récemment Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées, à une journaliste qui l’a interpellée sur cette notion bien connue et étudiée en dehors de nos frontières, à laquelle de plus en plus de médias s’intéressent.

ableism
La découverte que représente pour le plus grand nombre l’existence de ce terme qui nomme les discriminations que subissent les personnes handicapées en raison de l’existence d’une norme faite par et pour les valides en dit long sur le degré de l’oppression en France de ce collectif minorisé.
La méconnaissance du terme de la part de la responsable en charge des personnes handicapées est pour le moins étonnante. Mais, est-ce que Sophie Cluzel ignore vraiment ce qu’est le validisme ? A en croire la suite de sa réponse, on comprend que c’est un mot qu’elle ne veut pas connaitre ou une réalité qu’elle a tout intérêt à ignorer. Sophie Cluzel d’ajouter : « c’est un mot que je ne connais pas et qui, à mon avis, n’a pas lieu d’être ». Vous l’aurez compris, il suffit de ne pas nommer une réalité pour qu’elle n’existe pas mais en plus, il conviendrait, si elle existe, de ne pas reconnaitre son existence. Voilà, grosso modo, ce que dit Sophie Cluzel.
Elle explique ensuite pourquoi il ne convient pas de reconnaître l’existence de cette notion ( qu’elle ne connaît pas) : « Arrêtons d’opposer les valides et les personnes handicapées. Ça ne fait que cristalliser les dysfonctionnements ». Cette notion ( qu’elle ne connaît pas) générerait l’opposition entre personnes valides et personnes handicapées. Ainsi, suivant cette logique, le racisme créerait des opposition entre femmes et hommes blancs et femmes et hommes racisés, le sexisme entre hommes et femmes. Les inégalités, les discriminations ne seraient  que des « dysfonctionnements » que ces termes contribueraient à fixer.
En réalité, si Madame Cluzel ne veut pas entendre parler de validisme,  ce n'est pas parce que celui-ci crée des oppositions mais  parce qu'il permet d’identifier les validistes et ses opposants, ceux qui le pratiquent et ceux qui le combattent, ceux qui l’imposent et ceux qui le subissent.
En gommant le validisme, Sophie  Cluzel prétend gommer aussi, d’un revers de main, les activistes de l’anti-validisme, et pour cause.
Les opposants au validisme ne font pas l’affaire de Madame Cluzel car  ils mettent en évidence la tromperie de sa communication creuse, ils dénoncent la supercherie qu’est sa société inclusive, ils dénoncent  les reculs dans les droits des personnes handicapées opérés par ce gouvernement, sa politique du handicap non consensuelle et, tout simplement, validiste et excluante : la #loiElan en a fourni la preuve la plus évidente.
En voulant nier notre oppression et notre combat, en délégitimant ainsi notre parole, Sophie Cluzel donne la preuve de la violence dont elle est capable à notre encontre.
Mais nous l’avons déjà dit. Nous ne nous tairons plus et notre parole ne peut que devenir de plus en plus audible parce que c’est celle des concerné.e.s et  que c’est elle qui est légitime.

https://www.20minutes.fr/…/2352083-20181118-sophie-cluzel-p…

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