L’épreuve ratée du Comité paralympique belge : son clip pour les jeux de Rio.

Décidément, les publicistes ne savent pas parler des athlètes paralympiques sans mettre en avant leur condition de handicapés, laissant ainsi relégué à un deuxième plan leur statut d’athlètes. Ils ne savent pas non plus parler de handicap sans tomber dans d’affligeants clichés(voir à ce sujet le texte d’Elisa Rojas sur le clip britannique de Channel 4).

 

Décidément, les publicistes ne savent pas parler des athlètes paralympiques sans mettre en avant leur condition de handicapés, laissant ainsi relégué à un deuxième plan leur statut d’athlètes. Ils ne savent pas non plus parler de handicap sans tomber dans d’affligeants clichés (voir à ce sujet le texte d’Elisa Rojas sur le clip britannique de Channel 4)[1].

 Voici pour illustrer ce propos également le clip promotionnel réalisé par le Comité paralympique belge à l’occasion de Jeux olympiques de Rio qui reprend, lui, le leitmotiv chrétien du handicap comme épreuve de l’existence.

Dans ce clip, les exploits sportifs sont comparés aux  gestes de la vie quotidienne des athlètes; ils seraient tous deux des épreuves, y compris le geste consistant à passer ses mains dans ses cheveux ( voir vidéo ’11).[2]

Cette vie de souffrance est logiquement filmée sous la grisaille (ça tombe bien, on est en Belgique). Une voix off, au ton grave, décrit le via crucis permanent des personnes handicapées, qui se poursuit à l’extérieur de la maison: trottoirs non abaissés, escaliers mécaniques dans le métro, inadaptées aux besoins des usagers en fauteuil roulant. Encore des épreuves !

Arrivés à ce point, on serait tentés de se dire : cool, le comité paralympique belge ! Même s’il y a un côté miserabilo-tragico-larmoyant, enfin un clip qui dénonce la discrimination et l’exclusion subies au quotidien par les personnes handicapées ! Vous avez profité de l’occase pour relayer un discours revendicatif ! Youpi !

 Mais en fait, non.  Si le fait de mettre au même niveau performance sportive et geste banal de la vie quotidienne contribue à nier l’athlète en le réduisant à sa condition de handicapé, le fait de mettre au même niveau difficulté liée à la déficience et difficulté liée à l’environnement génère de la confusion et contribue à nier le handicap en tant que construction sociale. Un discours on ne peut plus démobilisateur  et anti-activiste!

Ce n’est pas tout : la voix en off au ton grave nous rappelle ensuite que les épreuves que doivent affronter les personnes-athlètes handicapés ont, sinon une fonction rédemptrice, un effet bienfaisant car elles nous rendraient «plus forts et plus résistants ! » (il faut comprendre « résistants » physiquement et moralement. Pas de confusion là, s’il vous plait!)

Que l'épreuve ( choisie ou imposée) "ne s'arrête jamais" aurait l'avantage de nous pousser à nous surmonter!

Voilà donc pêle-mêle le "quand je suis faible, c'est alors que je suis fort" chrétien" ( 2 Corinthiens 12:1-10), côtoyant le plus récents stéréotypes du supercrip-héros, et les discours du « handicap positif », du dépassement des limites et du dépassement de soi .

Sachez-le, le handicap négatif, râleur et revendicatif, c'est "bouuuuh".

 Belle performance du Comité paralympique belge, beau record de concentré de clichés validistes en à peine une minute et cinq secondes.

 Pour couronner le tout, le Comité belge s’adonne à une vieille pratique également liée au  handicap : la mendicité, car il demande des sous pour soutenir les athlètes paralympiques[3] . Ah non, excusez-moi. C’est du crowdfunding ! C’est moi qui confond tout !

 


[1] https://auxmarchesdupalais.wordpress.com/2016/07/27/superhumans/

[2] http://www.francsjeux.com/videos/2016/06/01/le-spot-de-campagne-pour-rio-2016-du-belgian-paralympic-committee/27097

[3] http://www.francsjeux.com/communiques/2016/05/13/un-crowdfunding-pour-lequipe-paralympique-belge-aux-jeux-de-rio/26798

 

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