CLAUSE DE CONSCIENCE OU LE SERMENT DʼHYPOCRITE

Le serment dʼHippocrate, tout comme la laïcité dans les établissements publics de santé, se doivent dʼêtre respectés. Chaque praticien qui y contreviendrait doit être sanctionné, et perdre son autorisation dʼexercice, tout comme un avocat qui renoncerait à son serment se voit radié de son barreau.

Un texte d'Olympe Michel :

Il est bon de rappeler que ce n'est que le 28 décembre 1967 que les femmes françaises ont retrouvé le droit de maîtriser leur fertilité, par la loi Neuwirth actant le droit à l'accès à la contraception, droit quʼelles avaient perdu après guerre quand leur ventre fut mis au service du repeuplement de la nation, avec ou sans leur consentement.

Il leur fallut attendre encore pour le droit légal de maîtriser leur corps. Grâce, entre autres, à Gisèle Halimi et le procès de Bobigny, où lʼavocate défendait une adolescente accusée de crime après avoir avorté suite à un viol ( on nʼest jamais avare quand il sʼagit de punir les femmes de ce quʼon leura fait subir).
Grâce encore à Simone Veil qui se battra à la tribune de lʼAssemblée Nationale des heures durant pour que les femmes qui «nʼavortent jamais de gaité de coeur», non, ne prennent plus le risque de mourir de l'assignation à la maternité qui leur est imposé alors.
«Parce qu'en face d'une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu'en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l'angoisse d'un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. »

Il est donc officiellement reconnu par les instances politiques de notre pays que les femmes ne sont plus des citoyennes de seconde zone, des mineures éternelles, et quʼelles ont la possibilité de vivre comme elles le veulent.

Mais voila….. Nous parlons des femmes. Nous ne parlons pas dʼêtres humains comme les autres, mais bien des éternelles mises sous tutelle apparemment, à la merci du moindre changement politique, économique, courant de pensée, courant "artistique" : la fin revisitée de Carmen fit un scandale, tandis que la fin dʼInglourious Basterds de Tarantino consistant à trucider Hitler nʼa pas soulevé la moindre protestation.

En ces temps de retour au religieux à tout-va, dans la politique, lʼart, la mode, les réseaux sociaux, le travail, la cantine, les magasins, les médias, lʼécole, et dans toutes les structures de la société, qui sont les premières à voir leur droit remis en cause par la « conscience »?
Je vous le donne en mille : les femmes.

Et cʼest ainsi que lʼon se retrouve, en 2018, avec des médecins gynécologues, seule profession dédiée aux femmes, qui comparent sans gêne les femmes qui avortent à des meurtrières.

En 2018 il est inacceptable, donc, de comparer la maîtrise de sa propre fécondité à un crime. Du déjà vu ? Oui. Tous les 50 ans environ.

A longueur de médias est donc évoquée cette fameuse « clause de conscience ».
Pourtant lorsque lʼon entre dans cette grande machine quʼest le monde des professionnels de santé, que lʼon fait ce beau métier de médecin, ce nʼest pas sur sa «conscience» que lʼon prête serment.
Personne ne choisit la médecine pour vivre avant tout sa foi. Quand seule compte la foi, ou qu'elle est la valeur suprême, on s'y consacre, on entre dans les ordres par exemple, pour la foi catholique, et lʼon fait voeu dans ce cas de ne jamais avoir de vie charnelle, et donc pas dʼenfant. Et on ne devient pas gynécologue.

Reprenons la base, lʼélément fondateur de lʼentrée dans la profession, la raison dʼêtre du médecin, son serment professionnel : le serment dʼHippocrate.

Petite analyse de texte :

« Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. Jʼinterviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de lʼhumanité. »

On comprend donc quʼun médecin sʼoccupant dʼune femme vulnérable du fait dʼune grossesse non désirée, grossesse qui la menace dans son intégrité physique et sa dignité dʼhumaine libre, se doit de la respecter et dʼagir. Ce médecin ne peut pas faire appel à la contrainte de sa foi pour refuser de l'aider.

La clause de conscience sur lʼIVG ne peut donc pas exister.

Poursuivons  :

« Je ne tromperai jamais leur confiance et nʼexploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. »

La circonstance étant une grossesse non désirée, il est impossible au médecin de tromper la confiance de sa patiente, d'utiliser son pouvoir moral en faisant valoir sa propre conscience.

La clause de conscience sur lʼIVG ne peut donc pas exister.

« Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. »

Forcer une femme à enfanter contre son gré revient à mettre en danger la vie de cette femme qui n'aura d'autres recours que d'utiliser des techniques dangereuses pour pouvoir garder le contrôle de son propre corps, techniques à l'origine de nombreux décès.

La clause de conscience sur lʼIVG ne peut donc pas exister.

«Je préserverai lʼindépendance nécessaire à lʼaccomplissement de ma mission. Je nʼentreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.»

La religion, nʼimporte laquelle, ne peut donc entrer en compte, afin de préserver lʼindépendance nécessaire à lʼaccomplissement du métier de gynécologue, médecin des femmes. Le médecin se doit dʼassurer au mieux les avortements qui lui sont demandés pour pouvoir être un praticien à lʼécoute de la santé physique et psychique de ses patientes.

La clause de conscience sur lʼIVG ne peut donc pas exister.

« Que les hommes et mes confrères mʼaccordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si jʼy manque. »

Apprécions au passage le fait que les femmes ne soient pas citées dans cette conclusion pourtant réactualisée en écriture inclusive ! Comme quoi il est plus facile de changer lʼorthographe, que dʼabolir le patriarcat…

Nous demandons donc que le Dr Rochambeau et tous les autres médecins faisant passer leur conscience avant leur serment, soient " déshonorés et méprisés"...

Le serment dʼHippocrate, tout comme la laïcité dans les établissements publics de santé, se doivent dʼêtre respectés.
Chaque praticien qui y contreviendrait doit être sanctionné, et perdre son autorisation dʼexercice, tout comme un avocat qui renoncerait à son serment se voit radié de son barreau.

Nous demandons donc à Madame Buzyn, Ministre de la Santé, Madame Schiappa, Secrétaire d'Etat à lʼEgalité entre les Femmes et les Hommes, et à Monsieur Patrick Bouet, président du Conseil National de l'Ordre des Médecins en France, de stopper le deux poids-deux mesures, qui contrevient au droit élémentaire des femmes à être maîtresses de leur corps.

 

Olympe Michel

https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/serment.pdf

https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2016/02/

laicite_et_gestion_du_fait_religieux_dans_les_etablissements_publics_de_sante_1.pdf

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