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Billet de blog 12 avr. 2018

Macron, fils aîné de l'Eglise. "Putain, quatre ans"!

Je vous pose la question, Monsieur Le Président, combien de temps encore allez-vous ignorer la majorité des citoyens laïques de ce pays, athées, croyants, agnostiques, en leur imposant un gloubi boulga de catéchumène, à longueur de discours et d'interview ?

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Lettre ouverte au Président Macron

Monsieur le Président,

Vous avez été élu le 21 mai 2017 Président de la République Française au terme d'une campagne qui n'a brillé ni par son élégance ni par l'objectivité des médias, a donné peu de place aux débats de fond, beaucoup à l'image et au buzz, et a étrangement éliminé certains thèmes qui inquiètent pourtant massivement et prioritairement les Français.
Je ne reviendrai pas sur les conditions de votre élection, notre système démocratique est ainsi fait, quatre projets radicalement opposés et au coude à coude, rien de consensuel ne pouvait en émerger. De même depuis le mois de février 2017 nous savions que nous n'aurions pas le candidat dont notre pays avait besoin et que le choix serait à nouveau celui du moins pire, malédiction qui nous poursuit depuis 4 mandatures au moins.
Donc vous fûtes élu, soit, par le traditionnel « barrage républicain » qui tient lieu de démocratie depuis 2002.

Cependant, et nous l'avons vu durant les récentes campagnes présidentielles, il subsiste toujours au cœur de l'électeur, bien que désabusé, un espoir, minime, celui de voir l'impétrant «habiter la fonction», prendre de la hauteur de vue, réaliser d'un coup dans un miracle d'essence élyséenne l'attente de la Nation, et dépasser ainsi le candidat.
Certes l'entre-deux tours n'était guère encourageant de ce point de vue, l'obstination que vous avez mis à ignorer les résultats particuliers du premier tour, à prétendre avoir été largement plébiscité sur votre projet, la « carrure présidentielle » prise deux semaines trop tôt, à coup d'hommages et de commémorations, tout ceci n'augurait rien de bon.
Nous étions nombreux à vouloir croire qu'un désastre pouvait être évité. Croire que les qualités qui vous étaient reconnues permettraient d'éviter le pire. Bien avant votre déclaration de candidature, votre cursus de philosophie et de musique, votre attachement à l'école, à votre fermeté courtoise notamment dans le débat parlementaire, à votre affirmation tranquille de votre situation matrimoniale atypique, à votre courage de vous confronter à la rue pendant la loi travail alors que tout le gouvernement était aux abris permettait cet espoir.
La campagne avait certes rapidement fait comprendre que nous faisions fausse route. Dès l'interview du 1er octobre et son florilège, «laïcité revancharde», «la République est ce lieu magique qui permet à des gens de vivre dans l'intensité de leur religion» etc, il était clair que l'essence même du pays vous échappait. Nous avions un mystique.

La campagne de télévangéliste qui a suivi l'a confirmé. Sister Act sans musique et sans Whoopy c'est moins drôle.

Au fur et à mesure, un personnage peu sympathique se dessinait, à la démarche plus proche d'un « vendeur winner » sans états d'âme que d'un candidat à la magistrature suprême. Disant aux uns et aux autres ce qu'ils avaient envie d'entendre, flattant le communautarisme, ignorant l'indivisibilité de la République et outrageant même parfois le pays comme lorsque vous avez jugé bon de le traiter de criminel sur le sol même de ce qui avait été l'ennemi de l'époque. Vous avez ce jour-là au passage conforté un régime détestable et liberticide qui pratique la haine de la France à titre de programme politique, et du même coup donné un coup de couteau dans le dos aux démocrates, libéraux et athées algériens. Avec le sourire et sans un faux-pli sur le costume. L'essentiel était que vos déclarations fassent du bruit, l'essentiel était d'exister, de déployer une stratégie marketing bien rodée, vendre un candidat et un programme comme des yaourts....

Le 21 mai donc, le charme était rompu depuis fort longtemps, la mise en scène hollywoodienne de la soirée n'a donc pas surpris.
Restait le miracle élyséen, le passage de candidat à président.....
Nous avons vécu une période formidable, je dois dire, on ne s'est pas ennuyés un instant, Emmanuel remonte les Champs en jeep, Emmanuel fait de l'hélicoptère, Emmanuel joue au sous-marin, Emmanuel dans top gun, en young leader avec Justin, achète un chien, adopte un panda... Formidable. Même si on avait un peu honte. Mais il faut être honnête, après les talonnettes et la bedaine, on ne pouvait que constater un progrès, il y avait quelques pleurs de dames et de boutonneux qui retrouvaient «la fierté d'être français», soit.
Il était clair pourtant que pendant que vous amusiez la galerie, d'aucuns étaient au travail pour faire passer en force et en discrétion la version hard des mesures qui avait été combattues l'année précédente.
Là encore, le jeu de l'élection, pas vraiment de surprise, il n'y avait aucun doute que aviez lu comme tout bon Rastignac qui se respecte «Le Prince»  et fait bon usage.

Restait un domaine où nous espérions nous être trompés. L'illusion fut courte.
Les candidatures de votre mouvement aux Législatives ont sonné l'alerte, bien peu de rigueur sur les dérives islamistes et/ou antisémites, par contre un curieux barrage à toute candidature résolument laïque....
Puis, le 21 juin 2017, quelques jours seulement après ce dernier scrutin, coup de tonnerre, en vous asseyant, décomplexé, sur une de nos lois fondamentales, vous partagiez sans vergogne et en tant que Président de tous les Français un repas religieux en compagnie du ban et de l'arrière-ban de l'UOIF et des Frères Musulmans, le «tout islamisme»....Retour aux corps intermédiaires, mépris affiché pour tous les musulmans laïques et républicains qui n'en pouvaient plus pourtant de voir ces sinistres personnages leur être proposés à titre de représentants et retrouver en France le pouvoir qu'ils avaient ailleurs, dans des pays que précisément eux ont fui..
Le lendemain, alors que nous avions encore la gueule de bois, vous receviez et confirmiez J-L Bianco dans sa ligne dévoyée de la laïcité, la transformant en hymne à la «liberté religieuse».

Le 26 juillet vous vous livriez à une quasi messe oecuménique à coup d'espoir et de transcendance dans la cérémonie d'hommage au Père Hamel.

Nous avions retrouvé notre Sarkozy, et l'instituteur qui ne valait pas le curé .
Formidable !
Nous avons respiré un peu pendant l'été, où vous avez préféré changer un peu de cible, fustigeant dans un chamboule-tout méprisant le pays «irréformable», les «fainéants» qui ne vous faisaient pas peur (toujours à l'étranger, la classe) etc, nous distrayant avec des nominations aussi people que méprisantes pour les institutions...

La trêve n'a pas duré longtemps, la cerise sur le gâteau est arrivée pour le 500ème anniversaire de la Réforme.
En salve, on sentait que les derniers remparts lâchaient, vous n'aviez même plus envie de faire semblant, la laïcité nous seulement ne vous intéressait pas, vous ne la compreniez pas mais elle vous gênait.

"La laïcité n'est pas la négation des religions. C'est la capacité de les faire coexister dans un dialogue permanent."
Aux représentants du culte protestant :
"Nous avons (...) besoin que vous restiez la vigie de la République, son avant-garde dans les combats philosophiques, moraux, politiques qui sont ceux de notre temps, et ils sont nombreux"

Puis s'adressant cette fois à l'ensemble des responsables des cultes et concernant les questions éthiques, notamment en ce qui concerne l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, célibataires ou en couple :
"La manière que j'aurai d'aborder ces débats ne sera en rien de dire que le politique a une prééminence sur vous et qu'une loi pourrait trancher ou fermer un débat qui n'est pas mûr", avez-vous assuré.

La loi de 1905 avait vécu.
Confirmation en décembre 2017, transfert de fonds du public vers le privé pour l'éducation, projet de loi Darmanin, rencontre en catimini avec tous les clergés, confirmant le fait que vous n'entendez discuter laïcité...qu'avec les religieux, "radicalisation" de la laïcité évoquée ...

Le discours de ce 9 avril n'a donc rien de surprenant et n'est que la conclusion logique et attendue de cette démolition soigneusement programmée.
Monsieur le Président, il est temps je pense de vous rappeler quelques fondamentaux, dans notre intérêt commun, celui du pays et le vôtre, parce que quatre ans encore, je crains que cela ne soit pas possible.
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
Article premier de notre constitution.

Indivisible.
Le Chef de l'Etat ne parle pas aux communautés, il parle à tous les citoyens.
Il n'oppose pas les salariés aux patrons, les instituteurs aux curés, les mouvements inter-religieux aux athées etc
Il parle au peuple français. Dont vous êtes le représentant pour 5 ans.

Laïque.

La laïcité n'est pas la « liberté de religion », non. C'est avant tout la liberté de conscience constitutionnelle, l'égalité en droits de tous quelles que soient les convictions, la libre expression de ces convictions, c'est le commun privilégié, nourri, protégé, au moyen d'un cadre juridique adapté qui instaure la séparation de l'Eglise et de l'Etat et la neutralité de ce dernier.. Elle ne peut donc être ni «ouverte», ni «revancharde», ni «nouvelle» comme le prétend un de vos députés, elle est, c'est tout.
Par ailleurs, elle a été définitivement instaurée dans un contexte où la religion était en position de force. Historiquement, elle protège donc avant tout la liberté de conscience et d 'expression des incroyants, ne vous en déplaise.

Alors je vous pose la question, Monsieur Le Président, combien de temps encore allez-vous ignorer la majorité des citoyens laïques de ce pays,  athées, croyants, agnostiques en leur imposant un gloubi boulga de catéchumène, à longueur de discours et d'interview ?
Devons-nous vraiment vous rappeler que, pendant que vous parlez «respect et dialogue», pendant que vous nous endormez à coup de «aucune religion n'est un problème», on meurt à nouveau en France pour ses idées, oui, Monsieur le Président ?
12 morts. Des athées et au nom d'un dieu.

Devons-nous vous rappeler qu'on ne fait pas de la politique dans le mépris et l'ignorance affectée de ses concitoyens dont vous êtes simplement le premier représentant ?  Que les non-croyants représentent plus de 50% de la population et qu'ils n'en peuvent plus.
Plus de la bigoterie dégoulinante assénée à longueur maintenant de plateaux télé.
Plus de la hiérarchisation morale qui nous prône la «transcendance» à titre de modèle.
Plus du laxisme qui laisse s'instaurer prières de rue et religiosité morbide.

Plus du «vivre ensemble inter-religieux» présenté comme une solution pour tous, et la bienpensance qui va avec.
Je me dois de vous rappeler que pour nombre d'entre nous la liberté de conscience et d'expression est une exigence absolue, dont nous mesurons le prix à l'aune du sang versé pour elle par le passé. Que nous ne transigerons pas, jamais.

12 morts, assassinés par la folie religieuse.

Ni oubli ni pardon
Que nous sommes prêts à nous battre s'il le faut, comme par le passé, comme en 1905, si se dresse à nouveau le carcan du dogme .
Et que si les millions d'athées, à bout, jusqu'ici discrets, se lèvent pour revendiquer eux aussi la libre expression, sans limite, de leurs convictions dans l'espace public, la cohésion nationale, déjà minée par un communautarisme électoralement encouragé, volera en éclat, et la paix civile également.
Il est encore temps de devenir Président. Pensez-y.

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