Déconfinement, année zéro, le pari de la société civile.

Nous abordons le déconfinement et la question est dans tous les esprits, y aura-t-il une deuxième vague et comment l'éviter ?

 

Mai 2020, la France entame son déconfinement et la question est dans tous les esprits,  y aura-t-il une deuxième vague et comment l'éviter ?

Il n'est plus temps de revenir sur l'effroyable cacophonie et l'incompétence qui ont été les éléments marquants de la gestion de la crise par l'exécutif jusqu'à maintenant, et ont occasionné un bilan humain et économique très lourd.
Masques, gants, tests, gel, les ordres, contre-ordres, mensonges, décisions tardives se sont succédés. Les enquêtes ont commencé sur ce sujet, le temps permettra de déterminer les responsabilités.

Aujourd'hui l'urgence est autre.
Un premier bilan montre sans ambiguïté que, si la situation est inquiétante, le bilan lourd, le pays a tenu malgré tout par le courage, le civisme et l'investissement d'une grande partie de la population.

La première ligne, les soignants, la deuxième, ceux qui ont assuré la survie au quotidien, souvent les métiers les plus oubliés ou dévalorisés d'habitude, la 3ème ligne, ceux qui ont appliqué avec civisme les consignes sanitaires et ont accepté sans broncher cette perte totale de liberté  pour éviter le pire, à nos aînés notamment et à nos services hospitaliers, au point où nous étions rendus.

Les exemples de dévouement, de solidarité, d'entraide, d'ingéniosité se sont multipliés. Entre les protections imprimées 3D, la solidarité alimentaire, les petites mains bénévoles confectionnant des masques, le personnel soignant des Ehpads se confinant avec ses résidents pour les protéger, c'est la pierre de chacun qui a construit le mur de protection pour tous.

Lundi 11 mai, donc, nous sommes sortis de prison. L'objectif est de ne pas y retourner.

C'est un soulagement mais rien ne pousse par contre à se « réjouir ».
Ni les 28 000 victimes, victimes non pas seulement du virus mais de l'incroyable cafouillage de notre politique sanitaire sur plusieurs mandatures, ni l'état de préparation du pays, guère plus avancé qu'en mars, ni les perspectives. La sortie progressive du confinement est risquée d'un point de vue sanitaire et nous allons de plus découvrir maintenant les conséquences sociales et économiques de cette période particulière inédite.

Pouvons-nous compter sur l'exécutif maintenant ?
Il semblerait que non.
Rien n'est prêt. Certes les masques arrivent peu à peu après quelques derniers cafouillages.
Certes des centres d'hébergement ont été ouverts pour les SDF, malades ou non.
Mais le plan d'ensemble n'est pas en place, il ne suffit pas d'occuper les esprits avec des couleurs sur une carte de France. Si l'on compare ce qui est pompeusement appelé « stratégie » par le gouvernement, à la logistique coréenne appliquée, elle, en tout début d'épidémie et avec beaucoup moins de cas, on s'aperçoit qu'on est loin du compte.

A part des interdictions plus ou moins justifiées et cohérentes (la fermetures totale des espaces naturels ou des plages pose question, les privilèges religieux aussi), le caractère obligatoire des masques à certains endroits, peu de mesures semblent réellement pensées, les moyens ne sont pas sur la table et l'efficacité reste à prouver, sauf en ce qui concerne les atteintes aux libertés fondamentales...
Entendre le Ministre de la Santé soutenir froidement que le dépistage des asymptomatiques n'a aucun intérêt alors qu'il est la clé de la maîtrise de l'épidémie, puisque l'un des problèmes à traiter pour ce virus spécifiquement est précisément la contagiosité des asymptomatiques… Que dire.
Dernier avatar en date, l'usine à gaz du protocole de prise en charge des patients covid.
Ainsi donc il vous faudra, en cas de symptômes, aller consulter votre médecin.
Pour qu'il vous prescrive un test.
Mais surtout pour qu'il vous rentre dans un fichier, ainsi que tous vos proches et contacts récents et leurs coordonnées.
Contre rémunération.
Pour qu'on les prévienne...

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
L'infantilisation de la population, manifeste depuis le début de la crise, et mortifère, continue, on présuppose donc le vulgum pecus incapable de prendre son téléphone et d'avertir ses contacts directement.
Autant une application permettant de prévenir les personnes croisées à l'extérieur serait intéressante, autant cette lourdeur administrative coûteuse et inefficace est juste un non sens.
Nous avons pourtant maintenant un rapport complet sur la gestion de crise par la Corée du Sud [2], exemplaire, et donc des éléments concrets, qu'il conviendrait de mettre en place au mieux.
On y lit que la réactivité, les délais courts sont essentiels. On a vu aussi en Allemagne, en Israël, l'efficacité redoutable des "drive-in" de dépistage. La rapidité, la facilité, la gratuité semblent de toute évidence être un élément essentiel.
Ici, entre le rendez-vous médical puis le rendez-vous pour le test, puis les résultats, puis la mise en mouvement de la procédure de contact, il y aura un délai de plusieurs jours avant d'agir pour briser la chaîne de contamination.

Autre faille majeure, l'absence de la notion de soin dans les consignes prise en charge. On se souvient du désastreux " restez chez vous, prenez du doliprane et ...appelez le 15 si vous commencez à ne plus pouvoir respirer".
De nombreux généralistes, écartés de la gestion de la crise au départ, ont depuis largement alerté et informé : des protocoles de soins ont été tentés avec des résultats encourageants, en Lorraine, en Savoie, à Paris, avec une diminution notable constatée des hospitalisations. Les vrais médecins n'ont pas laissé l'état de leurs patients se dégrader sans réagir.
Il est inconcevable que ces éléments ne soient pas pris en compte dans la "stratégie" de déconfinement, pire qu'on assigne plus ou moins ces médecins au silence via les avertissements du Conseil de l'Ordre.
Un collectif de médecins demande d'ailleurs le respect de la liberté de prescrire.

Il semble donc que la population doit continuer à se prendre en main, et, qu'après avoir cousu nos masques, nous allons devoir non seulement respecter une sécurité maximale, port de masques, distances à respecter, bon médecin à trouver, mais aussi agir concrètement, chacun à notre niveau, pour que les cas de contamination ne redémarrent pas.

Il nous reste une chance, l'éventuelle saisonnalité du virus qui disparaîtrait peu à peu avec l'été. Même si rien n'est sûr, c'est ce que permettent d'espérer les courbes de contamination de différents pays, ayant confiné à des degré divers. Partout la même forme globale, dite « en cloche », partout le virus régresse.
Mais sans un esprit de responsabilité collective, il est à craindre que le combat ne soit pas gagné. Le confinement a créé une situation dangereuse, où nous n'avons pas pu faire nôtres des habitudes strictes sur le plan sanitaire. Il a créé aussi une frustration majeure, douloureuse parfois, pour les familles séparées, avec à la clé une « décompression » qui peut mener aux excès et à l'imprudence.

Il nous appartient de continuer à faire vivre cette chaîne de responsabilité, de solidarité, d'inventivité et de fraternité qui est apparue durant cette crise sanitaire, avant tout chez « ceux qui ne sont rien ».
On a vu les « premiers de cordée » et l'état en action, freins, mensonges, morgue, décisions erratiques, il est temps de faire le pari de la société civile.
Nous pouvons le faire.

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