Elena Mangusta
Consultante
Abonné·e de Mediapart

14 Billets

0 Édition

Billet de blog 19 oct. 2018

Quand un vent mauvais souffle sur le monde universitaire et culturel.

“ Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C'est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l'expulser. ” Françoise Giroud

Elena Mangusta
Consultante
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Voici trois histoires, sans lien entre elles en apparence et pourtant trois histoires qui présentent en réalité des similitudes troublantes et parlent profondément de notre époque, des idéologies qui avancent, de moins en moins masquées et des méthodes qui rappellent de mauvais souvenirs.
Episode 1, mai 2015 : Michel André, directeur du théâtre de la Cité à Marseille, théâtre qu'il a fondé en 2005, est accusé par Eva Doumbia, metteuse en scène, d'avoir tenu des propos racistes envers elle lors d’une soirée de fin de festival « Les bancs publics », le 22 mai 2015. Elle le poursuit pour « injures raciales »
En découle une « polémique identitaire médiatisée avec pétition sur Facebook »1
Mme Doumbia est soutenue lors du procés en décembre 2016 par l'association « Décoloniser les Arts » (DLA) 2 dont elle fait partie, par Houria Boutedlja du Parti des Indigènes de la Républiques (PIR), et saisit également le CRAN3

Au procès le tribunal relève pourtant des témoignages contradictoires, un historique de contentieux entre les deux protagonistes, un contexte de provocation de la part de Mme Doumbia qui serait la première passée au registre insultant.
Par ailleurs Michel André, engagé de longue date dans la vie culturelle marseillaise, est notoirement connu pour être parfaitement respectueux des cultures et de la diversité, sa programmation en témoigne et de nombreuses attestations sont produites à ce sujet.
La procureure Marie-Blanche Régnier requiert donc logiquement la relaxe au bénéfice du doute en parlant d'une querelle de conceptions entre un « anti-raciste universaliste » et une anti-raciste « plus essentialiste et plus communautariste »,  « sur fond de conflits préexistants, de rancunes et d’aigreurs partagées ».
Les témoignages de personnes assistant au procès iront dans le même sens 4.

Le tribunal de ce fait la suivra et conclura légitimement à la relaxe.
Le Président Fabrice Castoldi devra même en cours d'audience rappeler à Mme Doumbia le fonctionnement de la justice :
« Non, vous êtes une plaignante, vous n’êtes pas une victime et il est présumé innocent pour l’instant »
« C’est l’égalité des armes ici madame, sinon ça ne sert à rien de créer des tribunaux si chacun vient en pensant qu’il a raison »
2
 On pourrait penser que l'histoire s'arrête là.
Mais "l'égalité des armes", Eva Doumbia apparemment n'aime pas trop. Elle avait déà largement relayé l'affaire avant le procès, n'ayant pu obtenir satisfaction, elle donne son interprétation de la décision de justice dans un post rageur, se victimise et crie au racisme, et s'empresse de maintenir ses accusations ad nauseam dans ses réseaux avec une insistance qui ne se relâche pas.

 Ainsi, en novembre 2017, soit plus de 2 ans après les faits, cet acharnement se poursuit encore à Genève, lors d'une table ronde animée par Rokhaya DIALLO, "Identités féminines afropéennes face aux violences publiques"5
Elle y accuse de nouveau publiquement M. André, sans retenue.

 Cet acharnement finira par nuire bien évidemment considérablement à M.André qui devra renoncer à certains projets professionnels.

Episode 2, Février 2018 : Fatiha Boudjahlat, professeure de collège et auteure de « Le Grand Détournement », ouvrage dont Elisabeth Badinder elle-même a loué la rigueur intellectuelle et le courage, est accusée par Rokhaya Diallo (tiens) d'un soi-disant « appel au viol » ne reposant sur rien si ce n'est l'incompréhension de la rhétorique et du second degré.
Dans les faits en effet c'est Mme Diallo elle-même qui a sous-entendu, dans un premier tweet, que le voile envoyait un message de « non-disposition » du corps des femmes .

Mme Boudlahlat n'a fait que relever dès lors la violence du message en creux en l'explicitant ainsi : le corps des femmes non voilées pourrait donc être considéré comme « à disposition » par des « prédateurs » en puissance, reprenant le terme et la comptabilité très polémique qu'avait utilisé Caroline de Haas quelques jours auparavant.


Et, de fait, en réponse à la plainte de Mme Diallo, le parquet ne poursuivra pas.
Mme Boudjahlat déposera même plainte à son tour, bien qu'un simple rappel à la loi ait été signifié, car Mme Diallo n'ayant pas mentionné son premier tweet dans sa plainte, les conclusions de l'enquête se trouvaient évidemment faussées.
Or, malgré cette absence de poursuite et le caractère malhonnête de cette plainte, le terme « d'appel au viol » sera repris sans aucun recul sur les réseaux par tous les sympathisants de Rokhaya Diallo, et jusqu'à un ancien responsable de SOS Racisme, Nasser Ramdame Ferradj, déjà connu pour son acharnement contre Mme Boudjahlat .

A la suite de plusieurs cabales malveillantes de ce genre, Fatiha Boudjahlat finira par se retirer des réseaux en septembre 2018, objectif à n'en pas douter de cette mouvance "décoloniale" aux méthodes douteuses. Et de deux.


Episode 3 Octobre 2018 : Isabelle Barbéris, Maître de conférences des universités, chercheur associé au CNRS, agrégée de lettres, normalienne est prise pour cible dans une campagne de dénigrement et de calomnie.
Encore une fois la cible est notoirement connue pour la qualité de son travail universitaire.
Et une situation similaire : un contexte de désaccord, une rancoeur nourrie par l'association DLA, encore elle, pour des articles critiques6 publiés pourtant dans un cadre professionnel sur le travail de l'association et celui de David Bobée, directeur du CDN Rouen-Normandie qui en est membre actif.
Au premier prétexte venu, ici un incident mineur et un visuel à qui l'on donne une l'interprétation la plus tendancieuse en refusant même d'en discuter avec l'intéressée, la meute s'est à nouveau déchaînée. On se gargarise, on pousse des cris indignés, on publie des posts rageurs, on appelle à la vindicte, on se propose d'alerter « les employeurs », on fait huer publiquement le nom de l'universitaire dans une réunion "décoloniale" 7, on intervient aussi à plusieurs sur les pages wikipedia.
Même procédé de lynchage, démesuré par rapport au prétexte, aucune limite n'est donnée aux insultes, aux menaces, aux commentaires graveleux et orduriers parmi lesquels on reconnaît avec stupéfaction des signatures de personnalités telles Béatrice Dalle, Jean-Luc Verna , David Bobée, avec le soutien de certains institutionnels tels Claire Guillemain.

 A l'attaque, dans ce déferlement de haine, étonnamment toujours les mêmes personnes et leurs sympathisants. Issues des mouvements racialistes ou "décoloniaux", parfois proches du P.I.R. Avec le soutien d'organes de presse nationale comme l'Humanité8
Et toujours les même soutiens troubles aussi dans un camp soi-disant universaliste de gauche...


Par contre des personnalité comme Belattar ou Dalle peuvent, elles, insulter publiquement, sans que personne n'y trouve à redire apparemment.
Et quand Houria Bouteldja est attaquée, là tout le monde est là pour hurler contre « lynchage » et Libération prête obligeamment ses colonnes.9

En conclusion de ces trois histoires, quelques conclusion s'imposent :

1- Au vu des victimes ciblées, il ne s'agit aucunement de lutte des «antiracistes» contre «fachos» comme les premiers aimeraient nous le faire croire mais de combat entre deux visions de l'antiracisme, l'une universaliste et l'autre communautariste et racialiste. Il est décevant à ce propos que l'on trouve un ancien responsable de SOS Racisme en soutien du second camp.
Et d'une guerre idéologique, mais dans laquelle le débat est refusé et les méthodes sales du coup privilégiées.
2- On retrouve toujours les mêmes personnes et un réseau restreint, informel mais très actif et disposant de nombreux relais : Diallo, amie avec Bouteldjah, qui soutient Doumbia, qui est reçue par Diallo, qui joue pour Bobée, qui travaille avec Vergès et Doumbia etc

On retrouve aussi les même méthodes :
– tenir des discours provocants, attaquer.
– monter en épingle la réponse en jouant sur la couleur de peau, l'orientation sexuelle, en supposant des intentions.
- filmer, enregistrer etc et organiser le lynchage.
3- Enfin le rôle trouble des médias et de la presse de gauche en particulier est encore une fois mis en lumière. De façon extrêmement perverse les journaux l'Humanité, Libération, Le Monde se font les chantres de ces idéologues et ferment leur colonnes à l'antiracisme universaliste. Celui-ci n'a d'autres choix dès lors pour s'exprimer que de publier dans la presse de droite, ce que bien évidemment le  »camp du bien » s'empresse de lui reprocher et utilise pour le décrédibiliser.

Imparable. Et grave. Les nuages qui s'annoncent sont bien sombres.

 Elena Mangusta


[1] http://m.lamarseillaise.fr/marseille/faits-divers-justice/55476-la-soiree-etait-arrosee-au-blanc
[2] https://sceneweb.fr/decoloniser-les-arts-soutient-eva-doumbia-dans-son-proces-contre-un-directeur-de-theatre-a-marseille/
[3] https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=840681876021949&id=100002404331620&hc_location=ufi
[4] https://www.facebook.com/julie.v.julie.5/posts/10209318988386154?hc_location=ufi
[5] conférence de Genève https://www.youtube.com/watch?v=pA_A-llCAZ0&feature=youtu.be
[6] https://www.marianne.net/debattons/idees/derives-ideologiques-du-spectacle-moi-la-mort-sur-mohamed-merah
[7] https://www.facebook.com/decoloniserlesarts/videos/139650120320565/
[8] https://www.humanite.fr/ils-nont-pas-honte-ceci-nest-pas-un-phoque-662028
[9] https://www.liberation.fr/debats/2017/11/23/contre-le-lynchage-mediatique-et-les-calomnies-visant-les-antiracistes_1612059

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Des femmes et des enfants survivent dans la rue à Bagnolet
Une vingtaine de femmes exilées, et autant d’enfants, dont des nourrissons, occupent un coin de rue à Bagnolet depuis le 4 août pour revendiquer leur droit à un hébergement. Une pétition vient d’être lancée par différentes associations pour soutenir leur action et interpeller les autorités sur leur cas.
par Nejma Brahim
Journal — Migrations
Face au risque d’expulsion à Montreuil : « Je veux juste un coin pour vivre »
Ce mardi, une audience avait lieu au tribunal de proximité de Montreuil pour décider du délai laissé aux cent vingt personnes exilées – femmes, dont certaines enceintes, hommes et enfants – ayant trouvé refuge dans des bureaux vides depuis juin. La juge rendra sa décision vendredi 12 août. Une expulsion sans délai pourrait être décidée.
par Sophie Boutboul
Journal — Énergies
La sécheresse aggrave la crise énergétique en Europe
Déjà fortement ébranlé par les menaces de pénurie de gaz, le système électrique européen voit les productions s’effondrer, en raison de la sécheresse installée depuis le début de l’année. Jamais les prix de l’électricité n’ont été aussi élevés sur le continent.
par Martine Orange
Journal — Politique économique
Inflation : le gouvernement se félicite, les Français trinquent
L’OCDE a confirmé la baisse des revenus réels en France au premier trimestre 2022 de 1,9 %, une baisse plus forte qu’en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis. Et les choix politiques ne sont pas pour rien dans ce désastre.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Faire face à l’effondrement du service public de santé
Après avoir montré l’étendue et les causes des dégâts du service public de santé français, ce deuxième volet traite des solutions en trompe-l’œil prises jusque-là. Et avance des propositions inédites, articulées autour de la création d’un service public de santé territorial, pour tenter d’y remédier.
par Julien Vernaudon
Billet de blog
Variole du singe : chronique d'une (nouvelle) gestion calamiteuse de la vaccination
[REDIFFUSION] Créneaux de vaccination saturés, communication inexistante sur l'épidémie et sur la vaccination, aucune transparence sur le nombre de doses disponible : la gestion actuelle de la variole du singe est catastrophique et dangereuse.
par Jean-Baptiste Lachenal
Billet de blog
Ce que nous rappelle la variole du singe
[REDIFFUSION] A peine la covid maitrisée que surgit une nouvelle alerte sanitaire, qui semble cette fois plus particulièrement concerner les gays. Qu’en penser ? Comment nous, homos, devons-nous réagir ? Qu’est-ce que ce énième avertissement peut-il apporter à la prévention en santé sexuelle ?
par Hervé Latapie
Billet de blog
Variole du singe : ce que coûte l'inaction des pouvoirs publics
« L'objectif, c'est de vacciner toutes les personnes qui souhaitent l'être, mais n'oublions pas que nous ne sommes pas dans l'urgence pour la vaccination ». Voilà ce qu'a déclaré la ministre déléguée en charge des professions de santé, au sujet de l'épidémie de la variole du singe. Pourtant pour les gays/bis et les TDS il y a urgence ! Quel est donc ce « nous » qui n'est pas dans l'urgence ?
par Miguel Shema