Antisémitisme, la guerre des tribunes

Faut-il sous-estimer à ce point nos concitoyens musulmans et penser qu'ils sont incapables de recul et d'intelligence vis à vis de leurs textes sacrés, incapables de sortir d'une logique communautaire, incapables d'être laïques et républicains, incapables de dénoncer les institutionnels qui les représentent si mal, les infantiliser encore et toujours ?

La tribune du Parisien signée de 300 personnalités et dénonçant un "nouvel antisémitisme" fait polémique.

S'attaquant non sans courage à un tabou, il est somme toute normal que ce pavé dans la mare suscite des réactions.

Cependant, disons-le tout de suite, cette tribune nous semble imparfaite et critiquable sur plusieurs points, ne serait-ce que parce que certaines maladresses prêtent le flan à une nouvelle offensive de victimisation de la part de certains cercles déjà coutumiers du fait. Mais les réactions, au moins aussi intéressantes que la tribune en elle-même, sont révélatrices et n'échappent pas à la caricature et à l'instrumentalisation du propos, dans des proportions qui dépassent de loin les défauts du texte original.

Et lorsque l'on constate la belle unanimité indignée des cercles islamisto-sympathisants, des imams Oubrou et Boubakeur aux communautaristes actifs ou aux idiots utiles proches de Pascal Boniface, on ne peut que constater que l'on nous sert du "bien sûr on est tous contre l'antisémitisme MAIS.." Et l'on connaît tous l'importance du "mais" dans ces tournures, surtout quand tout le reste du discours n'est qu'un développement de ce "mais". On essaierait désespérément de détourner le sujet qu'on ne s'y prenait pas autrement.

Revenons sur la tribune de Pascal Bruckner et Philippe Val. Et son titre. Certes on ne doit pas dénoncer uniquement le "nouvel antisémitisme" mais l'antisémitisme tout court, sous toutes ces formes. L'apparition d'une nouvelle occurrence du mal, même niée au-delà du supportable par les responsables communautaires et nécessitant du coup cette prise de parole, ne peut être prétexte à une accusation ciblée qui peut paraître un oubli de toutes les autres têtes de l'hydre. C'est maladroit.

Il eût été préférable aussi que ce texte ne soit pas porté par Philippe Val, qui est présenté, évidemment, à cette occasion dans une presse toujours veule et friande de bruit fut-il malsain, comme "ex-directeur de Charlie Hebdo" rouvrant des plaies, des polémiques qui détournent du sujet.
Enfin et surtout, pointons l'erreur majeure qui consiste à se lancer dans une exégèse théologique, sortant ainsi à la fois du factuel et du cadre de la République laïque et ouvrant la voie aux sempiternels débats, interprétation, contexte, dont on nous rabat les oreilles depuis des décennies (c'est même le fond de commerce de Tariq Ramadan), qui ne sont pas le problème du citoyen mais par contre une occasion en or pour les bigots de tous poils de reprendre la main et de tenir tribune.
Par contre les chiffres comparés de l'antisémitisme et du racisme anti-musulmans ne me paraissent en rien un encouragement à la "concurrence" communautaire comme le prétend Askolovitch, mais un recadrage bienvenu devant le chantage à "l'islamophobie" qu'on nous fait subir jusqu'à écoeurement depuis des années.

Restent les faits, et cette tribune, malgré ses imperfections, a le grand mérite d'ouvrir le débat et de libérer la parole. Après des années d'omerta, cela ne peut être que salué. Les faits : la résurgence d'un antisémitisme violent, observé cette fois au sein de la communauté arabo-musulmane et s'appuyant par conséquent sur d'autres sources que l'antisémitisme "traditionnel" d'extrême-droite. Il semblerait que le constater et le dire soit plus choquant pour certains que les agressions et les morts elles-mêmes.
Cette réalité est incontournable. 11 morts, assassinés parce que juifs en moins d'une décennie sur le sol français, des agressions, des pressions. Honte absolue. Et des assassins se revendiquant musulmans, sans aucune exception. Si il y a quelque chose qui fait froid dans le dos, c'est cela, et pas les textes qui le dénoncent.

Or face à cette réalité, qu'entendons-nous ?

Un concert d'indignations immédiates, hypocrites et manipulatrices de soi-disant responsables musulmans, utilisant toujours les mêmes ressorts victimaires et toujours plus préoccupés par les critiques de leur religion que par les drames qu'elle génère.

L'imam Tareq Oubrou qui n'hésite pas à utiliser le mot "blasphème" sans que personne ne réagisse ....Est-ce que l'on se rend bien compte du message qu'il envoie ce faisant ? Est-ce qu'il est envisageable, au vu de ses connaissances théologiques, qu'il n'en mesure pas la portée et le danger ?
Est-ce que nous allons tolérer encore longtemps ces mises en danger de la vie d'autrui, qui profitent de l'ignorance théologique et de la naïveté de nos concitoyens pour mettre à prix sans scrupule les têtes qui dérangent ? Qui peut ignorer que ce terme est une condamnation à mort pour nombre d'intégristes violents et armés présents sur le territoire ?
Est-ce que nous allons tolérer encore longtemps cette chape obscurantiste et meurtrière qui s'abat sur notre sol et nos libertés ? Comment comprendre la caution donnée encore à Mr Oubrou, qui confirme là l'hypocrisie de son soi-disant engagement républicain ? Mr Oubrou qui nous dit encore à mots couverts que, non, le Coran n'appelle pas au meurtre, seulement au "combat" contre ceux qui sont hostiles à l'islam...rassurant et très laïque !

L'avocat proche de N.Cadène et de l'Observatoire de la laïcité, Asif Arif, par ailleurs animateur controversé d'émissions religieuses rétrogrades qui expliquent comment dresser les femmes dès le plus jeune âge, qui voit de "l'islamophobie" partout mais n'a "jamais entendu un propos antisémite" en Seine-St-Denis .....

Le recteur Dalil Boubakeur, aux indignations très sélectives, parle sans rire hélas  "du côté délirant de ces accusations". Il n'hésite pas à prétendre vouloir "élargir le débat" et faire de la lutte "contre l’antisémitisme et le racisme anti-musulman" une cause nationale. Ben voyons. Autrement dit on évacue sous le tapis la mise en cause des textes, le fait que les victimes d'agressions mortelles soient bien juives et les bourreaux musulmans et bingo, on renforce la crédibilité d'un racisme anti-musulmans dont pour l'instant les signes se limitent surtout à quelques lardons dans une mosquée. Bien joué Dalil.

30 imams qui gentiment nous vendent toujours plus d'islam au prétexte de nous débarrasser du terrorisme, la mécanique est bien huilée.

Même Ghaleb Bencheikh y va de son "dans la spiritualité islamique, il y a une filiation entre la Torah et le Coran. Intrinsèquement, les musulmans qui connaissent leur religion ne peuvent pas être contre la religion juive"....Ah ! Parce qu'il n'y a pas eu d'antisémitisme chrétien, malgré la "filiation" peut-être ? !

Et dans un autre ordre d'idée, le clan Boniface qui n'est pas en reste avec son inénarrable "historien" alibi Dominique Vidal qui, sans rire, nous fait une lecture hallucinante des chiffres de la CEDH et nous explique que l'antisémitisme n'existe quasiment plus en fait et que toute façon tout est de la faute d'Israël. (La critique détaillée de ce petit chef-d'oeuvre de manipulation sera faite dans un article dédié).

Alors faut-il taire les assassinats au nom d'Allah pour ne pas créer de racisme anti-musulmans ? Et au passage à quel moment le texte de la tribune accuse-t-il LES musulmans dans un essentialisme qui seraient condamnable effectivement ?
Faut-il ne pas parler d'épuration ethnique (quel est le bon terme alors pour ce phénomène qui concrètement crée des quartiers "sans juifs") au prétexte que cela "légitimerait à l'avance une autre épuration" comme on a pu le lire chez les spécialistes de la victimisation et du fantasme ???

Faut-il éternellement ne rien dire et compter les morts pour être sûrs de ne pas être maladroits, de ne pas stigmatiser ou de ne pas signer avec machin et truc ?

Faut-il sous-estimer à ce point nos concitoyens musulmans pour penser qu'ils sont incapables de recul et d'intelligence vis à vis de leurs textes sacrés, incapables de sortir d'une logique communautaire, incapables d'être laïques et républicains, incapables de dénoncer les institutionnels qui les représentent si mal, les infantiliser encore et toujours ?

La réponse est dans la question.

 

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