La démocratie à l'épreuve de la caricature

La satire, la parodie et les caricatures relèvent d'une tradition française séculaire, intellectuelle et populaire à la fois. Elles sont par essence outrancières, provocatrices, parfois vulgaires, parce qu'elles utilisent précisément l'outrance pour rendre le message plus lisible. Elles choquent parfois, déplaisent, insupportent. Mais elles sont les gardiennes de la liberté d'expression.

La satire, la parodie et les caricatures relèvent d'une tradition française séculaire, intellectuelle et populaire à la fois.
Elles sont par essence outrancières, provocatrices, parfois vulgaires, parce qu'elles utilisent précisément l'outrance pour rendre le message plus lisible. Elles choquent parfois, déplaisent, insupportent.
Mais elles sont les gardiennes de la liberté d'expression.
Nous avons besoin de ceux qui osent être aux limites, souvent à leurs risques et périls, pour faire vivre ces limites, les protéger contre un ordre moral et autoritaire qui n'a jamais vraiment désarmé.
Et parce que le rire est aussi un exutoire formidable quand l'indignation devient trop forte, que la dérision, l'humour même très noir font partie de l'expression démocratique du désaccord et de la colère.
Il n'est pas anodin de constater que les violents sont souvent ceux précisément qui sont incapables de ce recul salutaire.
Ces notions sont étrangères à certaines cultures, notamment celles précisément où la liberté d'expression est très réduite, dans les théocraties, les régimes autoritaires et leurs diasporas. Qui du coup les comprennent difficilement.
Soit. Mais le rôle de l'école républicaine est alors primordial.
Ne pas l'avoir compris nous a valu 12 morts.
Aujourd'hui, c'est carrément une fédération de parents d'élèves, qui elle n'a aucun décalage culturel, pire a été un bastion laïque, qui vient, pour de minables raisons électoralistes, attaquer le socle déjà affaibli de la liberté d'expression

A l'origine une affiche inacceptable de la FCPE .

La FCPE et les femmes iraniennes fouettées

Inacceptable parce que, diffusée juste avant les élections, elle a un objectif évident et racoleur, avoué d'ailleurs depuis par ses responsables.

Inacceptable parce que son slogan provocateur constitue une banalisation d'un fondamentalisme religieux misogyne au sein même de l'école publique, bien différent du simple fait ne pas refuser une femme portant le voile. Une valorisation, même par un visuel volontairement très esthétique, où la mère d'élève est jeune, souriante, soignée, porte un voile clair.

Inacceptable parce qu'elle constitue du coup une essentialisation des femmes musulmanes qui, rappelons-le, majoritairement ne portent pas le voile et ne souhaitent pas y être poussées, et leur impose l'orthopraxie comme modèle.

Inacceptable parce qu'elle ajoute de plus un hashtag #Serespecter qui sonne très très mal aux oreilles averties qui y reconnaissent un des éléments de langage intégriste, appelant les femmes à la "pudeur" et séparant les "respectables" des autres.

Inacceptable parce qu'elle affiche un message mensonger et incendiaire, incompatible avec sa place dans le monde éducatif mais flattant le public visé et le confortant dans ses revendications :

                                          « la laïcité c'est accepter tous les parents sans exceptions »

Un slogan façon « Mc Do », très insidieux, non dénué d'une certaine perversité, et n'ayant pas grand chose à voir avec la philosophie laïque.

Car de fait, et même si cela n'a rien à voir avec la laïcité, tous les parents SONT acceptés à l'école républicaine.

Il ne s'agit donc pas ici d'un message anti-antiraciste ou inclusif vis à vis des parents victimes de handicap, en détresse financière ou appartenant aux minorités ethniques, sexuelles etc.
Non, nul besoin.
Il s'agit de prôner le port de signes religieux -déjà acceptés au sein de l'école dans toutes les circonstances où les parents ne sont ..que parents- jusque dans le cadre des activités d'accompagnement scolaire où les parents deviennent de facto des assistants du professeur pour l'ensemble de la classe. Rompant par là la traditionnelle neutralité qui respectait le caractère laïque de l'enseignement.

Devant cette dérive dangereuse la colère ne pouvait être que la première réaction.

Cependant, prenant au mot ce slogan mensonger, les internautes ont préféré le rire pour en montrer le ridicule et le décliner à leur façon.
De toutes parts, dans un élan foutraque, imaginatif et joyeux, les dessins les plus délirants ont fusé, remplaçant l'image initiales par celle des parents d'élèves les plus improbables. Des naturistes, des sataniques, des pastafariens, des djihadistes, des maîtresses SM, des curés ….

fcpe-cure


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La FCPE aurait pu avoir alors une réaction intelligente, comprendre l'erreur qu'elle avait faite et retirer l'affiche.
Non. Elle a préféré s'obstiner. Révélant au passage un entrisme déjà assez constitué dans ses rangs, la présence de militants identitaires et agressifs bien implantés.
Pire elle a attendu que ces visuels soit relayés par un compte tweeter connu et régulièrement ciblé par les groupuscules islamistes ou décoloniaux, pour … porter plainte.

Le légitime procès fait par les internautes à la FCPE est donc devenu par un habile tour de passe passe celui, judiciarisé, des critiques. Histoire de faire oublier l'affiche initiale.

Une méthode déjà régulièrement utilisée par les associations identitaires et communautaristes pour faire taire critiques et contradicteurs.
Comme un parfum de totalitarisme....

On lui souhaite bon courage pour étayer le motif de la plainte....
Car enfin, qui cible les musulmans en choisissant SPECIFIQUEMENT une femme voilée sur son affiche pour représenter les religions? Affiche qui aurait déclenché le même tohu-bohu, voire pire si le visuel avait été un catholique ou un juif arborant des signes ostensibles de leur religion?

Qui cible les musulmans en faisant semblant de ne pas comprendre que c'est son slogan ridicule qui a déclenché le rire général et non l'image, qui n'a rien de drôle en soi et est volontairement esthétique.

Qui cible les musulmans en ignorant volontairement (et on est là à la limite de la plainte calomnieuse) les dizaines de dessins fantaisistes qui ont circulé, montrant parfaitement qu'il n'y a aucune « assimilation » de la jeune femme voilée à qui que ce soit. A moins qu'elle ne soit assimilée aussi au naturisme, au pastafarisme, aux strings ridicules etc.

Ce procédé fascisant a déjà été celui, rappelons-le, de Mme Diallo, qui avait porté plainte contre Fatiha Boudjahlat pour un tweet, en dissimulant à la police son propre tweet initial, changeant évidemment par là le sens de la réponse.
Fascisant car il n'a pas pour objectif de rechercher la justice mais de discréditer la parole des adversaires idéologiques.

Cela porte un nom et il n'est pas bien beau.

Espérons que les groupes locaux de cette ancienne et belle association laïque sauront se manifester, comme l' a fait déjà la Corse du Sud, et ramener à la raison les idéologues irresponsables parisiens, évitant à la FCPE de se rouler à la fois dans le ridicule et le déshonneur.

Ajoutons qu'il doit être évident pour tous que cette affaire dépasse de loin la personne de M.Bouvet, dont on peut ne pas partager toutes les positions par ailleurs, mais qui n'est ici que le bouc émissaire, une fois de plus, d'une sphère identitaire cachant sous de grand mots une réelle offensive contre nos libertés et contre la démocratie qui inclue, rappelons-le, le débat.

Ceux qui ont ri, et ils sont fort heureusement nombreux, ont le devoir de se solidariser aussi face à ces attaques lamentables et aux détracteurs parmi lesquels on trouve des personnages aussi peu recommandables que l'élu Messaoudene, celui dont l'humour se limite aux enfants juifs massacrés, Asif Arif qui, lui, relaie les conseils de voilement des fillettes, du sénateur communiste Savoldelli qui a choisi la ligne du CCIF depuis longtemps pour tenter de retrouver quelques électeurs etc.

Du beau monde.

Ne nous y trompons pas, c'est notre liberté à tous qu'on attaque.

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