Lettre d'ouverture à la rédaction.

A propos de Julian Assange et de Wikileaks : lignes de fuites et lignes d'engagement.

Chères rédactrices, chers rédacteurs, chers contacts, chers lecteurs non abonnés.

Cette lettre ouverte fermée à la dimension de notre club et que je fais derechef fuiter par soucis de transparence, est une rédaction personnelle n'engageant que ma parole de partis pris. Sa rédaction ni son contenu, dont les blogs et les commentaires d'autres abonnés m’ont essentiellement fourni le carburant, ne sont concertés avec quiconque. Toutefois, sans me prétendre représentant de quoi que ce soit je sais que le point de vue d'où je parle est assez largement partagé, du moins à l'international et au sein des abonnés du journal. La fonction de partage d’information du club est largement productive d'intelligence collective.

Ce qui est dû est dû, premier remerciement principiel au journal d’en fournir le parc et les jouets.

Je remercie également la rédaction d’avoir porté deux fois en une dans la colonne du club des traductions d’articles de la presse anglophone d’actualité qui, elle, accomplit un devoir de service public en suivant au quotidien les développements du procès international monté contre Julian Assange.

C’est à l’évidence un procès impérial où sont impliquées toutes les nations et toutes les populations de la planète, en frise de guerre nucléaire sous la seule responsabilité directe et proclamée des Etats-unis, nouvel acmé d’un conflit économique mondial permanent qui mijote de phases petit-bouillon en phases feux de friteuses depuis assez précisément un siècle, autour des champs pétrolifères géo-stratégiquement situés au point central du go-ban. Guerre que se livrent entre eux des complexes militaro-bancaires affamés d'optimiser leurs gains et leur puissance de gain, nous le savons tous et  là est l'enjeu de l'affaire Wikileaks en toutes ses dimensions.

Nos blogs valent  beaucoup mieux que des brèves Reuters, dont le compte-gouttes minimaliste voire désinformateur est certes toujours à l’heure.

Vous aurez probablement déjà compris que c’est là qu’est l’épine où je voulais en venir avec ces pincettes.

Sans même prétendre à commenter, n'y a-t-il à ce point rien à rapporter en une, de tout ça?

Que faisons nous de ces altères d’un considérable poids médiatique, si haut brandies par ce quatrième pouvoir indépendant dont nous sommes actionnaires et acteurs, dans la plus grave affaire engageant la liberté de la presse et l’éthique de la vérité depuis l’affaire Dreyfus en France, atteignant avec l’affaire Wikileaks une échelle mondiale, quand l’issue de la demande d’extradition de Julian Assange sous l’opération de destruction de la presse libre la plus globalement agressive qu’on l’ait vu dans l’histoire à ce jour, est imminente ?

Continuerons-nous d’attendre que la personne de Julian Assange soit assez dissoute par la torture sous l’ignominie méprisante du silence hurlant de ses pairs, pour être devenue matière d’oubli dans le béton des statues, à l’occasion de quoi nous publierons les plus vengeurs des épitaphes et certains même gagneront de l’argent à rééditer des publications posthumes ?

Qu’attendons-nous, pour faire notre devoir à la fois de presse d’actualité quotidienne de base, et de contre-pouvoir indépendant engagé sous les bannières de nos proclamations de défense de la liberté de la presse, brandies avec toute la conviction et la toute détermination d’une éthique de la transparence du contrôle des délégations de pouvoirs et de leur assignation à la construction de la paix ?

 

Et outre le suivi de l’actualité évènementielle des acteurs eux-même, se conduisent aussi des investigations indépendantes. Le journaliste politologue et essayiste Matt Taibbi vient de publier en ligne, avant sa parution papier cet automne, un livre  titré « Hate.inc » , ce qui peut se traduire, en référence à « La fabrique du consentement » de Noam Chomsky dont l’auteur se prévaut, par « La fabrique de la haine ».

Dans un long chapitre offert en promotion (traduction bénévole ici), l’auteur se donne pour objet un démontage de l’affaire #Russiagate, tendant à montrer que son fondement est une construction de fable d'enfumage sur le même modèle que « les armes de destruction massive de l’Irak », en laquelle le journalisme main-stream surtout dit d'investigation est en train de perdre les derniers oripeaux de sa crédibilité.

Des focales plus serrées étayent puissamment le propos de Matt Taibbi, revenant aux sources premières et révélant le retour en scène d’autres acteurs primordiaux passant sous nos radars français déjà saturés de jaune certes, au fondement de la matière des nouvelles accusations que prépare le ministère états-unien de la Justice contre Assange. On peut craindre que ce ne soit pas fini.

Tout cela non plus, ne mérite aucune fiche de lecture ou ne serait-ce que mention, aucun entretien, aucune lecture critique, aucune nouvelle investigation?

Sur un point d’orgue optimiste : que le beau portrait d’Assange par Céline Wagner continue d’illuminer la une chaque jour, au moins ; quoique, si l'on ne lit pas les billets ni n'écoutons les liens, ce puisse se considérer déjà de l’ordre de la statufication.

Tandis que les articles de la rédaction, on les lit par défaut. Enfin j'espère.

Ere be (que soit la paix en Bambara).

Hommage à nos morts. Tous. "C'est pas ma guerre, c'est pas ta guerre, mais c'est nos morts, qui remplissent des portefeuilles".

"Je vais continuer à faire ce type de journalisme [d’immersion ndlr] ; car je sais que quand ce genre d’homme détruit, les hommes de bien doivent construire et guérir." (AnasAremeyaw Anas)

LA LIBRE AFRIQUE 17 janvier 2019 :

Ghana: ouverture d’une enquête après l’assassinat d’un journaliste enquêtant sur la corruption

L'affaire Assange, c'est un long assassinat de la presse libre elle-même dans son principe et ses causes finales, par les voies diplomatiques et médiatiques publicitaires de menace mise en pratique, d'un contrôle militaire direct assumant de passer outre loi et constitutions pour défendre des intérêts financiers dont la seule instance de légitimation est leur propre exercice de la puissance armée.

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