«Le coût de la virilité»

À quoi sert la virilité dans notre société ? Elle semble être un fardeau pour tous, hommes et femmes subissent sa tyrannie, sa loi du plus fort et son coût sociétal. Alors pourquoi ne pas imaginer quelques instants un monde sans ? « Le coût de la virilité » est un ouvrage de Lucile Peytavin publié cette année aux éditions Anne Carrière.

« Le coût de la virilité » est un ouvrage de Lucile Peytavin publié cette année aux éditions Anne Carrière. Elle s’interroge sur les coûts des comportements virils, c’est-à-dire combien coûte les comportements asociaux liés à une éducation viriliste qui promeut la force, le goût du danger et de la domination tout en occultant ses émotions et l’impact de ses actions sur les autres. En d’autres termes, combien la société économiserait-elle si les hommes se comportaient comme des femmes ?

Tout cela peut paraître bien capitaliste, vouloir tout calculer et résumer les interactions humaines par des simples coûts et bénéfices, des formules mathématiques et autres validismes scientifiques.

L’auteure a joué le jeu du capitalisme pour faire comprendre à ceux qui sont partisans de la virilité qu’il n’est pas dans leur intérêt personnel de la faire perdurer dans le temps.

"Le coût de la virilité", Lucile PEYTAVIN "Le coût de la virilité", Lucile PEYTAVIN

C’est un ouvrage qui semble directement destiné aux hommes, pour nous faire comprendre le danger de notre éducation masculine, car cet ouvrage sort des chiffres, des analyses, qui pourraient paraître banales pour des femmes. Des femmes qui chaque jour connaissent la violence du patriarcat et du virilisme, des comportements « déplacés » pour ne pas dire dangereux et obséquieux envers les femmes. Chaque jour elles sont rappelées à leur statut « inférieur », à la femme-objet, la femme du désir de l’homme, qui ne s’appartient pas à elle mais à autrui. Qui n’existe pas pour elle mais pour le foyer, tourner toujours vers les autres, comme si elle était un simple objet fonctionnel. Tantôt Magimix, tantôt aspirateur autonome ou lave-vaisselle, voire même vaginette.

Voilà l’image de la femme dans notre société, malheureusement encore résumé à ça dans de nombreuses relations, dans de nombreux rapports sociaux, sans que cela ne choque et ne rassemble de vives protestations.

Il n’y a qu’a constater la place de la femme dans les médias et sa surreprésentation dans les publicités promouvant les produits ménagers.

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Certains me diront qu’il y a des améliorations, que depuis les années 60 des mouvements de libération des femmes se sont créés et ont permis à la femme de peu à peu se libérer des entraves masculines. Pourtant, quand je sors dehors, quand je vois les femmes de ma famille, je ne vois pas très bien où sont les différences. Peut-être sont-elles plus insidieuses, la charge mentale plus occultée mais toujours bien réelle et vécue par beaucoup.

En tant qu’homme, je n’ai pas beaucoup de légitimité à en parler, je reconnais mes privilèges et la chance que j’ai eu de naître dans ce corps accompagné du « pouvoir phallique », celui d’être le dominant des rapports de genre.

Bourdieu en parlait déjà si bien dans « La domination masculine » quand il étudie la société Kabyle et la femme vue comme une valeur « symbolique », une monnaie d’échange entre les familles, assurant des alliances et la reproduction de leur capital symbolique par les femmes, résumé à leur utilité procréatrice, à leur tenue du foyer. C’est ce qu’explique Bourdieu, quand la femme perd sa « pureté », c’est-à-dire quand il y a acte sexuel avant le mariage, c’est tout l’honneur de la famille qui est attaquée. Donc la valeur symbolique de cette dernière. C’est pour ça que le viole a été utilisé en temps de guerre, plus que de répondre à de basses envies ; il est le moyen de démontrer sa supériorité sur l’autre, de s’accaparer l’essence de l’autre.

Mais est-ce que cette domination de genre, ce rapport entre genre nous est vraiment favorable en tant que homme ? C’est la question que l’auteure veut qu’on se pose. Cette virilité n’est-elle pas un coût pour nous ? Pas seulement économique, mais un coût émotionnel. C’est un lourd fardeau de devoir toujours se montrer sous l’angle du dominant, de devoir agir comme un « homme », c’est-à-dire à se livrer une compétition constante avec les autres hommes pour montrer celui qui est le plus viril, le plus fort par rapport aux autres. Combien de bagarres ont commencé par une querelle d’égo de mâle blessé ? Combien de blessures ont été générés par ces dernières ? Combien de morts dans l’histoire sont dû à de simples démonstrations de forces pour impressionner l’autre, les autres ?

Représentation artistique contemporaine du duel, d'après une peinture de J. Mund. — © Project Gutenberg eBook/Fr.wikipedia.org Représentation artistique contemporaine du duel, d'après une peinture de J. Mund. — © Project Gutenberg eBook/Fr.wikipedia.org

Nous devons nous poser une question suite au rejet de cette notion, nous devons comprendre ce qu’est l’essence du virilisme.

Qu’est-ce qu’être viril ? La première définition commune que l’on trouve, c’est « qui est propre à l’homme, au sexe masculin », « qui est relatif à l’homme adulte » et synonyme d’énergie, de fermeté mais toujours profondément ancré dans ce rapport de genre. Il ne peut être qu’utiliser pour un homme. Une femme n’est pas virile par essence selon ces définitions car la virilité, c’est l’homme.

Mais alors qu’est-ce qu’un homme ? La première définition qu’on trouve est « être appartenant à l’espace animale la plus développée sans considération de sexe » ; spéciste mais pas que sexiste ; ou que c’est un primate définie par des caractéristiques spécifique à ce dernier. La deuxième c’est bien sûr « être humain doté de caractères sexuels masculins ». Une définition qui oublie la transidentité et ceux qui n’ont pas eu la chance de naître dans le bon corps.

Si on suit ce raisonnement, être viril, c’est avoir un pénis. C’est le pouvoir phallique qui résume la virilité et qui se construit en asymétrie de la féminité, de sa faiblesse, de sa douceur et de sa « fragilité émotionnelle ».

La virilité ce synonyme de force, puissance et donc intrinsèquement de domination. Être viril, c’est être un dominant. Vouloir garder l’esprit de « virilité », c’est accepter pleinement des rapports de genre asymétrique, une société inégalitaire où la domination se fait par la force. La loi du plus fort n’est pas si loin quand on l’évoque.

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Lucile Peytavin pose des questions très justes sur la virilité qui engendre des comportements asociaux, même si elle reconnaît occulter volontairement les trajectoires sociales, c’est-à-dire de classe de ces individus. Car même si les hommes sont surreprésentés dans ces agissements asociaux ; par exemple 96 % des détenus en France sont des hommes et 86 % sont mis en cause pour meurtre ; il ne faut pas oublier que la classe sociale est aussi un élément déterminant. L’auteure part de l’hypothèse qu’il l’est moins que le genre, ce qui est très bien démontré par les chiffres qu’elle utilise même si elle reconnaît que de nombreuses études doivent encore être menées dans ce domaine.

L’auteur rappelle, tout comme Bourdieu avant elle, l’importance de la reproduction sociale dans la genèse de ces comportements.

La virilité n’est pas une caractéristique inéluctable du sexe masculin, se résumant à quelques soit disant faits biologiques et à l’importance de la testostérone. Elle casse ce mythe et le déconstruit en rappelant l’importance de la construction sociale genrée, en premier lieu dans la première instance de socialisation primaire, la famille et ensuite dans les pairs. Dès le plus jeune âge, le bébé n’est pas socialisé de la même manière selon son genre. On mobilise plus les facultés motrices de son petit garçon et à contrario plus développer les facultés émotionnelles de sa petite fille.

Une véritable ségrégation naît au sein de la cour de l’école entre les jeux de garçon, comme le foot et les jeux de filles, telle la corde à sauter et dès le plus jeune âge, apparaît une société inégalitaire où l’espace spatiale de la cour est majoritairement sous l’emprise masculine. C’est à cet âge que s’affirme de façon durable les goûts genrés, et comme disait si bien Bourdieu, « le goût, c’est le dégoût du goût des autres ». Ils ne font que reproduire une société inégalitaire qu’ils ont assimilé au sein du cercle familial et qui est confirmé par les pairs. L’homme apprend que le monde lui appartient alors que la femme doit rester à sa place. Comment après ne pas créer une société où les hommes pensent pouvoir se permettre tous les agissements sur les femmes sans qu’il n’y ait de répercussion. On intériorise dès le plus jeune âge un discours qui valorise le genre masculin au dépens du féminin.

Je ne reprendrais pas tous les chiffres de cet ouvrage ni tous les arguments en faveur de la déconstruction du mythe viriliste mais vous invite à lire cet ouvrage, qui peut-être, vous apprendra quelques faits intéressants et quelques chiffres pour le déconstruire.

Ce livre est une arme contre les mâles qui voudraient « affirmer leur masculinité » et qui utilise leur discours pseudo-scientifique pour affirmer que la femme est naturellement inégale à l’homme, et qu’il est donc normal que la femme ne soit pas payée à la même hauteur pour le même emploi, ou que ce soit sur elle que échoue les tâches ménagères.

Rappelons que en 2021, les femmes gagnent encore en moyenne 23 % de moins que les hommes et consacrent 1 heure et demie en plus aux tâches ménagères.

Dans la même veine, je vous invite aussi à découvrir l’ouvrage de Mona Chollet, « Sorcières, la puissance invaincue des femmes ».

Sources

Pierre Bourdieu, « La domination masculine », édition du seuil, 2014, 189p.

Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, « La reproduction, éléments pour une théorie du système d’enseignement », les éditions de minuit, 2020, 287p.

https://www.vivelapub.fr/quand-la-publicite-dechaine-les-feministes/

https://www.cnrtl.fr/lexicographie/viril / https://www.cnrtl.fr/definition/homme

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/viril/82128 / https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/homme/40240

https://www.cairn.info/genre-et-socialisation--9782749212937-page-7.htm

https://www.insee.fr/fr/statistiques/1908110

https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-de-salaires-entre-les-femmes-et-les-hommes-etat-des-lieux?id_theme=22

https://www.inegalites.fr/L-inegale-repartition-des-taches-domestiques-entre-les-femmes-et-les-hommes

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