Plaidoyer contre l'extrême-droite et ses chiens de garde

Dans ce contexte délétère où l’extrême droite apparaît au devant de la scène politico-médiatique, je ne pouvais pas ne pas réagir et ne pas mettre des mots sur cette situation qui menace nos valeurs et idéaux.

De mes souvenirs, de ma plus tendre enfance dans le cercle familial à mes discussions enflammées avec certaines personnes encore de nos jours, j’ai toujours eu cette répulsion pour l’extrême-droite. Je l’ai côtoyée, j’ai parfois connus ces militants, la violence et leurs discours haineux mais jamais je n’ai pu trouver un terrain d’entente avec eux.

Je ne leur souhaite pas la mort comme ils souhaitent la nôtre, je sais que pour la majorité d’entre eux, ils se trompent de combat. Ce sont des prolétaires devant qui on agite le spectre de l’étranger, de l’intrus, de l’autre dangereux comme un épouvantail pour cacher les vrais problèmes.

C’est l’ignorance qui fait naître ces sentiments de xénophobie et d’islamophobie, si chère à nos fascistes actuels.

C’est une réponse, certes simple, à leurs malheurs et à leur désarroi face à un monde qui les laisse de côté, qui les oublie et les ignore, sans vergogne. Face au capitalisme qui brise leurs vies, ils ne voient d’autres réponses que la haine de l’Etranger, de celui qu’ils ne connaissent pas et qui leur paraît si différent. Alors que ce même étranger lui sera beaucoup plus proche en termes de conditions sociales, que le bourgeois qui vit dans le même pays que lui. Il aura connu ses malheurs, il aura lutté pour sa survie, abandonner tout ce qu’il avait, pour tenter d’offrir un monde meilleur à sa famille.

George Orwell dans « la ferme des animaux » parlait déjà de ce problème des épouvantails dissimulant la réalité des faits, cet ennemi intérieur qui rôde et serait la cause de tous les malheurs. « Boule-de-neige », l’ancien héros purgé par le guide « Napoléon » est accusé de tous les actes de sabotage possibles. Quand la ration se réduit, de qui est-ce la faute ? Boule-de-neige. Quand le moulin est détruit par le vent, de qui est-ce la faute ? Boule-de-neige. L’éternel bouc-émissaire tandis que les cochons s’empiffrent dans la petite maison jouxtant la ferme et font travailler tous ses membres, agitant encore et toujours les ombres fantasmagoriques d’ennemis, ni vu ni connu.

Le capitalisme se nourrit de ses divisions, « diviser pour mieux régner », le prolétariat est éclaté, subdivisé pour qu’il oublie ce qui l’unit, l’accaparation de sa force de travail pour créer des richesses, qui ne lui reviendront pas mais qui glisseront de ses mains aux poches des détenteurs du capital. Entre le jeune ouvrier de 19 ans perdu dans sa campagne, qui enchaîne les missions d’intérim et le chômage et le jeune de banlieue qui galère à bosser dans une pizzeria, y a-t-il vraiment beaucoup de différence ?

Hormis le paysage environnant, c’est les mêmes galères, la même misère qui est vécue et revécue chaque jour, du soleil levant au coucher du soleil, ils font ce qu’ils peuvent pour vivre.

Pour avoir connu ces jeunes de banlieue et ces jeunes de campagne, je peux affirmer qu’il y a plus de similitudes que de différences entre eux, mais jamais on ne les évoque ensemble, toujours on les divise en mettant en exergue ce qui les sépare, soulignant leur assymétrie.

Dans un climat ultra concurrentiel où règne le chacun pour soi, qui est le vrai gagnant ? Le jeune sans diplôme qui n’a d’autres choix que d’accepter un salaire médiocre ? Ou celui qui l’embauche et qui profitera de son travail à bas prix ?

Il est normal que cela fasse écho à notre situation actuelle, quand on voit les propos des médias sur l’insécurité grandissante, sur la question du voile et de la laïcité, sur le danger des « territoires perdus de la République », expression rentrée dans les mœurs depuis son utilisation régulière dans les médias et utilisée par des universitaires pour décrier l’«antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire » venant des écoles dites « sensibles » de quartier.

On constate encore plus récemment, avec la vidéo de Papacito, se dénommant le « Dernier Roi des Wisigoths », que l’extrême-droite a le droit d’être choyée par nos chiens de garde habituels, médias de masse sous la sainte protection des patrons du CAC 40.

Ainsi comme à leur habitude, ils ont préféré détourner l’attention du public des déboires de l’extrême-droite pour s’attaquer au vrai danger de notre société : Mélenchon, Homme d’État, ayant eu pour principale activité d’être un élu et qui ne réclame même pas la fin du capitalisme mais qui semble être un dangereux gauchiste et révolutionnaire pour les médias. En effet, il prône des idées de réduction des inégalités, d’impôt sur la fortune, d’augmentation des salaires et évoque encore le code du travail. Il apparaît donc comme une menace aux yeux des bourgeois.

Ils ont préféré juger que Mélenchon était complotiste, et se sont demandés si il ne voyait pas le mal partout en voulant déposer plainte contre quelqu’un qui affirme « vouloir tester si les gauchistes sont pare-balles », tout en tirant sur un mannequin symbolisant l’électeur de la FI avec son arme automatique. Tout est normal bien sûr, ce n’est pas du tout un appel à la haine.

Le problème avec ces médias, c’est qu’un argumentaire construit leur fait défaut. Il suffit d’écouter les propos de Madame Marie Peltier en appel sur le plateau de BFM TV à 21h46 le 07 juin 2021.

Quand il lui est posé la question : « Qu’est-ce qui est complotiste dans les propos de Mélenchon ? » La seule réponse qu’elle est capable de nous sortir c’est que « Tout est complotiste, absolument tout » et quand on lui demande « Plus précisément ? », le poisson est noyé dans un flot d’informations, sans vraiment répondre à cette dernière. Schopenhauer avait déjà décrit cet art de la rhétorique qui consiste à répondre à côté de la question tout en essayant de faire croire qu’on a répondu à ses enjeux.

Les chiens de garde déjà décrits par Paul Nizan en 1932 puis en 1997 par Serge Halimi, n’ont décidément pas changé. Plus occupés à défendre leurs petits intérêts, leurs salaires et leurs niches en prônant la défense du capital qu’à s’outrer face aux avancées de l’extrême-droite dans notre pays.

Serge Halimi évoquait déjà « le fait divers qui fait diversion » et comme le disait si bien Gérard Carreyrou, directeur de l’information à TF1 en 1992 : « On ne peut pas passer à la caisse tous les mois tout en crachant dans la soupe » ( cf « les nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi).

Fait intéressant quand on sait que le groupe TF1 appartient à la famille Bouygues, dont les intérêts ne sont décidément pas les mêmes que ceux de la classe défavorisée.

En 2002, ils ont été choqué de voir passer au second tour Jean-Marie Le Pen, alors que les mêmes avaient portés au cœur du débat public la question de l’insécurité. Il l’avait tellement portée qu’entre Juillet 2001 et Février 2002, on trouve 75 occurrences du mot par mois, et de mars à mai, les chiffres ont doublé, atteignant les 150 occurrences par mois.

Comment s’étonner de l’avènement de l’extrême droite au pouvoir quand les médias leur déballent le tapis rouge ?

Alors que quand un jeune frappe Emmanuel Macron au cri royaliste de « Montjoie-Saint Denis », il s’agit juste d’un geek fan de l’époque médiéval, aucun rapprochement avec les combats politique de l’extrême droite ? Et ces propos résonnent dans l’espace médiatique sans opposition. On se demande bien où est passé la fameuse pluralité des médias, quand les articles offrent le même contenu du Figaro à Le Monde en passant par les nombreux journaux régionaux, appartenant tous à d’éminents membres du CAC 40. Étonnant, n’est-ce pas ?

Cela peut tout de même prêter à sourire. Médiapart évoquait déjà il y a deux ans, le jeu dangereux auquel joue Macron avec l’extrême-droite. Flirtant sur ces terres pour essayer de séduire son électorat, il fait sienne des thèmes de prédilection de cette frange politique. La sécurité, la laïcité, le séparatisme ; combien de fois avons-nous entendu ces thèmes ces dernières années ?

Choisissant au ministère de l’intérieur un homme qui ferait presque passer Marine Le Pen pour une femme de gauche, Darmanin, le fasciste qui se cache sous la notion bien policée de laïcité pour promouvoir l’islamophobie ; devenu le pantin sans volonté de nos forces de police.

Au moment où j’écris ces lignes, je suis rempli de colère, non pas de haine. De la colère contre un système qui fait naître toutes ces inégalités et qui fait le beau jeu de l’extrême droite. À quand le réveil, le grand sursaut ? Nous ne pouvons pas nous laisser faire ainsi. Nous ne pouvons pas laisser les fascistes aux portes du pouvoir. L’exemple de Papacito nous démontre bien que c’est une guerre idéologique qui nous menace. Nous serons traqués et chassés pour nos idées, et qu’on me fasse passer pour complotiste, mais je me souviens de mes cours d’histoire. Les camps de concentration nazis ont accueillis à bras ouvert ce que Papacito appelle « les gauchistes ».

Sources:

George Orwell, « La ferme des animaux », édition Folio, 2020, 175p.

Sous la direction de Georges Bensoussan, « Les territoires perdus de la République – antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire », édition Pluriel, 2015, 416p.

https://www.youtube.com/watch?v=Eow1yBnkf3I

Arthur Schopenhauer, « L’art d’avoir toujours raison », édition Librio, 2016, 74p.

Paul Nizan, « les chiens de garde », édition Agone, 2012, 182p.

Serge Halimi, « Les nouveaux chiens de garde », nouvelle édition actualisée et augmentée, édition Raisons d’Agir, 2005, 155p.

https://www.franceinter.fr/politique/la-securite-comme-theme-de-campagne-le-probleme-c-est-la-generalisation-a-tort-des-faits-divers

https://www.mediapart.fr/journal/france/090621/macron-gifle-des-suspects-aux-profils-si-proches-de-l-ultradroite

https://www.mediapart.fr/journal/france/110619/seuls-face-l-extreme-droite-le-jeu-dangereux-des-macronistes

https://www.mediapart.fr/journal/france/230521/ultradroite-anatomie-d-une-nouvelle-menace-terroriste

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