Sur le vote des étrangers



J'ai été à fond pour le vote des étrangers en France et depuis le début... Jusqu'à l'arrivée de l'idéologie islamiste. Et là, la question ne peut plus être la même. Il ne s'agit plus du vote des étrangers, mais du vote des musulmans, étrangers ou français. Tout comme je ne veux pas voir la France sous la botte raciste et xénophobe de l'extrême-droite, je ne veux pas plus la voir grignotée par des élus locaux soumis à la sharia et ayant pour mission de la propager. Qu'ils soient étrangers ou pas.

Et tout le discours islamophobe, à mon sens, exploite ce refus, cette peur, en faisant l'amalgame vote des étrangers, vote des musulmans. La peur de voir un jour la sharia adoptée, au niveau local, par des pans de plus en plus larges de la population musulmane de France. Celle de savoir que de faire régner la sharia sur l'ensemble de la planète est l'objectif déclarté des islamistes de tout bord, qu'ils soient Frètes musulmans, salafistes, al-qaeda, Front Al-Nosra, Boko Haram, Daesh ou autres.

Peur justifiée ou fantsame ? Comme un fantasme se nourrit d'idées reçues et d'ignorance, il incombe à la République d'éclairer les citoyens. Ceux, en gros les "Français de souche", que l'extrême-droite tente d'épouvanter, comme ceux, les Français musulmans, que l'islamisme cherche à séduire.

La France ni l'Occident ne peuvent interdire aux musulmans – et pas plus aux chrétiens, aux juifs ni aux adeptes d'aucune autre religion – d'être convaincus que leur religion est la seule vraie. En matière de croyance, tout individu est reconnu libre.

En revanche, la France peut tout à fait se donner les moyens de faire en sorte que soit déclarée inconstitutionnelle, formellement interdite et dûment réprimée, toute velléité – même par un parti ou une mouvance politique majoritaires – d'imposer ou même de proposer l'instauration d'une pratique religieuse d'aucune sorte ou d'un comportement social fondé sur des préceptes religieux. Tout ce que les religions pouvaient appoter comme grands principes humains sont déjà dans les Constitutions des pays dits "libres".

Mais un musulman n'étant pas nécessairement un islamiste, reste posée – et attendant une réponse qui tienne la route – la question de comment un musulman peut-il vivre en France en accord avec sa conscience religieuse ? Quelle réponse y apporter qui s'accorde avec la tradition et la Constitution laïques françaises ?

Comment répondre, par exemple, à ceux qui ne mangent pas de porc et qui veulent manger à la cantine scolaire ou universitaire ? Et comment répondre à ceux qui s'offusquent que l'on puisse même servir du porc à la cantine, au prétexte que "ça sent le porc" ? Il ne peut être question d'improvisation ni de renvoyer la question sur les maires, voire sur les personnels de l'enseignement. Il faut une réponse de la République. C'est-à-dire réfléchie, étudiée, largement consultative... Et définitive.

Comment répondre à celles qui veulent profiter de la piscine municipale mais refusent de se baigner en présence d'hommes ?

Comment répondre à celles qui veulent porter le niqab ?

Pour le niqab, la réponse est simple sur le fond : nul n'a le droit de dissimuler son visage dans la société physique (les réseaux sociaux, c'est autre chose), parce que le visage c'est l'identité d'un individu. Point barre ! Il n'y a besoin d'aucune autre explication. D'autant que l'obligation de porter le niqab n'est qu'une interprétation (minoritaire et rigoriste) du ou des passages du Coran ayant trait au voile. Cela étant et pour être logique, pourra-t-on empêcher des parents intégristes d'élever leurs enfants dans l'idée que les filles devront porter le niqab. Moins simple ! Comme il sera moins simple d'interdire à quiconque d'enseigner que le Coran ordonne le port du niqab. La solution ? Il faudra que les imams "made in France" abordent cette question (et bien d'autres) dans les mosquées. En insistant, versets à l'appui, sur le fait que la femme est devant Allah un être humain à part entière, que l'interprétation islamiste radicale est fausse ou en tout cas tirée par les... cheveux. Et là – comme pour nombre d'autres sujets, d'ailleurs – se pose la question : que dit vraiment le texte du Coran ?!

Si on veut que la France vive bien avec ses musulmans et que les musulmans de France (qu'ils soient ou pas français) vivent bien dans ce pays – ce qui reviendrait à désamorcer la montée de l'islamisme radical (pléonasme) –, il faudra se coltiner ce travail d'étude, de compréhension et d'interprétation des textes de l'islam pour ne pas laisser le champ libre au n'importe quoi. Le fait même d'entreprendre une telle tâche serait un signal fort envoyé aux musulmans de ce pays. Et le fait de commencer à y réussir contribuera à n'en pas douter à démythifier et à démystifier le discours des imams et des sites islamistes (djihadistes ou pas), réduisant d'autant la séduction qu''ils opèrent sur de nombreux jeunes dans ce pays.

Les islamistes n'ont pas besoin d'attendre le vote des étrangers pour tenter d'emporter des majorités aux conseils municipaux. Ils ont déjà comme électeurs potentiels des millions de Français musulmans. A La France de se faire plus séduisante pour ces citoyens électeurs à que les sirènes islamistes.

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