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Billet de blog 17 oct. 2015

La France en panne de français

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On ne le sait que trop bien, une population analphabète est plus facile à “mener” que des citoyens disposant des compétences langagières nécessaires pour formuler des questions, argumenter, analyser le contenu d'un article ou d'un discours, démonter les arguments de la partie adverse, etc.

Corollaire : il est bien plus facile de désigner un bouc émissaire aux premiers. On peut sans conteste faire plus facilement admettre à des illétrés que la faute est aux - - - - - - - -. Dans les pointillés, on peut mettre ce qu'on veut : les fonctionnaires, les politiques, les USA, les juifs, les musulmans, les homosexuels, les chasseurs, le homosexuels, les écologistes, etc.

Je suis extrêmement remonté contre l'enseignement du français en France, en particulier dans le primaire, où on laisse l'instit libre d'imaginer comment construire ses cours au lieu de lui fournir dans les livres du maître de nombreux exemples, riches, créaifs et concrets, pour aborder telle ou telle notion à faire acquérir aux élèves. Au lieu de quoi, on laisse les élèves à la merci d'une loto : ceux-ci auront un bon prof, pour qui l'enseignement est une vocation ; ceux-là un autre qui est là parce qu'il n'est pas ailleurs. Il y a de bons professionnels et des mauvais. C'est vrai pour toutes les professions. Et puis, même les bons peuvent avoir des passages à vide, ou n'avoir pas pu prendre le temps pour préparer convenablement telle ou telle leçon.

J'ai moi-même surpris une instit raconter des contre-vérités scientifiques pour expliquer l'eau, la vapeur d'eau, la glace... Lorsque je lui ai fait part de mon idée d'un livre du maître bourré d'exemples de préparation de chaque leçon, elle m'a répondu que sans cette liberté de concevoir ses cours, l'enseignement ne l'intéresserait pas. J'ai insisté en soulignant qu'il n'était pas question pour l'enseignant de répéter bêtement ce qui serait dans le livre du maître mais que, libéré de la difficulté d'imaginer un cours original – qui a dit qu'un enseignant est nécessairement bourré de talent créatif ? – il pourrait mieux se consacrer à des recherches pédagogiques, la pédagogie étant, justement, la grande absente de la formation des maîtres en France. Peine perdue !

Faut-il s'étonner, par ailleurs, de la panne de l'enseignement du français en France quand on voit les enseignants eux-mêmes faire des fautes d'orthographe en écrivant au tableau ?! Et quand on leur fait la remarque, ils sont surpris et vous répondent qu'ils ne sont pas profs de français. Ben voyons !

J'ai vu la même instit enseigner aux petits le secourisme ! Combien de fois dans notre vie avons-nous à exercer des compétences en matière de secourisme ?! Surtout, comment un enfant de 7 ou 8 ans peut-il bouger le corps d'un adulte à terre pour le mettre dans la bonne position ?! Le temps perdu inutilement ainsi aurait été beaucoup plus efficacement investi dans des travaux visant à apprendre petit à petit la maîtrise de la langue. Non ?

Ah mais, mon bon Monsieur, la faute est à Internet et aux réseaux sociaux, entend-on souvent. Voire ! Mes deux filles sont on ne peut plus “connectées” ; cela n'empêche ni l'une ni l'autre d'acheter des livres et de prendre plaisir à lire, et pas que des mangas.

Forte de ce que l'on répète dans le milieu de ses collègues, cette enseignante m'a expliqué que si moi j'ai appris à maîtriser la langue française, c'est que je faisais partie d'un milieu privilégié !... Je lui ai répondu qu'à la maison mes parents parlaient un français petit-nègre – ma mère femme au foyer était grecque et mon père pilote de ligne n'était à l'aise qu'en anglais – et ne maîtrisaient que très, très peu de vocabulaire. C'est l'école qui m'a tout appris. L'école des Frères d'Héliopolis, en Egypte. Je me souviens encore des travaux de recherche dans le dictionnaire qu'on nous faisait faire sur les différents sens d'un mot, sur les synonymes, les homonymes, sur les préfixes et suffixes et les mots dérivés qu'ils permettent de construire...

Quand je suis arrivé en France, je maîtrisais le français mieux que beaucoup de Français. Plus tard, j'ai plus d'une fois entendu mon rédacteur en chef (d'une prestigieuse revue scientifique) dire à l'un ou l'autre de mes collègues journalistes : "Vous avez un problème de français ? Allez voir l'Arabe !"

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