Un site Internet au-delà de Goodyear

Au-delà du cas Goodyear, il serait bon de trouver le moyen – un site Internet ? – de faire passer une information et des analyses proches des réalités du terrain, pour décrire les choses telles qu'elles se passent ou se sont passées réellement, et en expliquer les tenants et les aboutissants en les plaçant dans un contexte et une perspective permettant de comprende les enjeux.

J'ai suivi comme beaucoup les déclarations passionnées, mais sobres et intelligentes, du syndicaliste de Goodyear condamné à de la prison ferme et publiées, une fois n'est pas coutume, dans les grands médias. Mais pour un cas où le public a eu accès au point de vue d'un "petit", qu'il soit salarié d'usine, paysan, riverain d'un projet contesté, sinon inutile voire nocif... combien de fois ce même public se désintéresse faute de ne rien comprendre à ce qui se passe ?

Au-delà du cas Goodyear, face à l'apparente distorsion des faits visible sur les grands médias, il serait bon de trouver le moyen de faire passer une information et des analyses proches des réalités du terrain, pour décrire les choses telles qu'elles se passent ou se sont passées réellement, et en expliquer les tenants et les aboutissants en les plaçant dans un contexte et une perspective permettant de comprendre les enjeux.

Il s'agit d'en finir avec – ou alors d'accompagner – l'action au coup par coup, dans un contexte où la majorité du public s'en fout parce que pas au courant des tenants et des aboutissants. Et, plus ambitieusement, d'en finir avec le vote imbécile où l'on confie son bulletin à celui qui a parlé le plus fort, qui a su s'adresser à nos tripes pour nous vendre des politiques imbéciles, voire mortifères. Qu'un chef de l'Etat puisse continuer de nous faire croire que l'on peut espérer une "inversion de la courbe du chômage" montre la profondeur de l'ignorance du public, alors que l'évolution technologique rend inexorablement inemployables de larges secteurs de la main-d'œuvre. Une main d'œuvre, qui plus est, trop âgée ou trop dépassée pour se reconvertir. Même chose pour ce qui est des milliards offerts à "l'entreprise" pour qu'elle embauche ! Notre système a pour priorité de servir ses actionnaires, pas ses salariés. Les seuls salariés choyés par le système sont ceux de la haute hiérarchie, ceux qui veillent, justement, à rassurer les actionnaires et à les bien rémunérer.

Il ne s'agit surtout pas de donner dans la "propagande" ou le militantisme, et encore moins de tordre les faits dans l'autre sens, pour avantager les vues syndicalistes.

Je pense que ce serait un grand service à rendre au public, à nous tous, jusqu'ici plus ou moins captifs de la version officielle propagée par les médias.

Je parle ici de tous les conflits, et même de toutes les tensions avant même qu'elles ne dégénèrent en conflits. Je pense qu'il est préjudiciable pour les salariés en général que le public apprenne de but en blanc qu'il y a des heurts entre militants et forces de l'ordre, que des paysans ont lâché des porcs dans une mairie, qu'un jeune zadiste est mort tué par une grenade policière...

Pour répondre utilement à notre besoin à nous tous de comprendre, et plus largement pour contribuer à notre "éducation", je suggère la création d'un site Internet, création précédée par une importante campagne dont le message serait quelque chose du genre : "Infos et analyses que les grands médias ne donnent pas." Un site Internet dont les infos et les analyses seraient fournies par le public internaute – et publiées après vérification et peut-être mises en forme par un comité modérateur. Il y a certainement parmi nous une foultitude de gens qui vivent au sein de conflits avérés ou en puissance et qui réfléchissent, il y a des témoignages directs à apporter, des commentaires à chaud ou des analyses plus profondes à exposer. Des gens parmi nous qui sont des parties prenantes directes, des observateurs de la société ou de simples citoyens intéressés.

Ce serait une sorte de Médiapart spécialisé dans ce que vit la société : tel aérport, tel barrage, telle fermeture d'usine, tel plan social, telle réforme, tel projet de loi, telle industrie, telle entreprise de la grande distribution, telle université, etc., etc. Et même tel maire qui interdit la crèche dans la mairie. Il ne s'agit pas de dire si c'est "bien" ou "mal". Il s'agit de décortiquer, de remonter dans l'histoire, de comparer, etc. D'apporter de la connaissance, de proposer des points de vue et, à partir d'un cas spécifique, d'amener à réfléchir plus largement.

Le syndicalisme de papa est mort et enterré ! La classe politique a appris à gérer la colère qui s'exprime dans la rue et à vivre avec. La grande grève-manif style 1995 ne "marche" plus. On l'a vu à maintes reprises depuis : les pouvoirs publics laissent pourrir – d'ailleurs les médias se plaisent à répéter que la manif "s'essouffle"... – et continuent de n'en faire qu'à leur tête. Et de toute façon, le public n'est informé que par les grands médias, qui ne publient rien qui puissent vraiment fâcher les pouvoirs publics. Et lorsqu'ils publient, c'est bien trop tard et bien trop peu. Et puis, c'est bien connu, ils ne s'intéressent qu'au sensationnel, aux manifestations violentes, etc. Ce n'est pas leur rôle de rapporter sur le vif la lente montée qui conduit à un conflit, la mécanique de la décision gouvernementale unilatérale qui ne consulte le public concerné que pour la forme et n'en fait de toute façon qu'à sa tête, ou qui confie l'étude d'impact d'un projet exclusivement à ceux-là mêmes qui sesont chargés de l'exécuter, comme l'entreprise de BTP dans le cas d'un barrage !

Tout conflit est précédé par des étapes qui y mènent. Des étapes dont le public n'est pas au courant. Et n'étant pas au courant, il juge d'après les éléments que lui présentent, in fine, les grands médias, du genre "il est inacceptable de séquestrer un patron !", ou "on n'a pas le droit d'empêcher les non-grévistes de travailler !", ou "les cheminots prennent les voyageurs en otages !", etc., etc.

N'est-il pas grand temps d'offrir au public une source d'infos claires, précises, suivies et bien archivées, et d'analyses intelligentes, bien étayées et à la portée de tous... Ah, j'allais oublier : avec juste les commentaires qui apportent quelque chose, qui enrichissent l'info ou l'analyse. Et surtout pas les imbécillités et les déversements de bile qu'on peut lire sur certains sites ouverts aux commentaires !

 

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