Egypte : pour ceux qui nous rebattent encore les oreilles avec les urnes

Les urnes, les urnes ! L'Ocident et ses médais n'ont eu que ce mot à la bouche pour condamner la destitution de Mohamed Morsi et le pouvoir frériste par les militaires.

Aujourd'hui, l'Occident et ses médais commencent à comprendre la réalité des choses, notamment le fait que lorsque des dizaines de millions d'Egyptiens descendent dans la rue pour récuser un pouvoir, même légitimement élu, cette légitimité tombe d'elle-même.

Cinq choses à souligner par ailleurs :

1. Depuis sa création, en 1928, la confrérie des Frères musulmans vise à islamiser l'Egypte, le monde arabe et le monde entier et à y appliquer la charia. Lors de la campagne électorale qui les a menés au pouvoir, Mohamed Morsi et l'ensemble des Frères musulmans ont répété à l'envi qu'ils sont des démocrates et qu'ils respectent la démocratie. Or (j'espère que) je n'apprendrai rien à personne en précisant que la démocratie ça n'est pas seulement la liberté de se porter candidat et d'élire le candidat de son choix. La démocratie est, beaucoup plus essentiellement, le respect de l'autre dans sa liberté de croyance, d'opinion et de parole. Or, en islamisme - les Frères musulmans sont des islamistes et ils sont même à l'origine de l'islamisme -  si tu n'es pas islamiste, tu es un mauvais musulman et tu es condamnable, tout comme le sont a fortiori les non-muslmans. C'est tout simplement du fascisme à base religieuse. Mohamed Morsi et sa confrérie ont trompé le peuple égyptien. Les seules préoccupations de Morsi au pouvoir ont été : de contrôler les médais égyptiens en limogeant une centaine de rédacteurs en chef et en les remplaçant par des Frères ou des sympathisants ; de mener une OPA sur la magistrature du pays ; de s'arroger par décret les pleins pouvoir avec impossibilité de s'y opposer ; de démarrer l'islamisation de la société égyptienne en se foutant pas mal des trois principales demandes du peuple égyptien et pour lesquelles il a été élu, à savoir démocratie, pain, justice.

2. A ceux qui continuent d'ânoner "les urnes, les urnes", faut-il rappeler qu'Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes ? Staline, Salazar, Franco, Pinochet et autres dictateurs ont été battus par les urnes, n'est-ce pas ?!

3. Pour ceux qui insistent pour comparer les deux, la situation algérienne a été très différente de celle de l'Egypte. Le FIS algérien a remporté les élections mais n'a pas pu gouverner, alors que les Frères muslmans ont eu largement le temps de montrer leur incompétence et leurs vrais objectifs.

4. Quant aux militaires au pouvoir... Il ne faut pas mélanger les choses. Pourquoi donc est-ce que s'opposer à la dictature islamiste signifierait automatiquement que l'on est partisans d'une dictature militaire ?! Il se trouve que seule l'armée était en mesure d'arrêter le désastre politique, éconolique, culturel et civilisationnel dans lequel les Frères musulmans étaient en train d'engager l'Egypte. Certains d'entre eux ont même déclaré qu'il fallait détruire les monuments de la civilisation pharaonique... parce que c'étaient des païens! Si l'armée pose problème, les Egyptiens sont asez grands pour s'y opposer le moment venu. L'opacité de l'armée et la place disproportionnée qu'elle occupe dans l'économlie du pays posent problème ? Là aussi, faisons confiance aux Egyptiens pour s'en préoccuper le moment venu.

5. Enfin, quiconque aura eu l'occasion de suivre quelques-unes des émissions mises en ondes par les chaînes de télévision islamistes (y compris fréristes) - qui n'existaient pas sous Moubarak et qui se sont multipliées après l'élection de Morsi -, a pu se faire une idée de ce que Morsi et ses Frères réservaient au pays. Mieux... que se taisent une fois pour toutes tous les donneurs de leçons qui n'ont pas vu ces émissions et constaté la haine et l'appel au meutrre qu'elles déversaient à longueur de journée. Un seul exemple : après qu'une famille enière de chiites s'est fait lyncher à Alexandrie, un des imams islamistes (sunnite comme il se doit) a déclaré en substance sur une de ces chaînes : "Je pense que c'est une bonne chose que ces mécréants soient morts, même si je n'approuve pas la manière dont ils ont été tués".

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.