La France mise à nu par le burkini

"Signes extérieurs d'appartenance religieuse", "troubles à l'ordre public"… Nos responsables politiques s'enferrent dans ces notions facilement réfutables alors qu'un islamisme rampant nargue une France incapable de proclamer haut et fort qu'aucune loi, fût-elle divine, ne peut se prétendre au-dessus des lois de la République.

Je suis un homme d'un certain âge, et même d'un âge certain, athée depuis l'âge de 18 ans. J'ai quitté, il y a très longtemps maintenant, un pays à majorité musulmane où il y avait de-ci de là, dans la législation comme dans la société, quelques signes montrant qu'il valait (largement) mieux être musulman. Certaines professions vous étaient fermées et lorsque vous étiez en litige avec un coreligionnaire non-musulman, il suffisait que celui-ci se convertisse à l'islam pour que vous disiez adieu à toute possibilité de gagner votre procès. Les choses ont empiré depuis de nombreuses années. Persécutions, assassinats, attentats et destructions se sont multipliés contre les chrétiens, pendant que les pouvoirs publics refusaient de l'admettre et alors que les forces de l'ordre laissaient faire quand elles étaient présentes, ou prétextaient n'avoir pas assez de moyens pour intervenir quand elles étaient sollicitées.

Je me sens bien chez moi en Occident. Je me sens libre de m'exprimer, même pour critiquer le président de la République, les ministres ou qui que ce soit parmi le personnel politique, et même d'en traiter certains de cons, d'écrire des analyses politiques sans craindre de perdre mon emploi, d'être athée, de fréquenter qui me plaît, de m'habiller comme je veux, d'aller et venir sans m'inquiéter d'être suivi. De vivre ma vie sans avoir peur qu'on me foute en tôle, qu'on me fouette, voire qu'on me pende ou me coupe la tête en m'accusant de blasphémer, d'être homosexuel (même si je ne le suis pas), de porter atteinte à l'image de mon pays, etc.

Et je suis sûr que les femmes qui portent le burkini vivent plus librement et plus dignement en France qu'elles n'auraient pu le faire dans nombre de pays à majorité musulmane.

Certes, il y a eu, il y a encore, des pays d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine et même d'Europe où les citoyens courent des risques dès qu'ils s'écartent de la "ligne" du parti ou de la junte au pouvoir. Mais dans ces pays, il y a toujours l'espoir de faire tomber un jour les dictatures et d'accéder à la liberté d'être.

En islam, l'individu est soumis par essence à Allah et à ses lois s'il ne veut pas brûler en enfer. Rien à opposer à cela. Je suis athée, mais il ne me viendrait pas une seconde à l'esprit de contester à un musulman de penser ainsi et de s'y conformer.

Ce qui m'est, en revanche, absolument inacceptable, c'est que des humains (ou la société) s'arrogent le droit de me forcer à rester dans “le droit chemin” religieux et, pire, de me punir (voire de me tuer) lorsque je m'en écarte.  Et si, par malheur, vous pensez que l'islam ne vous convient plus et que vous voulez le quitter, ce choix-là vous est interdit sous peine de mort. 

Là, ça ne devient plus une religion, mais une idéologie répressive. Le communisme a fini par être rejeté et terrassé par ceux-là mêmes qui ont espéré qu'il les libérerait de leur condition de serfs. Il a été vaincu après avoir envoyé des millions au Goulag sous des accusations diverses et variées qui se résumaient à une seule, celle d'être des “déviants”, réels ou prétendus.

Il est déjà difficile de se libérer d'une religion que l'on a intégrée depuis sa plus tendre enfance. Et cela est encore plus difficile, sinon impossible, si elle a été pervertie par certains pouvoirs au point de condamner à mort quiconque exprime le désir de s'en libérer.

Le christianisme, la religion dont le commandement fondamental est « aimez-vous les uns les autres », a commis des massacres où des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants – chrétiens pour la plupart – ont été exécutés par d'autres humains tout aussi chrétiens, convaincus qu'ils tuaient des ennemis de Dieu. Jusqu'à ce que l'Occident finisse par se libérer de l'emprise des pouvoirs qui dictaient leur idéologie en se servant de la religion.

En France, la laïcité est l'expression de cette libération-là. Une libération qui a été si chèrement payée que l'on peut comprendre la susceptibilité des Français dès que l'on touche à cette laïcité. Que certaines forces indécrottablement racistes, "suprémacistes", xénophobes, etc. – appelez-les comme vous voulez – jouent sur cette susceptibilité pour la faire dévier vers des comportements de rejet, cela peut s'expliquer, mais cela ne peut en aucun cas se justifier.

Cette attitude de rejet, qui se retrouve à l'état “naturel” chez certains Français à tous les niveaux de l'échelle de la société et de la hiérarchie des pouvoirs, tant politiques qu'économiques, a conduit aux problèmes que nous connaissons, problèmes de “rejet en retour” de la France par une certaine partie de la jeunesse française, par une certaine partie de ceux qu'on appelle les Français d'origine ceci ou cela, notamment maghrébine. Eh oui, il est difficile d'aimer quelqu'un dont vous sentez qu'il vous rejette !

D'autres immigrés avant ceux-ci ont été tout autant, et depuis fort longtemps, rejetés par ces catégories de Français : les Russes, les Polonais, les Italiens, les Portugais... arrivés nombreux depuis les débuts du vingtième siècle. Avec le temps, les uns et les autres se sont intégrés-assimilés. Pour les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, les Africains, religion et couleur de peau rendaient ces immigrés-là plus “autres” que ceux en provenance d'Europe. En plus, il venaient d'anciennes colonies, donc déjà de cultures ou sociétés considérées comme “à civiliser”, donc forcément moins évoluées, forcément inférieures.

Je rappelle que j'essaie de m'expliquer les choses et en aucun cas de justifier.

Je reviens maintenant au christianisme, dont les instances de pouvoir ont été obligées de lâcher prise et de cesser de s'occuper de politique en cherchant par tous les moyens à imposer leur idéologie.

En islam, les tenants de cette idéologie de domination du religieux sur la société des humains, ce sont ceux qu'on appelle les islamistes. Il s'agit d'une mouvance assez étendue, qui regroupe, entre autres, les Frères musulmans (certainement le groupe le plus ancien, le plus nombreux et le mieux structuré humainement et idéologiquement), les wahhabites, les kharidjites, etc. Toutes les composantes de cette galaxie, visent à gagner à l'islam l'ensemble des populations de la planète.

Parmi ces composantes, certaines ont choisi la voie pacifique, la conversion par l'exemple et la persuasion, d'autres ont opté pour la méthode forte : soit tu te convertis, soit tu payes pour conserver ta religion et tu es considéré comme un “dhimmi”, un individu de seconde zone avec des droits limités, sous la tutelle du pouvoir musulman. Et si tu ne veux ni te convertir ni payer, alors tu es exécuté.

Toujours parmi ces composantes, il y en a qui s'accommodent de certaines libertés individuelles, d'autres qui exigent une obéissance stricte à leur propre interprétation des textes sacrés, entre autres au plan vestimentaire : niqab pour la femme, barbe pour l'homme. Pour eux, la femme n'a aucun droit, seulement des devoirs. Même pour faire des prières facultatives ou supplémentaires, même pour jeûner des jours en plus du Ramadan, une femme mariée doit avoir l'autorisation du mari, pour que ce qu'elle se propose de faire n'interfère surtout pas avec les exigences de son mari. Et ne parlons même pas du droit de visiter un parent, de voyager, etc. Elle dépend entièrement du mari et doit, par exemple, écarter ses cuisses par devoir (je ne peux appeler cela faire l'amour !), et peu importe qu'elle ait ou non envie, qu'elle soit ou non fatiguée, malade, soucieuse, etc. Et le mari a tout loisir de battre sa femme si elle persiste à l'incommoder.

La vie de l'individu, homme ou femme est plus qu'étroitement contrôlée et la moindre incartade est  férocement punie. Qu'un individu se fasse prendre à flirter avec une personne du sexe opposé sans être marié à cette personne et les deux sont lapidés à mort. Et l'homosexualité est punie de mort ! Qu'un individu écrive un texte pour s'élever contre telle injustice ou telle autre, ou qu'il soit pris à ne pas faire ses prières sans motif valable, il est puni par un nombre plus ou moins important de coups de fouet, etc, etc.

Pour les mouvances les plus extrémistes, un musulman doit être sunnite et doit appliquer strictement la charia selon leur propre interprétation, la plus rigoriste. Alors, et alors seulement, c'est un vrai musulman. Tous les autres musulmans sont des mécréants, des “kouffar”. Et tout Etat, même musulman, qui ne fait pas appliquer la charia selon cette même interprétation est un Etat “kafir”. Bien entendu, tous les non-musulmans et tous les Etats non musulmans sont des “kouffar”. Pour ces islamistes-là, les enfants musulmans ne doivent pas croire ce que leur enseignent leurs maîtres à l'école laïque, et doivent se révolter contre leurs parents quand ces derniers n'appliquent pas rigoureusement la charia. Pour eux, un musulman peut mentir à un “kafir", le voler ou le tuer sans que cela soit haram.

Depuis de nombreuses années, ce sont ces mouvances-là qui ont pris le dessus par rapport à toutes les autres. Pourquoi ? Parce qu'elles sont le fer de lance de certains milieux aussi influents que fanatiques dans les pétromonarchies du Golfe, une arme utilisée par ces milieux dans leur lutte d'influences avec l'Occident. Une arme qui quelquefois se retourne contre eux, d'ailleurs, comme en attestent les attentats islamistes qui ont lieu de temps en temps en Arabie saoudite, pays que les plus islamistes des islamistes considèrent pas assez musulman ! C'est de ces pétromonarchies que proviennent les finances et c'est avec leur bénédiction que sont choisis les imams qui vont enseigner les fidèles dans les mosquées en Occident (mais aussi dans les pays musulmans, mais c'est là une situation différente). Cet islam-là a pris également le pouvoir sur les ondes, sur la toile et sur les réseaux sociaux.

Et c'est cet islam-là que professe toute une nébuleuse d'organisations dites djihadistes comme Al-Qaïda, le Front Al-Nosra, Daech, Boo Haram, Ansar Din, etc, etc. Pour ces émanations djihadistes de la pensée islamiste, quiconque se fait exploser au milieu d'une foule pour tuer un maximum de “kouffar” est un bon musulman qui va droit au paradis. Il en résulte les attentats perpétrés de par le monde par des jeunes gens persuadés que c'est au nom d'Allah qu'ils assassinent et massacrent des gens dont on les a convaincus que ce sont des singes et des porcs, des infra-humains, des ennemis d'Allah. Ces organisations n'ont même pas besoin d'envoyer des jeunes de chez eux pour monter ces opérations. Il suffit que de jeunes Français se soient fait laver la cervelle via les réseaux sociaux pour qu'ils prennent de telles initiatives de leur propre chef.

On peut comprendre que cette terreur qui s'est installée en France plus particulièrement et en Occident plus généralement pousse les populations de ces pays à considérer avec méfiance toutes les personnes, hommes (barbe, robe aux chevilles et sandales) ou femmes (burqa, burkini, niqab), qu'ils associent à cet islam-là.

Et les tenants de cette mouvance doivent être ravis de voir à quel point les autorités françaises, qui n'osent pas appeler un chat un chat, s'enlisent encore et encore dans des notions et des débats stupides et indéfendables tels que "'signes extérieurs d'appartenance religieuse" et "troubles à l'ordre public" ! Ils doivent être également ravis face aux réactions inquiètes (et quelquefois racistes) de certaines franges de la population française. Et ils espèrent certainement de tout cœur assister à des heurts généralisés entre Français “de souche” et Français musulmans.

Il est indispensable que la France trouve les moyens de riposter sur plusieurs fronts :

– Premièrement et avant tout, il faut appeler un chat un chat et proclamer haut et fort qu'il n'y a pas et qu'il n'y aura pas en France de place pour une idéologie qui refuse la pluralité, le respect des droits de l'homme et la liberté d'expression et de croyance. Qu'il n'y a pas de place en France pour une idéologie qui a pour programme d'imposer des lois incompatibles avec celles de la République. La France se doit de proclamer haut et fort qu'elle ne tolérera pas que ces lois se prétendent au-dessus de celles de la République.

– Rassurer ses citoyens musulmans sur leur qualité de citoyens français à part pleine et entière. C'est un travail de longue haleine qui ne peut absolument pas se suffire de formules aussi vagues que creuses du genre « pas d'amalgame » ;

– Susciter et promouvoir parmi les musulmans de France le souci de la cohésion nationale, le refus de se laisser enfermer dans le communautarisme et le désir d'éliminer les “pousse au crime” que sont les tenants de cet islam-là ;

– Entreprendre une vaste campagne d'information, soulignant, entre autres, que pour les tenants de cet islam-là, les musulmanes qui se baignent en burkini sont aussi “kouffar”, mécréantes, que celles qui sont en bikini, puisqu'elles ne couvrent pas la totalité de leur corps ;

– Traquer systématiquement et éliminer sans fléchir toute entité, toute structure dont les paroles et actions contribuent à propager cet islam-là et à dresser les musulmans de France contre la République.

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