Blanquer perd les pédales

Depuis l’agression avec une arme factice d’une enseignante par un lycéen à Créteil, le ministre n’a plus de limites. Lui qui se voulait le chantre du pragmatisme évolue désormais dans une direction idéologique et parfaitement inefficace. Renouant avec sa culture politique conservatrice, le ministre perd de vue l’intérêt des élèves, qui devrait pourtant être sa priorité absolue.

Quand je serai vieux, je pourrais affirmer avec grand bonheur que j’ai connu le « nouveau monde », tant sa propension à réinventer perpétuellement ce qui se faisait dans l’ancien me fascine tous les jours. En effet, l’article 5 de « l’ordonnance n° 59-45 du 6 janvier 1959 portant prolongation de la scolarité obligatoire » évoquait déjà la possibilité de couper le versement des allocations familiales aux parents des élèves absentéistes. Par bonheur, Jean-Michel Blanquer ressort une mesure du même genre… 59 ans après ! Faut-il préciser au ministre que le dispositif évoqué ci-dessus fut supprimé en 2004, par une majorité politique dont il fut proche, car celui-ci était jugé inefficace ?

N’étant pas un exégète assidu des travaux de monsieur Blanquer, je ne le pensais pas capable de s’aventurer sur ce terrain, celui, bien glissant, de la démagogie et de la répression inefficace. Il est vrai qu’a priori une telle initiative peut sembler séduisante : mais oui, c’est évident, il faudrait sanctionner les parents des élèves violents puisqu’ils en seraient nécessairement responsables ! Il semblerait que cette mesure prenne inspiration sur la loi Ciotti de 2011 (dont on connaît l’auteur pour sa modération légendaire lorsqu’il s’agit de parler de sécurité…), qui donnait la possibilité aux inspecteurs d’académie de sanctionner les parents des élèves absentéistes.

Outre son efficacité plus que contestable, cette mesure s’annonce comme une violence sociale très forte. En effet, le fait d’interrompre l’attribution des allocations familiales à cause de la violence de certains élèves représente une double peine. Bien évidemment, les enfants ne sont pas violents qu’à l’école et la plupart du temps, leur comportement pose déjà un problème aux parents, sans compter que ceux-ci peuvent également en être victimes. Par ailleurs, supposant que le ministre fasse preuve de mansuétude et ne veuille pas cibler indistinctement toutes les familles, à qui va incomber la tâche de repérer les familles des élèves absentéistes ? A du personnel administratif de l’Education Nationale dont ce n’est ni le rôle ni la compétence ? Il me semble que pour déterminer l’aptitude à conserver ou non l’autorité parentale, il existe une institution qu’on oublie souvent : la justice aux affaires familiales. Qui de mieux que le juge pour montrer si les parents peuvent continuer à percevoir les allocations familiales, selon qu’ils conservent l’autorité parentale ou non sur leur enfant. Enfin, la violence scolaire ne doit surtout pas être une variable budgétaire : faire croire qu’on peut solutionner la question des violences au sein des établissements scolaires en supprimant des allocations familiales est totalement illusoire ! Jean-Michel Blanquer serait plutôt inspiré de mettre les moyens pour lutter à la racine contre ce problème récurrent, ainsi que celui de l’absentéisme.

Ce n’est pas en aspergeant son jardin de désherbant qu’on arrive à récolter des fruits !

 

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