Macron, l’habile campagne pour les européennes

Alors que le « grand débat national » s’est ouvert depuis plusieurs jours, le président de la République s’offre une immense publicité médiatique depuis le début de l’année 2019.

Nous sommes bientôt à quatre mois d’élections européennes : le président gesticule dans tous les sens pour reprendre la main sur l’agenda politique. Il est en passe d’y arriver : en effet, pas un jour ne passe sans que le cirque politico-médiatique s’extasie sur les vertus du « grand débat national ». Ah, Emmanuel Macron écoute de nouveau les Français, c’est formidable (alors qu’il est capable d’insulter les millions de nos concitoyens qui ont du mal à boucler leurs fins de mois le matin-même) ! Ah, que ce président est doué : tenir sept heures à l’oral devant plus de 600 maires, quel exploit (alors même que les interventions ont été préparées à l’avance) ! Ah, que ce président connait bien ses dossiers : on peut lui reprocher ce que l’on veut, mais sa compétence ne saurait être remise en cause (alors que certains sujets ne peuvent pas être évoqués) ! Ah, le président renoue le contact avec la population (alors qu’il ne s’exprime que devant un parterre de maires bien préparé) ! Bref, nous sommes déjà collectivement à saturation de ce grand exercice qui va pourtant durer plus de deux mois.

Malgré tout, c’est déjà la campagne pour les élections européennes qui s’enclenchent. La quasi-totalité des partis politiques français ont décidé d’en faire une élection nationale, en appelant au référendum anti-Macron. Voilà maintenant que le parti majoritaire a décidé de s’y mettre, en se définissant comme le parti de l’ordre. Magie du moment : les sondages favorables au président de la République et à LREM remontent de manière spectaculaire ! Les planètes semblent s’aligner avec l’ouverture de ce « grand débat national ».

Pourtant, c’est bien une campagne politique qui s’ouvre sous des atours savamment déguisés. Les médias ont déjà oublié les gilets jaunes alors que sans eux, pas de « grand débat national » ! Quelques vagues interviews autour de la question des violences policières cette semaine mais sans faire trop de remous afin que personne ne puisse reprocher l’absence de traitement de ce sujet. Bref, tout semble en place pour démarrer les hostilités de la campagne. Malheureusement, il y a fort à parier qu’aucun ou très peu de thèmes européens seront au cœur de ce nouveau temps électoral. Espérons que le Brexit rebatte les cartes du débat et permette de parler d’Europe.

La majorité s’est choisie ses ennemis préférés, la France Insoumise et le Front National, pour mettre en place cette tripolarisation du jeu politique dont pas grand monde ne veut. Pourtant, le piège se referme automatiquement sur les électeurs, obligé de choisir entre très peu de forces, ce qui ne manquera pas d’alimenter encore un peu plus le rejet de la classe politique par bon nombre de concitoyens.

La campagne pour les élections européennes a bel et bien commencé, au prétexte d’un « grand débat national » organisé à la va-vite et dont l’organisation de rencontres locales part parfois dans tous les sens. Oubliés les grands thèmes européens, oubliées les grandes ambitions de confrontation politique et idéologique. Retour au fade storytelling sur Emmanuel Macron, ce jeune président self-made-Jacques Attali-man, et aux circonlocutions des éditorialistes. 

Encore une fois, le président de la République ne manquera pas de cristalliser tout le débat autour de sa personne, comme il tant à le faire depuis le début du quinquennat et lors de la campagne présidentielle. Tout va dans ce sens : la mise en scène de ses apparitions publiques, les "petites phrases" qui ne sont en rien des gaffes... Dans le Nouveau Monde, plus de confrontation d'idées dans l'espace démocratique, mais uniquement un référendum perpétuel pour ou contre Macron. Et c'est triste. 

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