La situation actuelle du PCF, problèmes, divergences et impasse pour 2022

Peu importe le vote des adhérents le 9 mai prochain pour la stratégie de 2022, les dissensions internes n’ont jamais été aussi présentes et ne seront probablement pas atténuées sans dégâts...

Rappel : Fabien Roussel est l'actuel Secrétaire national du PCF, partisan d'une (sa) candidature communiste indépendante sur laquelle les adhérents doivent trancher le 9 mais prochain.

Quel parti a déjà eu ses dirigeants (plus d'une centaine de personnes au PCF, pas un bureau de 12 cadres comme cela existe dans d'autres organisations) votant pour une stratégie que la base d’adhérents contredit même pas 1 mois plus tard ? Qui plus est avec un écart important.

  • Rappel du vote du PCF en 2016 pour la stratégie 2017 (1):
    -Dirigeants : Option JLM : 44,31%, Option Indé : 55,69%
    -Adhérents : Option JLM: 53,60% , Option Indé : 46,40%

Cette situation de dissensions internes a amené, lors du grand congrès du parti en 2018, la motion sortante à être soutenue à seulement 38%, arrivant deuxième, soit la seule mise en minorité de la direction du PC en 100ans d’existence (2).

Ce résultat inédit a provoqué l'arrivée d'un groupe minoritaire -mais pesant depuis quelques temps- à la direction du parti, et alors que cela aurait du amener à une remise en question, de nouveaux votes peut être ou bien une orientation plus inclusive des différentes tendances, la nouvelle administration a pris la tête en balayant tout ça, se pensant victorieuse avec ses 42%.

Evidemment cela a engendré (ou accéléré) plusieurs déconvenues. Zéro député européen en 2019 pour un parti qui en avait toujours eu et d'ailleurs même aucun remboursement pour cette élection (budget de l'ordre de 2 millions d'euros d'après Ian Brossat (3)), ainsi que la perte de fiefs plus qu'historiques aux municipales 2020, dont je ne vais citer qu'un exemple qui me cuit : la défaite de Saint-Pierre-des-Corps, ville de la banlieue de Tours, communiste depuis la création du parti lors du fameux congrès du même nom qui a eu lieu tout juste un siècle en arrière et à même pas 2km de là.
Pour une plus large observation sur les municipales, je vous renvoie vers un bon article de Médiapart : Municipales: le «noyau historique» des bastions communistes est atteint

Et nous voila arrivé aux présidentielles, dont la stratégie da la direction et de la candidature Roussel ne séduit pas plus que le reste.
En mars 2021, le conseil national du parti a soutenu qu’à 68 contre 45 voix l’option de Roussel pour 2022, soit 60%. En additionnant les 18 abstentions cela amène à une stratégie soutenue part seulement 52% des 131 membres du CN présents lors du vote
(4)

De plus, ces dissensions ne sont pas qu’à l’échelle dirigeante, ou dans une opposition direction/adhérents, mais aussi au sein des militants, notamment avec une jeune génération de militants PC, bercés par la légende d’un PCF fort que Mélenchon aurait abîmé, et à une inculture politique de l'histoire du parti, ses résultats électoraux, sa stratégie pionnière des ralliements etc.
Ce fossé est du à la fois au saut d’une génération chez les militants PC qui n’ont pas été nombreux à rejoindre le parti entre Marchais (fin 1980) et Mélenchon ~2010, et aussi à l’incohérence d’une direction carriériste et de moins en moins représentative.

Alors pour le choix d’alliance en 2022, seule comptera la participation importante des militants les plus sages, souvent plus vieux et conscients que le PCF a bénéficié des deux candidatures Mélenchon (surtout la première) alors que le parti était en déclin continu depuis les années 80, mais aussi la mobilisation de jeunes adhérents arrivés autour des années 2010, qui sont loin de ces querelles au faible sens idéologique, et se sentent souvent hybrides entre le PG/LFI, et le PCF ; militants d’une gauche radicale et non pas d’un parti.

Malheureusement le choix des militants PC pour 2022 risque de ne pas changer grand-chose.
Bien évidemment la solution d’alliance étant la plus positive, tournée vers une victoire aux présidentielles et des candidatures solides aux législatives, cela reste la meilleure solution. Mais même dans ce cas de figure, le PCF va à nouveau se retrouver avec 40% des adhérents et 60% des cadres (dont la direction actuelle) qui ne voudront pas soutenir le candidat choisi. C’est déjà ce qui en 2017 avait mené à une relation calamiteuse entre la FI et le PCF, ainsi qu'en interne du parti comme rappelé plus haut.

Cependant, la proposition de candidature indépendante proposée par Roussel pour 2022, ambition personnelle, habillée de déclarations purement politicardes comme la dernière en date (5) : «Les insoumis estiment que chacun doit avoir un travail et que si quelqu'un n'en trouve pas, l'Etat doit être employeur en dernier ressort. Nous ne partageons pas du tout cette philosophie-là, ça c'est l'époque soviétique, le kolkhoz.» serait encore pire.
Au moins 40% des adhérents seront surement opposés à cette décision, dont nombreux quitteront le parti ou rejoindront une candidature plus proche de leurs convictions. Le parti risque aussi de ne pas obtenir le remboursement alors que la campagne des présidentielles est la plus couteuse, ainsi que de perdre à nouveau des députés au point même de ne plus avoir de groupe parlementaire.

D'ailleurs sur ce point Roussel veut partir seul aux présidentielles mais préparer des alliances pour les législatives (déclaration qui coïncide avec l’appel lancé par l’ex-premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis (6)), alors que tout le monde sait que deux partis qui ne sont pas alliés aux présidentielles ne s’accordent jamais en amont pour les législatives. D’autant qu’il risque d’y avoir encore moins de cadeaux en 2022, le PS qui est passé de 270 députés à une trentaine ne pense pas pouvoir descendre plus bas, EELV aimerait bien rentrer à nouveau à l’assemblée nationale enorgueilli par ses derniers résultats électoraux et LFI risque de refuser toute concessions sans soutien préalable.  

Bref, ces dissensions me paraissent irréversibles et ces tendances irréconciliables, alors quoi qu’il arrive, la campagne va être compliquée pour le PCF, au risque même de voir une accélération des départs des adhérents comme des élus (dont certains ont déjà appelé publiquement à soutenir Mélenchon (7)). En revanche une chose est certaine, ce n'est pas cette campagne solitaire et pleine d'orgueil qui aidera à reconstruire une entente interne et un parti solide, mais seule, peut-être, une campagne d’union propre, respectueuse et réussie.

(1) https://www.lamarseillaise.fr/archives/les-militants-communistes-apportent-leur-soutien-a-la-candidature-melenchon-LElm054843
"Début novembre, les militants délégués à la conférence nationale du parti avaient fait le choix à 53,69% des voix d'une candidature communiste pour démarrer la campagne, tout en poursuivant le travail pour une large candidature de rassemblement. L'option d'un soutien à Jean-Luc Mélenchon avec une campagne "autonome" du parti, avait recueilli 44,31%. Mais le dernier mot revenant à l'ensemble des militants, ces derniers ont fait le choix inverse après d'intenses débats et trois jours de vote."

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/10/06/congres-du-pcf-le-texte-de-la-direction-mis-en-minorite_5365752_823448.html
"Congrès du PCF : le texte de la direction mis en minorité, une situation inédite pour le parti"

(3) https://www.lci.fr/elections/france-insoumise-la-republique-en-marche-rassemblement-national-eelv-financement-combien-coute-une-campagne-pour-les-elections-europeennes-2019-2117985.html
"La liste PCF conduite par Ian Brossat mise quant à elle sur un budget de l'ordre de 2 millions d'euros, nous a indiqué sa tête de liste."

(4) https://www.humanite.fr/le-pcf-franchit-une-nouvelle-etape-vers-2022-701367
"Minoritaire au sein de la direction communiste, cette option a recueilli 45 voix, contre 68 pour une candidature communiste (et 18 abstentions)."

(5) Article dans Marianne le 15 Avril 2021 vu ici en premier : https://twitter.com/SkomskiT/status/1383039257502220289
https://www.marianne.net/politique/gauche/fabien-roussel-le-probleme-de-la-gauche-ce-nest-pas-sa-division-mais-sa-faiblesse 

(6) https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/03/21/fabien-roussel-plaide-pour-un-pacte-a-gauche-pour-les-legislatives_6073913_823448.html
"Le communiste Fabien Roussel plaide pour « un pacte » à gauche pour les législatives de 2022"
"Sa déclaration coïncide avec l’appel lancé, samedi, par l’ex-premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis, qui a préconisé que gauche et Verts scellent « un pacte législatif » pour 2022"

(7)
https://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-2022-ces-communistes-qui-ont-choisi-jean-luc-melenchon-24-12-2020-8415888.php
"Présidentielle 2022 : ces communistes qui ont choisi Jean-Luc Mélenchon"

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