Transparence de Marc Dugain

Ce roman d’anticipation nous plaque au miroir : « L’homme, pourtant si bavard, ne tire-t-il donc jamais aucune leçon de rien ? » Il faut croire que non parce qu’« il y a quelque chose […] qui nous pousse à la réduction de notre champ de conscience pour protéger nos habitudes. »

Les intérêts particuliers ne cessent de nuire à l’intérêt général, rappelle l’auteur, parce que « l’écueil [de notre] espèce devenue essentiellement technologique […] s’est perdue dans ses jouets ». Nous sommes bien les « larbins d’un modèle économique où la richesse […] censée croître indéfiniment… » permet « à des milliards [d’humains] de mieux connaître le monde que leur environnement » proche, tout en précipitant sa destruction en moins d’un siècle : « L’hystérie dans laquelle nous a plongés la mondialisation a multiplié la production de produits chimiques par 300 entre 1970 et 2010, par 1 000 depuis. » Ce roman dénonce également « cette forme de charité indécente d’un système qui redistribue peu pour s’exonérer d’avoir beaucoup confisqué. » 

Face à ces constats, dans un monde dominé par les géants du numérique et la menace environnementale, la narratrice monte Transparence dans le plus grand secret. Cette entreprise singulière poursuit un but précis, stopper l’accumulation sans fin des objets et des personnes, assorti d’une ambition, rendre à l’humain l’opportunité de (re)trouver l’esprit de géométrie (rationalité) et l’esprit de finesse (art, sensibilité). Ces esprits justes permettent selon Blaise Pascal, d’« avoir la vue bien nette » et de « ne pas raisonner faussement ». En 2068, Transparence lance une offensive boursière sur toutes les places financières…

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