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Billet de blog 16 avril 2011

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Marcel, toi, tu as été mis sur terre pour faire rire (Joseph Pagnol)

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Je rajouterais, pour faire rêver, pleurer, aimer, vivre.

Nietzsche disait de Montaigne : Qu'un tel homme ait écrit, vraiment la joie de vivre sur terre en a été augmentée. On ne peut pas mieux dire.

Aubagne, avec des circuits tout autour des collines si chères à Marcel, célèbrera, à sa façon, le 37ème anniversaire de sa disparition. Marcel Pagnol nous a quittés le 18 Avril 1974, loin d'ici, à Paris.


Tout le monde connaît son histoire, ses écrits, je ne vais donc pas raconter. Des talentueux auteurs le font déjà et si bien*.

Je vais juste lui rendre hommage, parce que sans Marcel Pagnol, le monde, et ma vie, auraient été différents.

Mon très cher Marcel,

« Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. »

Voici la première phrase de vos souvenirs d'enfance, première phrase que j'ai lue, savourée, tournée en tous sens, bue dans les moments de soif de lire, quand je reprenais encore et encore dans mes mains le vieux livre aux pages découpées de la Gloire de mon Père.

Ce livre appartenait à mon grand-père, et comme vous, quand tout petit vous appreniez à lire sur les bancs de la classe de votre père, moi, c'est sur ce livre, et sur les genoux de mon grand-père que j'ai découvert la magie des mots.

Vous collectionniez grenade, fumée, bourru, vermoulu et manivelle.... Moi, je remplissais mon carnet avec doryphore, sulfatage, Tartempion, terrorisé.

La porte s'était ouverte à la magie. Il y a eu le Château de ma mère et le Temps des secrets. La grotte du grosibou et Lili, si tendre, si touchant.

Quand vous parliez du livigroub, je goûtais en rêve l'absinthe et je me transformais en Isabelle, pour être près de vous. Comme je l'ai jalousée, cette petite peste qui vous faisait croquer des sauterelles et vous éloignait du gentil Lili. Paul était là, observateur pacifique (ou pas) pour essayer de vous remettre dans le droit chemin. Le petit Paul, dernier chevrier de Provence, dont vous dites si joliment :

"le petit Paul est devenu très grand. Il me dépassait de toute la tête, et il portait une barbe en collier, une barbe de soie dorée. [...] il fut le dernier chevrier de Virgile. Mais à trente ans, dans une clinique, il mourut. Sur la table de nuit, il y avait son harmonica."

Puis je suis passée à autre chose. Pleuré et ri, et pleuré de rire avec Marius, Fanny et César. Il paraît que certains s'inquiétaient du caractère régional de cette trilogie, imaginant qu'elle ne serait pas comprise ailleurs. Quelques répliques pour se souvenir en souriant :

Le jour où on fera danser les couillons tu seras pas à l'orchestre.

Ou bien :

Si on vous avait mis une voile entre les cornes, il aurait fallu une bonne quille pour vous tenir d'aplomb.

Sans oublier le fameux : tu me fends le cœur !

Oh bien sûr, Marcel, on pleure aussi avec vous. Vous saviez raconter les histoires, celles de Giono aussi disons-le, des histoires à fendre le cœur, même si, grâce aux dialogues et aux acteurs, le rire n'était pas loin. Mais quand même !

Patricia la fille du Puisatier, Angèle, Panturle, Naïs, Manon, Fanny, la femme de ce pauvre boulanger et Pomponette... Tant de rire et tant de larmes. Il paraît que vous donniez le cœur de votre région à ceux qui regardaient vos films, lisaient vos livres et vos pièces de théâtre. Mais en même temps, c'est le cœur des hommes que vous teniez au bout de votre plume. Comment comprendre ce mélange de sourires, de rires et d'émotion devant tout compte fait, des histoires banales de filles-mère, de prostituées ou de colères purement méridionales ?

Depuis longtemps, je parcours vos collines, cherchant au détour d'un sentier, sur une pente, dans le fond d'un puits ou d'une grotte, votre image. Votre âme accompagne mes pas, et j'entends les chèvres de Manon et du petit Paul, en croisant les ruines de la bergerie.

J'ai une petite anecdote, Marcel, à vous raconter. Au cours d'une randonnée, en descendant sur la Treille, un vieux monsieur est assis sur un mur.

La conversation est inévitable et se révèle très agréable. De fil en aiguille, après avoir regretté que les hauts murs et les chiens méchants des constructions récentes, empêchent le passage libre, de propriété en propriété, comme « avant », quand les gamins s'éclataient dans les collines, ce monsieur, alors qu'il est impossible qu'il soit votre contemporain, a eu, avec de la lumière dans les yeux, cette si jolie réponse : « Marcel Pagnol ? C'est un ami... »

J'ai réalisé aussi, Marcel, que lorsque ma main effleure la pierre fraiche de la grotte du Grosibou, je peux, comme ce monsieur, dire « Marcel, oui, c'est un ami »

Et c'est parce que vous êtes depuis si longtemps dans ma vie, que je veux vous remercier pour tout. Je ne pourrai jamais vous oublier. Non pas parce que j'habite dans cette jolie ville d'Aubagne, passant tous les jours devant la maison qui vous a vu naître. Mais parce que vous êtes inoubliable et éternel, Monsieur Pagnol.

Avec toute mon affection, et une tendresse incommensurable, encore un mot du carnet...

Pour votre éternité et la mienne,

Elisa.

* Voir histoire de la Pagnolie

et les livres de Jean-Baptiste LUPPI

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