(les dessins sont de Stéphanie - un grand merci à elle et à son talent - je lui dédicace ce billet d'humeur)
Si on avait dit à Gaston que son rôle d'artiste serait celui-ci, il n'aurait pas postulé ! Vraiment !
Tout avait commencé il y a quelques semaines, à l'animalerie dans laquelle il avait atterri, un simple coup du sort : il avait été abandonné là, sans explications, par un papa qui trouvait que Gaston la ramenait un peu trop. C'est vrai qu'il était bavard Gaston, il aimait jouer dans sa roue, jour et nuit, il aimait courir dans l'espace réduit de sa cage, et goûtait à petits coups de dents la chair tendre des doigts de son ancien petit maitre, sans lui faire le moindre mal, mais c'est comme ça... le papa n'avait pas aimé et l'avait ramené en engueulant copieusement la vendeuse, qui à l'avis de Gaston n'y était pour rien du tout !
Fataliste, il s'était attendu à rester de nombreuses semaines dans la minuscule cage de l'animalerie, jusqu'à la fin de sa vie peut-être, quand soudain, un homme grand et brun lui avait fait une proposition :
« bonjour Gaston, je t'offre la célébrité ! Deviens mon compagnon de spectacle ! Tu ne seras pas seul, d'autres comme toi ont accepté ! Si tu es d'accord, je t'emmène tout de suite ! Ensemble, nous ferons le tour du monde ! »
Gaston était bien tenté. Il serait nourri et logé, cajolé, admiré dans le monde entier ! Le léger accent qu'il avait entendu dans la longue phrase de son acheteur, lui assurait qu'ils voyageraient. Il était heureux Gaston, et se laissa manipuler sans tenter de mordre les doigts de son nouveau maître. De toute façon, « ils seraient moins tendres que ceux de l'ancien » se dit-il. Il cabriola de joie, histoire aussi de montrer qu'il savait faire plein de trucs...
Il fut installé dans une cage spacieuse, avec les copains. Il trouvait ceux-ci peu bavards, amorphes et peureux. Quand il posa la question de leur humeur, un « tu verras » laconique fut la seule réponse...
On le savait déjà, Gaston était fataliste. Il attendit donc de voir. Et se défoula dans les roues mises à leur disposition, profita d'une nourriture copieuse, et dormit une bonne partie de la journée.
Le soir arriva. L'acteur vint les chercher. Il entendait de la musique, le bruit des spectateurs, et se demanda si le petit garçon et son père qui l'avaient abandonné seraient parmi la foule. Ils seraient surpris de le reconnaître sur la scène... Il se faisait une joie d'y participer !
Il regarda le début du spectacle. Tout ça lui semblait bien étrange... Il entendait des cris, des bruits bizarres... Son odorat était mis à mal, il y avait une forte odeur de sucré, il voyait une humaine couverte de cette substance se rouler dans des poils qu'ils appelaient des cheveux, il voyait des choses inimaginables, et commençait à se poser bien des questions.
Les applaudissements crépitaient. Il attendait son tour avec impatience mais aussi avec un grand pincement au cœur. Autour de lui, les autres s'agitaient, essayaient d'ouvrir la cage. Le seul à être calme, lui semblait-t-il, c'était lui...
Soudain, sans qu'il s'y attende, on les embarqua tous pour le grand spectacle... Sans trop savoir comment, il se retrouvèrent plongés brutalement dans un grand aquarium rempli d'eau. Il commencèrent à nager, parce que nager est naturel et qu'il savaient que c'était le seul moyen pour ne pas sombrer au fond de l'eau. Il attendait qu'on le récupère, tout ça ne pouvait être qu'une erreur ! Ils nageaient tous, de leur petites pattes secouées de soubresauts. Ils avaient froid et étaient terrifiés. Gaston commençait aussi à l'être, quand il s'approchait du bord, il se rendait bien compte que remonter n'était pas possible. Le verre était lisse, sans aspérité où se raccrocher. Cela ne pouvait pas être possible ! Il ne voulait pas mourir ainsi, noyé, abandonné dans ces litres d'eau glacée !
Ses forces commencèrent à l'abandonner. Il ne voulait pas lâcher prise ; il continuait à nager, nager, il continuerait jusqu'au bout quoi qu'il advienne... Parce que ce n'était pas logique. Il ne voulait pas finir comme ça, pour un caprice de metteur en scène, sous couvert de « culture » de « spectacle » de « message » !
Il ouvrait sa petite bouche pour respirer et crier en même temps. Il était maintenant terrorisé. Il regardait l'acteur qui les avait balancés, et se demandait ce qu'il pouvait bien penser en son for intérieur de ce drame qui se jouait sous ses yeux... La musique était assourdissante, les basses violentes, elles se répercutaient dans l'eau, ils allaient tous perdre leurs fines oreilles sensibles... Une larme coula de ses yeux qui lui piquaient si fort... Il allait lâcher, il le savait maintenant ; sa fin était proche... L'incroyable se produisit alors. L'acteur les sortit de cet enfer liquide. Et là, Gaston comprit le sens du mot : « culture » quand les humains le rapprochent de « torture ». Ce qu'il ne savait pas, c'était « Pourquoi » ?
Demain recommencerait. Sans fin. Il était sans illusion, Gaston : le monde des humains n'a pas de compassion. Son seul espoir, c'est que, quelque part, quelqu'un puisse faire quelque chose, une infime action pour qu'enfin ce mot « culture » ne soit plus associé à « torture »...
Il rêvait de vengeance Gaston.
** il va sans dire que je ne fais nullement l'apologie de cet artiste qui noie les hamsters, gaspille le miel par kgs, utilise des grenouilles et des homards, rase les cheveux d'une femme, tout ça pour de la "culture"... Je ne suis donc pas cultivée, pas de cette manière...
Et je renouvelle mes remerciements à Stéphanie et à tous ceux qui se battent constamment contre de telles pratiques, des personnes dignes et compassionnelles.