Modeste proposition pour mettre fin à la misère sexuelle

Le débat fait rage entre féministes et antiféministes au sujet de #MeToo et de #BalanceTonPorc. Et si cette triste polémique n’était due qu’à la misère sexuelle ? Dans ce cas, j'ai peut-être une solution.

Les 3 grâces au Louvre © ET Les 3 grâces au Louvre © ET
Catherine Millet l’a dit partout : les frotteurs du métro qui préfèrent éjaculer sur votre manteau sans aucune considération pour vos sentiments et vos frais de pressing lui inspirent de la compassion parce qu’ils sont victimes de misère sexuelle. J’avoue que je n’avais pas vu les choses sous cet angle. Jamais. Je suis probablement dénuée de cœur. Les harceleurs qui, dans l’espace public, ont pourri ma vie pendant des dizaines d’années, en m’imposant leurs mains, leurs regards insistants, leurs insultes ou leurs menaces n’ont pas su faire naître en moi la tendresse qu’apparemment ils méritaient.

Jusqu’au moment où j’ai enfin compris leur détresse. C’était un jour de printemps, j’avais 35 ans peut-être, et un homme m’a mis pour la 112e fois dans ma vie une main au cul, avant de sortir de la rame en me lançant un regard de défi. D’habitude, en femelle sans cervelle que j’étais, je réagissais à ce genre de provocation en restant figée le regard dans le vide, dans l’espoir que je finirais par devenir transparente et que personne n’aurait l’idée de me violer dans l'indifférence générale. Eventuellement, j’aurais lancé une insulte ou fait un doigt d’honneur, en raison d’un manque d’éducation regrettable lié à des ascendances insuffisamment classieuses – sans parler de ce déficit compassionnel dont j’ai parlé plus haut.  Il ne m’était jamais venu à l’idée réagir à ce premier contact en écartant les cuisses ou en adoptant la position de la levrette pour donner libre cours à ce grand moment de romantisme.

Mais là, soudainement, j’ai compris. Cet homme cherchait quelque chose et peut-être que ce serait le début d’une belle histoire, comme l’explique bien Nadine Morano quand elle évoque les importunistes qui l’opportunent (ou vice vers ça, comment voulez-vous qu’on s’y retrouve avec ces féminazies qui pratiquent le langage inclusif ?).

J’ai compris et sous l’empire d’une pulsion, j’ai entrepris de courser l’individu pour répondre à ses avances de la manière qui me paraissait la plus appropriée, c’est-à-dire en plaçant brusquement mon genou entre ses jambes, à l’endroit où, selon toute probabilité, il risquait d'être sensible à mes arguments. Hélas, il n’a pas apprécié mon retour d'affection et s’est mis à gémir « Arrête, arrête ! ». Je sais qu'ils disent tous ça, mais en fait ils veulent qu’on continue. D’ailleurs, Brigitte Lahaie l’a fait remarquer, ou peut jouir pendant un viol. Est-ce la raison pour laquelle des centaines d’âmes charitables ont cru bon de marquer leur désaccord avec elle en la menaçant… de viol ? En ce qui me concerne, j'ai cependant arrêté, car le consentement enthousiaste est un impératif non négociable même quand ça ne m'arrange pas parce que je suis garée en double file – ce qui n'a pas de sens, vu qu'on était dans le métro.

Le secours orgasmique

Si j’avais su que ce monsieur souffrait en réalité de misère sexuelle, aurais-je réagi différemment ? Je n'en sais rien (déjà que j'ai du mal à dire non aux racines grasses et aux pointes sèches). Mais cette histoire de misère sexuelle me trouble. Moi, en lisant les statistiques, et sur la base de ma propre (enfin, propre…) expérience, j’avais cru comprendre que les personnes qui étaient les moins bien loties question orgasme étaient plutôt les femmes hétérosexuelles. Ce sont elles qui, semble-t-il, continuent malgré les conseils des magazines féminins sur la routine feel good venue de Californie et la découverte du point G (à ne pas confondre avec le point Godwin, heil Beauvoir!), voire les maquettes 3D du clitoris, continuent à s’emmerder ferme sous la couette, comme le chantait Brassens en fumant la pipe. Puisqu’on parle de pipe, sachez que cette aimable pratique sexuelle est bien plus répandue que son équivalent féminin, j’ai nommé le cunnilingus, dont chacune s’accorde à dire que c’est pourtant bien agréable (sans même parler du cunnivampiricus qui pourrait vous valoir la vie éternelle, mais ceci est une autre histoire).

Il est donc temps de prendre cette question de misère sexuelle à bras le corps. Et là-dessus, j’ai une modeste proposition.

La solution – MA solution – la voici : si l’on pense que le sexe est un droit fondamental, et que tout le monde y a droit, il faut créer du sexe humanitaire. Quelque chose comme… Les Clitos du Cœur, Cunnilingus sans frontières, Coït solidaire ou Le Secours orgasmique. Et puisqu’on en parle, sachez que les miséreux sexuels sont d’abord… les personnes qu’on a obligées à avoir des relations sexuelles par contrainte ou violence, très souvent dès l’enfance. Accueillir les personnes victimes de viol ou de violence, les accompagner, créer des lieux d'accueil et des logements relais, les aider à se reconstruire si elles en ont besoin, renverser les stéréotypes et lutter contre la culture du viol, cela demande du temps et de l'argent, et il y a bien là de quoi lancer une campagne humanitaire, en portant une attention particulière au plaisir clitoridien, trop souvent optionnel.

Alors...  à votre bon cul, mesdames et messieurs (et aussi celleux qui ne se sentent ni l'un ni l'autre ou les deux et même plus enfin vous voyez ce que je veux dire du moins j'espère parce que moi j'ai perdu le fil). La misère sexuelle exige de notre part une solidarité sans faille, et les Américaines puritaines qui obligent les hommes à prendre l'escalier pendant qu'elles se pavanent dans les ascenseurs l'ont bien compris, elles qui ont décidé de se lever pour changer les choses. Au pays des mille fromages et de la séduction gauloise, on ne saurait faire moins. Je compte sur vous !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.