Égalité des droits: l'UMP inaudible

L’UMP persona non grata dans les réunions sur l’égalité des droits ? La question mérite d’être posée au regard de l’accueil réservé aux représentants du candidat Sarkozy lors des récents rendez-vous sur le sujet. Sifflés, hués, ces derniers ont, à chaque fois, tenté de défendre la position de leur candidat sur le terrain des discriminations face à des salles électrisées. En vain. La voix de la colère porte désormais plus loin que celle du président sortant.

L’UMP persona non grata dans les réunions sur l’égalité des droits ? La question mérite d’être posée au regard de l’accueil réservé aux représentants du candidat Sarkozy lors des récents rendez-vous sur le sujet. Sifflés, hués, ces derniers ont, à chaque fois, tenté de défendre la position de leur candidat sur le terrain des discriminations face à des salles électrisées. En vain. La voix de la colère porte désormais plus loin que celle du président sortant.

Au débat politique organisé par l’APGL (Association des parents gays et lesbiens) le 11 février, mais aussi au grand meeting LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi et Trans) fin mars aux Folies Bergères (Paris IXe), ou encore au forum Elle pour l'égalité hommes-femmes, le 5 avril à Sciences-Po Paris, le même scenario s’est répété, rencontre après rencontre.

Débat d'Act Up-Paris aux Beaux-Arts © ES Débat d'Act Up-Paris aux Beaux-Arts © ES
L'association Act Up-Paris, qui organisait, le jeudi 12 avril aux Beaux-Arts (Paris VIe), une discussion publique sur le thème « Le sida, la gauche et le sujets qui fâchent (les questions liées aux drogues, aux malades en prison, au travail du sexe et à l’impact de la politique migratoire sur la santé des personnes, ndlr) », a pris quant à elle le parti de n’inviter aucun représentant de l’UMP.

Le président de l’association, Jérôme Martin, s’en est expliqué en introduction du débat : « Il faut savoir arrêter de dialoguer avec ses ennemis, a-t-il dit. Nous avons préféré nous adresser à des personnes avec qui on a une chance de voir les choses bouger. »

Le choix d’Act Up-Paris aura évité à un énième représentant de Nicolas Sarkozy de subir le même sort que Camille Bedin, secrétaire nationale de l’UMP en charge de l’égalité des chances, au débat de l’APGL, que Geoffroy Didier, conseiller régional UMP d'Ile-de-France, au meeting LGBT (écouter le son ci-dessous) et, plus récemment, que Nathalie Koscisuko-Morizet au forum Elle.

G. Didier au « Meeting LGBT pour l'égalité » © ES

 

 

La porte-parole de Nicolas Sarkozy, venue en remplacement de ce dernier, avait justifié l'absence du candidat UMP en expliquant que les conditions de sécurité n'étaient pas réunies pour sa venue (voir vidéo ci-dessous). Devant l'Institut d'Etudes Politiques et dans le hall d'entrée, des manifestants attendaient en effet le chef d’État, pancartes à la main, comme ils l'avaient fait avec d’autres candidats dans l'après-midi, dont Marine Le Pen. Début mars déjà, le président sortant ne s’était pas rendu à la soirée organisée à La Cigale (Paris XVIIIe) par « Les Féministes en mouvement », collectif de 45 associations féministes, pour interpeler les candidats.

ELLE Présidentielle 2012 : Nicolas Sarkozy annule son intervention à Sciences Po, NKM chahutée © ELLE

« Vous comprendrez que, compte tenu de ce qui était préparé ici et du traquenard qui était mis en place, il n’ait pas été très tenté… », avait déclaré NKM au forum Elle. Comme Geoffroy Didier et Camille Bedin avant elle, la porte-parole s’était cependant dite très heureuse d’avoir pu représenter la voix du candidat UMP. Une phrase de circonstance car cette voix, si décalée des attentes des associations qui luttent contre les discriminations, ne peut plus être entendue après cinq ans de statut quo en matière d'égalité des droits.

Meeting LGBT aux Folies Bergères © ES Meeting LGBT aux Folies Bergères © ES
« Je comprends que j’étais minoritaire, je le savais très bien en venant, expliquait en février Camille Bedin à Mediapart à l’issue du débat de l’APGL. J’exprime une position qui est radicalement différente des personnes qui étaient dans la salle, c’est normal. Moi ce que je souhaite c’est qu’on le fasse sans agressivité. Et surtout, il n’y a pas de convictions qui soient supérieures aux autres et l’espèce de mépris condescendant d’une partie de la table aujourd’hui (composée de Clémentine Autain pour le Front de gauche, Véronique Dubarry pour EELV, George Pau-Langevin pour le PS et Dominique Versini pour le MoDem, ndlr), moi me choque beaucoup. Je suis là pour débattre, pas pour me faire agresser. »

Interrogée sur l’intervention de Geoffroy Didier au meeting LGBT, Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de François Hollande et représentante du candidat PS à la soirée, reconnaissait que « ce n’est jamais agréable de faire face à une salle hostile » : « Il a eu le courage de venir, mais il est venu défendre des choses un peu indéfendables… »

La multiplication de ce type d’événements est symptomatique du dialogue de sourd qui s'est installé entre la majorité présidentielle et les associations qui luttent pour l’égalité des droits. Une non-relation que le porte-parole et directeur général adjoint du Sidaction, Eric Fleutelot, avait résumé en ces mots au meeting LGBT : « Oui, ils donnent l'égalité. L'égalité d'être méprisés au même titre que les autres. »

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