Monsieur le Président de la République, vous n’allez pas assez loin !

Cher Monsieur le Président de la République, il y a quelques mois je m’étais permis d’écrire à notre Premier ministre Jean Castex, sans succès hélas. Désormais, j’ai bien évalué le ratio bénéfice/risque et je préfère m’adresser à vous directement. Directement puisque je crois maintenant comprendre que vous décidez tout. Tout le temps. Tout seul. Pour tout le monde. Et c’est très bien !

 © Elsa Levy © Elsa Levy
Je salue même. Il était franchement temps qu’on arrête de vouloir écouter le peuple qui ne comprend rien à rien. Démocratie ? Quezaco ? Une belle hérésie oui. Personnellement, j’ai toujours milité pour le retour à la monarchie. D’ailleurs, de mémoire, on l’a symboliquement abolie un 14 juillet et je me retrouve à vous soutenir pour la remettre en place une bonne fois pour toutes un autre 14 juillet, 232 ans plus tard. Vous conviendrez que c’est plutôt drôle, non ? Hasard de calendrier, sans doute.

Bien sûr je vous devine très occupé, surtout aujourd’hui, avec le défilé tout ça, donc je vais tâcher de faire court. D’ailleurs, au passage, je vous le conseille aussi. De faire plus court. Car peut-être vos interventions sont parfois un peu longues, on s’y perd, et le peuple n’a finalement pas besoin de plus d’explications que ça. En réalité, vous pourriez très bien vous abstenir de toute communication. Vous pourriez mettre en place des restrictions sans nous prévenir et sans nous expliquer des choses que nous ne comprendrons de toute façon jamais. Vous pouvez tout à fait modifier la Constitution tous les matins si ça vous chante, qu’on ne s’en rendrait même pas compte. À force, on ne se rend plus compte de rien.

En fait, je vais vous dire, nous sommes tous si fatigués, usés, on en a tellement marre du Covid et de la Covid (comme vous, j’inclue tous les genres), des confinements, des couvre-feu, des attestations, des masques, du gel, de se déplacer sur des flèches, des ronds, des carrés, de marcher à sens unique, qu’on est prêts à tout. Alors si on peut se débarrasser de ce virus en écartant de notre vie sociale les non-vaccinés, ces espèces de tocards, mais faisons-le ! J’ai même envie de dire, il était temps. D’ailleurs, parfois j’ai presque envie d’opter pour les tuer directement. Pourquoi pas le retour de la guillotine maintenant que j’y pense ? Histoire de remettre en place certaines valeurs du siècle des lumières ? On en manque aujourd’hui. De valeurs hein, pas de lumière, vous êtes là. Éclaireur de mes terreurs nocturnes. Parce que je suis bien consciente de tous vos efforts mais je vous trouve encore un peu souple et conciliant. 

Car même si les non-vaccinés n’ont plus accès aux cafés, aux musées ou aux cinés, on les verra quand même rôder sur les trottoirs. Peut-être même s’approcher d’une terrasse pour commander à emporter ? Vous y avez pensé à ça ? Avant, il suffisait de traverser la rue pour avoir un boulot, certes, mais peut-être que maintenant il suffira de traverser la rue pour avoir le et la Covid en même temps ? Embêtant… Parce qu’on les croisera dans les transports en commun, dans les épiceries, à la pharmacie... Ils sont partout, je vous le dis, et nous menacent sans cesse à parler fort et à nous postillonner dessus. 

J’entends déjà certains de ces gaulois réfractaires au changement nous dire que ça ne sert à rien de vacciner tout le monde. Surtout avec un vaccin toujours en phase de test. Il vaut mieux entendre ça qu’être sourd, mais quand même… Ils nous expliquent, ces gens qui ne sont pourtant rien, que le sérum protège les vaccinés et leur évite les formes graves, et qu’il suffirait de vacciner les personnes à risques pour désengorger les hôpitaux, puisque c’est ça l’objectif. À cause d’un léger manque de moyens dans les services hospitaliers qu’on paierait soi-disant plein pot. Ils ajoutent même que, comme pour la grippe, on devrait apprendre à vivre avec ce virus mutant plutôt que de viser une immunité collective impossible sur la durée. Mais où va-t-on ? Et pire, qu’on devra sans doute se faire vacciner chaque année, qu’ils disent. Alors je vous le dis, laissez les parler. Qu’ils s’égosillent dans leur coin, qu’ils postillonnent dans le vide, on ne les entend plus. On ne les voit plus. On ne les touche plus. On n’en veut tout simplement plus, ils n’ont pas le Pass. 

Et quand j’en vois d’autres qui montent au créneau pour revendiquer leurs petites libertés individuelles de pouvoir circuler librement, cher Président je vous le dis, les bras m’en tombent. Ils font semblant de ne pas comprendre ou quoi ? Flasher un QR code, consigner nos allers et venues, inscrire numériquement tous nos déplacements et activités, mais pouvoir enfin aller où on veut et quand on veut, eh bien c’est ça la liberté ! Ils ne comprennent donc rien ? Je vous plains de tout mon cœur d'avoir à gouverner des couillons pareils. 

À votre place, je crois que je céderais ma place. Non, le vrai problème c’est que non seulement les non-vaccinés vivent égoïstement et irresponsablement autour de nous, parmi nous, infestés, mais surtout, ils avancent masqués. Comment les reconnaître dans la queue d’un Monoprix ou aux guichets automatiques de La Poste ? Parce que comme le disait hier un député UDI à l’Assemblée, qui voulait en finir avec cette comparaison stérile avec la Shoah, « l’Étoile jaune c’était la mort, le Pass c’est la vie ». Et je suis bien d’accord avec lui ! Mais du coup, plutôt que de se balader avec son QR code dans le téléphone, faire perdre du temps aux restaurateurs qui vont devoir jouer les matons, nous flasher, etc., pourquoi ne pas se faire tatouer une croix rouge par exemple lorsqu’on est vaccinés ? Sur le front même, à la place du troisième œil, pour gagner du temps lors des contrôles ? L’Assurance Maladie pourrait s’en charger pour éviter les faux tatouages ? Parce qu’il y en aura, il faut s’y attendre, les gens trichent constamment et seront prêts à tout pour porter leur croix. Le but n’est pas de pointer du doigt les non-vaccinés, jamais, en revanche on pourrait mettre en valeur les vaccinés ? Pas seulement les faire parader en terrasses et dans les files de cinés. Je me dis que ça aiderait simplement à mieux identifier nos semblables et à se déplacer ici et là sans les contraintes de téléphone, des « j’ai plus de batterie » ou je ne sais quelle vaine excuse. Parce qu’ils trouveront toujours des excuses ces gens-là. Vous les connaissez aussi bien que moi. Et quoi que vous fassiez, ils ne seront jamais contents alors bon.

Après, heureusement que vous allez rendre les tests de « confort » payants. On dirait qu’ils aiment ça, se faire tester. En tout cas, ça fera les pieds à ceux qui n’ont pas de dents. Ah non, pardon, ce n’est pas de vous ça, ça aurait pu mais c’était juste avant. Mais ça les calmera quand même puisque j’apprenais tout à l’heure à la télé que la plupart des personnes non-vaccinées est issue de zones défavorisées. Ces gens ne font vraiment aucun effort, vous avez raison, tous des feignants cyniques. Finalement on en revient toujours au même problème et comme vous, je ne vois plus mille solutions.

Alors de la même manière que Marie-Antoinette proposait de donner de la brioche au peuple qui n’avait plus de pain, j’ai envie de m’inspirer d’elle et de déclarer : À tous ceux qui critiquent le Pass, dénoncent une attaque à leurs libertés fondamentales et déplorent ne plus pouvoir prendre le train, le car ou l’avion, eh bien c’est très simple, qu’ils prennent le bateau ! Vu qu’ils sont toujours persuadés que c’est en ça qu’on les mène.

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