Monsieur Castex, nous n’allons pas assez loin!

Monsieur le Premier Ministre, Je me permets de vous écrire, j’ose cette démarche un peu culottée, je vous l’accorde, sachant que vous ne me lirez sans doute jamais, et sachant surtout que je ne suis pas scientifique, ni médecin, encore moins épidémiologiste et que je n’ai pas non plus fait l’ENA. Je ne suis qu’une citoyenne lambda, mais je me permets cette hérésie.

 © Elsa Levy © Elsa Levy

Je me dis qu’au point où on en est… Bon après, j’ai quand même validé quelques années d’études supérieures, ce qui me permet de savoir lire un graphique, et de surcroît de le comprendre (je sais, je m’en étonne moi-même), je peux également interpréter une courbe, déchiffrer quelques statistiques, et même, il m’arrive d’avoir parfois un esprit un brin critique. 

Bref, si je me permets de vous adresser cette lettre aujourd’hui, c’est pour vous dire que je trouve les mesures de ces derniers temps un peu légères. Voire totalement laxistes ! C’est vrai, déjà avec le confinement, les auto-attestations de sortie sur un périmètre de 1 kilomètre et les 12 militaires au mètre carré, j’avais quelques réserves, mais vous n’étiez pas encore en poste donc je ne vais pas m’épancher là-dessus. En revanche, depuis quelques semaines à vivre au sein de ce bloc opératoire à ciel ouvert qu’est la France, je suis de plus en plus perplexe.

Déjà, concernant les gestes barrières et les mesures prises dans les lieux clos, je les trouve très limites. Hier encore, j'avais 20 ans, non, hier encore j’ai eu un choc. Je faisais mes courses au supermarché, tranquillement, je suivais les trois bouts de scotch au sol pour me donner le sens du déplacement, je remarquais les mannequins des vitrines portant des masques à fleurs (faudrait pas que notre inconscient se dise que c’était mieux avant), j’entendais en boucle les recommandations du Ministère de la Santé (à chaque fois je sursaute au gingle, peut-être on pourrait le changer), mais ce qui m’a terrifiée, en revanche, c’est de voir tout le monde qui touchait à tout !

J’ai vu des dizaines de doigts infestés toucher les fruits et légumes, les bouteilles, les yaourts, les boites de conserve (ça c’est du métal, et j’ai entendu à la télé que le virus aime bien s’y coller). Alors vas-y que je te regarde l’étiquette pour connaître les conservateurs, que je te fais un petit scan Yuka, que je te repose l’article, que j’en touche un autre. J’étais effarée !! Lire les étiquettes pour savoir ce qu’on mange, est-ce bien une priorité ? Alors je vous le demande, quand allez-vous enfin interdire aux gens de toucher les articles ?? Sans forcément tout de suite imposer le port de la camisole, je me dis que peut-être un employé, ayant effectué son test PCR chaque matin avant son service, pourrait être le seul autorisé à le faire ? Ou alors, mettre les articles manipulés en quatorzaine comme le font certains EHPAD avec les bouquets de fleurs ? En tout cas, je reste persuadée qu’on peut redoubler d’effort pour innover de ce côté-là parce que sinon, on court à notre perte.

Pareil lors de mon passage en caisse. L’invention du sans-contact pour le paiement, ça tombe à point nommé, mais ça ne suffit pas ! Je me retrouve quand même à donner ma carte de fidélité à la caissière qui la touche pour la biper, puis me la rend ! Elle touche également les sacs, pire, tous mes articles ! Elle a touché tous mes articles ! Et elle a également touché tous les articles du client précédent. C’est ultra flippant ! Quant aux caisses automatiques, avec leurs écrans tactiles, j'évite bien sûr, mais j'en vois un paquet qui les utilise.

Le gel hydroalcoolique à l’entrée et à la sortie, pourquoi pas, mais là encore, ça ne suffit pas. J’avais pris l’habitude de montrer l’intérieur de mon sac quand j’entrais dans un commerce, au cas où j’y aurais mis une bombe visible en un coup d’œil, maintenant je montre mes mains en éventail pour qu’on me les asperge de gel. En un sens c’est réjouissant de constater que le virus a combattu le terrorisme, mais d’un autre côté je me dis, on asperge seulement mes mains ? Pourquoi ? Pourquoi ne pas nous badigeonner intégralement ? Un grand coup de kärcher sur tout le corps et on n'en parle plus. Je trouverais ça beaucoup plus rassurant.

Autre exemple délirant ! J’ai pris le train. Quelle drôle d’idée, je sais. Alors bien sûr, j’étais heureuse de constater que les toilettes sont régulièrement nettoyées. Ça, c’est agréable. Même si je déplore qu’on ait eu à attendre le, enfin, la Covid-19 pour comprendre que lorsque des centaines de passagers font pipi et caca au même endroit, eh ben c’est un peu sale et ça mérite quelques petits coups de désinfectant. Après, je signale qu’il n’y a toujours pas de savon dans la plupart des toilettes, ni de PQ, mais elles sont nettoyées. Et c’est précisé qu’elles sont nettoyées au « Virucide ». C’est bien le minimum. La javel dont parlait Trump ne saurait suffire. En revanche, ce que je ne comprends pas, mais alors pas du tout, c’est qu’on ait le droit d’enlever notre masque le temps de manger ou de boire ! Mais pourquoi ?! En a-t-on vraiment besoin, au fond ? Est-ce bien essentiel ? Ne pouvons-nous pas tout simplement attendre d’arriver chez nous pour le faire ?

Au milieu de mon voyage, dans un wagon plein où les gens continuaient pourtant de respirer, mon voisin a enlevé son masque pour manger un paquet de chips. Je vous l’avoue, j’ai failli partir. Le bruit déjà, l’odeur aussi, mais alors, les gouttelettes ! Les gens sont-ils donc prêts à prendre le risque de mourir et de tuer pour un paquet de chips ? On en est là ?

Je suis sidérée. D’ailleurs en rentrant chez moi, et pour me détendre, je suis allée à la piscine. Enfin j’ai cru que j’allais me détendre, c’était peine perdue. Déjà, j’ai tout de suite remarqué que la poubelle habituelle de l’entrée avait été rebaptisée d’une feuille A4 collée avec du scotch. Elle s’appelle désormais « Poubelle spéciale déchets Covid-19 ». Bon après je n’ai pas bien compris ce qu’on était censé jeter dedans du coup. J’ai d’ailleurs vu quelqu’un y balancer une bouteille d’eau. Alors que ça, accessoirement, ça va dans le recyclé ! Mais c’est vrai que l’écologie, face au Covid, on s’en fiche un peu. Question de priorités. J’ai quand même voulu en parler à la dame de l’accueil, mais comme elle était calfeutrée derrière un rideau de cellophane, je n’ai pas voulu la perturber davantage.

Plus ennuyeux, il n’y a plus de planches à disposition pour faire des petits battements et muscler les fessiers. Bien sûr c’est embêtant, mais c’est sans doute à cause de l’eau chlorée qui est visiblement un puissant vecteur du virus. Alors je souscris. Aussi, il est demandé de garder 1 mètre de distance avec les autres nageurs. Alors je reconnais que ce n’est pas évident dans une longueur de largeur pas large, mais surtout, pourquoi ne pas directement nous obliger à nager en combinaison de plongée, palmes, masque et tuba ? Voire carrément : des bouteilles d’oxygène ? Comme dans le Grand Bleu ! Cela nous éviterait de rejeter de l’air dans l’établissement. Ça, ça aurait du sens. Et se déplacer en combinaison autour du bassin éviterait des nous faire circuler à sens unique. Parce que j’ai dû faire trois fois le tour de la piscine pour pouvoir récupérer ma serviette avant de sortir. Alors que j’aurais pu limiter mon déplacement et rester moins longtemps à envoyer des gouttelettes dans l’air. Vous voyez ?

Je vous avoue que je suis sortie de là un peu désenchantée, et vu que les sèches-cheveux sont hors d’usage pour éviter la propagation du virus, je me suis dit que de toute façon j’allais éviter la piscine dès l’automne. Faudrait pas tomber bêtement malade ! En tout cas, en sortant, j’ai eu envie d’aller boire un verre pour ne plus y penser. Mais là encore, quelle drôle d’idée ! Déjà, pas de désinfection obligatoire à l’entrée du café. Passons. Les serveurs qui transpirent toute la journée derrière leurs masques, c’est limite-limite comme accueil. Re-passons. Les menus que tout le monde touche, de même que les fauteuils, les tables. Bref. Mais surtout, les clients doivent porter un masque lorsqu’ils se déplacent dans le bar mais pas lorsqu’ils sont assis ? Mais enfin, pourquoi ? Faisons simple, pourquoi ne pas créer un dispositif qui nous permettrait de boire à l’aide d’une intraveineuse ? Ça me semblerait beaucoup plus cohérent et surtout beaucoup moins dangereux ! Et même, pourquoi ne pas carrément fermer définitivement tous ces lieux de loisirs, d’échanges et de partages ? Surtout qu’on n’est plus à quelques centaines de milliers de chômeurs en plus, et on limiterait grandement les risques. Et je crois que ma démonstration prouve que, quoiqu’on fasse, les risques seront toujours là. Nous ne sommes que bactéries, j’en ai bien peur.

En tout cas, ce qui me perturbe le plus c’est le MASQUE. J’en fais des cauchemars. En fait, ce qui s’est passé, c’est que l’autre jour je suis tombée par hasard sur des images à la télé qui montraient les tenues que portent les scientifiques. Ceux qui travaillent dans les laboratoires où sont manipulés des virus justement. Ils étaient équipés de blouses intégrales, que dis-je, de combinaisons, de casques, de bottes, de lunettes psychédéliques, bref, tout un attirail digne des cosmonautes, et ça m’a fait tout drôle. Alors moi, depuis, je me demande : nous là, avec notre petit bout de papier sur le nez, qu’on traîne plusieurs jours dans le sac, la poche, sous le menton, autour du poignet, est-ce que c’est OK ? Encore une fois, je ne suis pas médecin, mais quand même. Bon, Dieu merci, vous l’avez maintenant rendu obligatoire absolument partout, en intérieur, comme en extérieur. L’extérieur surtout ! En plus ça empêche les gens de fumer et de mourir du cancer, ça ce n’est pas rien. D’une pierre, deux coups ! Bon, parfois ça donne un peu la sensation de vivre dans un environnement clos, que le ciel n’est qu’un plafond, le trottoir un couloir d’hôpital, les arbres du plastique, mais bon, j’imagine que j’exagère un peu. L’expression « Sky is the limit » a quand même soudain un autre écho.

En tout cas, pour remédier à cet aspect aléatoire du masque, surtout en extérieur, ne devrions-nous pas plutôt rendre obligatoire le port de combinaisons intégrales ? Comme celles que j’ai vues à la télé ? Je trouve désormais ce bout de papier, ou de tissu pour certains, vraiment léger. D’ailleurs, soit-dit en passant, les masques grand public c’est très sympa mais les bouches du clown assassin, les dessins de dents sanguinolentes, les masques en cuir cloutés, et autres petits gadgets carnavalesques, me font un peu peur aussi. Je me dis : mais que va-t-on mettre pour Halloween cette année ?? Enfin, si on est pas tous morts d’ici là. Parce qu'avec tout ce que je viens de vous reporter comme aléas, il me semble qu’on devrait tous déjà l’être, non ?

Quoiqu’il en soit, j’ai une vraie réserve sur l’amende de 135 euros. Pourquoi ce montant dérisoire ? 1000, 2000 voire 5000 euros, ou même, la prison à perpétuité me sembleraient un peu plus dissuasif.

Enfin, je me dis que nous ne sommes qu’au début des mesures et des inventions, je suis certaine que plein d’idées nouvelles vont voir le jour, alors je ne perds pas espoir, le champ des possibles reste infini ! Et je serais ravie de vous soumette davantage de suggestions pour enrayer une bonne fois pour toutes cette épidémie. En attendant, je ne manquerai pas d’observer la politique actuelle qui consiste à tout simplement arrêter de vivre pour éviter de mourir. Fallait y penser. Parce que ça, franchement, c’est mortel !

 

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