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Billet de blog 18 mars 2009

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Révolution malgache: 18 mars 2009

Le président en exercice, selon les règles « démocratiques » de la communauté internationale - dont je reparlerais dans un billet à venir - a démissionné.

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Le président en exercice, selon les règles « démocratiques » de la communauté internationale - dont je reparlerais dans un billet à venir - a démissionné. Chose amusante, il l’a fait dans des conditions totalement anticonstitutionnelles… Oui, il a démissionné, jusque là, ça va, … et a « nommé » un « directoire militaire » pour lui succéder, et là ça ne va plus du tout.

Par ailleurs, dans les jours qui ont précédé, les militaires à la tête de l’état-major - qui s’y sont autoproclamés d’ailleurs – avaient fait savoir :

· Qu’ils cessaient de réprimer les manifestations pacifiques de l’opposition ;

· Qu’ils limitaient leurs interventions à la protection des biens et de personnes, éventuellement menacés par des pillards incontrôlés ;

· Et surtout, qu’en aucune façon, ils ne souhaitaient intervenir dans le débat politique, et en particulier prendre le pouvoir, fusse sous la forme d’un « directoire militaire (sic) » .

Les trois officiers généraux « nommés » par le président démissionnaire à la tête d’un « directoire militaire » pour lui succéder, sous la pression amicale… de leurs collègues de l’état major - autoproclamé - et peut être même de certains responsables internationaux, ont finalement décidé de transmettre spontanément le pouvoir à la… Haute Autorité de Transition, instaurée par Andry Rajoelina, l’opposant déclaré de l’ex-président, il y a presque un mois.

Bon, finalement, comme on pouvait s’y attendre, on semble sortir de la crise dans un cafouillage juridique complet, mais :

· On en sort, et on est bien content car sans doute, la vie économique au moins, va reprendre un cours un peu plus normal ;

· Et la communauté internationale semble s’en satisfaire, puisque que grosso modo, ça ressemble vaguement à de la légalité, et qu’elle aussi est bien contente que cela finisse.

Si l’on s’essaye à un bilan, voici quelques éléments factuels qui pourraient faire réfléchir :

· Finalement, un coup d’état a bien eu lieu, et le président en exercice a été renversé ;

· Le président en exercice était un dictateur corrompu et sa gouvernance n’avait strictement rien de démocratique ;

· Après trois mois de tergiversations très « malgaches », entretenues voire amplifiées par l’attitude vaseuse des trop nombreuses instances internationales (ONU, UA, SADEC, UE, France, USA,…), on arrive à une sortie de crise avec des modalités totalement anticonstitutionnelles, mais qui sembleraient être agrée par cette même communauté internationale (des bailleurs de fonds…) ;

· Tout ceci a duré trois mois et aura des conséquences économiques très négatives pendant certainement plus d’une année encore. Des quantités de projets mis en chantier ces dernières années, par le gouvernement précédent certes -et les bailleurs de fonds -, se verront globalement jetés aux oubliettes et deux ans au moins seront nécessaires pour en repenser d’autres… Un temps encore plus long sera sans doute nécessaire pour assurer la « formation » des nouveaux hommes et femmes du pouvoir… même si quelques vieux renards sont en train de refaire surface !

Alors je pose les questions suivantes :

· Pourquoi les autorités internationales qui savaient tout de la gouvernance (sept ans…) de l’ex-président, n’ont jamais rien dit, ni rien fait ?

· Pourquoi les autorités internationales qui vont finalement sans doute entériner ce coup d’état - changement démocratique, ne l’ont pas imposé dès le début de cette crise, pour économiser à ce pays trois mois de crise et une nouvelle et importante régression économique ?

Et je vous donne mes réponses :

· Parce qu’elles s’en foutent totalement, leur seules préoccupations étant que l’argent, par elles dépensé, le soit de façon « acceptable » - i.e. que la corruption ne se voit pas trop – et qu’un vague semblant de légalité soit respecté. Pour le reste, à savoir l’avenir d’un peuple, le développement d’un pays, tel que Madagascar, leur fait fort peu souci ;

· Parce qu’elles pensent que tous les « politiques » malgaches sont les mêmes, et qu’en fait rien ne changera vraiment – et ici elles n’ont probablement pas tors.

Mais c’est maintenant que les choses amusantes vont commencer :

· En premier lieu, on va pouvoir observer les règlement de compte politico-économiques, et surtout les opportuns renards qui vont en tirer les plus grands profits. Et comment l’empire Ravalomanana va t il être dépecé ?

· On observera aussi ceux qui sauveront leurs noisettes, assez bien cachées pour certains, en faisant allégeance pour les autres ;

· On va pouvoir regarder de près les déchirement autour du nouveau « président », de tout les ralliés du premier et du dernier jour à la recherche de pouvoir et donc de gâteau à s’approprier ;

· Et pendant ce temps, me direz vous, que devient le peuple ? Hé bien, il retournera au travail, pour ceux qui en auront encore, et tout le monde l’oubliera… jusqu’à la prochaine fois.

PS : J’ai bien dit que la communauté internationale « semblerait » accepter la situation actuelle. Il n’est pas certain que, d’un point de vue de politique internationale, la crise soit réellement terminée, même si d’un point de vue local elle « semble » l’être bien d’avantage.

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