LA QUERELLE DU GENRE NE DATE PAS D'HIER

LA QUERELLE DE GENRE NE DATE PAS D'HIER

*arrticle paru dans Combat Laïque 76 du 27.02.14 (www.asso.76.com/creal76)

On a compris que la querelle du genre engagées par la constellation de la Manif pour tous (et certainement pas par hasard sur le terrain de l’école) a bien du mal à cacher le refus devenu aujourd’hui difficilement avouable de l’égalité des droits entre hommes et femmes. Et cette querelle a toujours opposésles laïques et les cléricaux. Comme le montrent les deux documents ci-dessous, datés de 1889 et de 1935!.

Dans ces deux textes apparaît le mot « gémination ». Ce mot mérite une explication. Il a en effet disparu du lexique des technocrates de l’éducation. Le mouvement de gémination des écoles primaires fut une étape dans le lent cheminement

du système éducatif vers la mixité (aussi bien des enseignants que des élèves). Ce mouvement de gémination a commencé entre les deux guerres (légalisée par le gouvernement Herriot de 1926) comme le montre le document vengeur de l’Union des associations catholique des chefs de familles. Même si dans les toutes petites communes n’ayant qu’une école à classe unique la mixité existait de fait. Bien sûr, il y avait ceux, comme Paul Robin (voir ci-dessous), qui voyaient la mixité comme une avancée politique égalitaire mais il y avait aussi l’administration du Ministère de l’Instruction publique qui observait que la mise en place de la coéducation selon le terme utilisé à l’époque conduirait à une importante économie de postes et d’emplois d’autant que si une institutrice pouvait enseigner dans une école de garçons, un instituteur ne pouvait pas enseigner dans une école de filles.

On peut lire dans l’édition de 1951 du Livre des Instituteurs (dit Code Soleil) cette définition : "les école géminées résultant de la transformation, en vue de la coéducation, de deux écoles spéciales contiguës. Selon l’effectif, ces écoles géminées peuvent comporter une ou deux classes, et même trois classes si la troisième classe est une classe enfantine".

L'école défendue par les associations catholiques de chefs familles est révélatrice  d'un monde où dominent les hommes au niveau de l'État, de l'entreprise, à la maison...

Le rôle de la femme est d'obéir à l'homme, de faire et d'élever les enfants (éventuellement être objet de plaisir, repos du guerrier - voir l'article "Allez les bleus, droit aux putes"). La mixité généralisée n'est devenue obligatoire de la maternelle au lycée qu'en 1976.

A l'heure où les réactionnaires de tout poil manifestent contre le mariage pour tous, contre la procréation médicalement assistée, contre l'interruption volontaire de grossesse, contre l'homosexualité, voire contre la mixité à l'école, au nom de la religion ou de l'ordre moral, il est surprenant et réconfortant de constater qu'en 1889 déjà, des gens luttaient pour l'égalité des sexes, une lutte de coopération et non d'opposition.

Le combat n'est pas terminé ; poursuivons-le !

1 Comprendre une de garçons et une de filles.

2 La Confédération des Associations Familiales Catholiques (AFC) est l’héritière de l’Union

des Associations Catholiques de Chefs de Famille. En 1905, le chanoine Tournier

crée la première Association Catholique de Chefs de Famille (ACCF). En 1955, les Associations

Catholiques de Chefs de Famille se dotent de nouveaux statuts et créent la

Confédération des Associations Familiales Catholiques (AFC). Le sigle « ACCF » ne disparaîtra

en 1981. Dans les années 1980, poursuivant le développement des services

pratiques destinés aux familles, les AFC deviennent « association nationale de défense des consommateurs » : la CNAFC reçoit l’agrément de l’Etat le 9 octobre 1987.

 

 

DOCUMENT 1 : Paul Robin, article publié dans le Bulletin de l'Orphelinat Prévost, 1889

Pour l'école géminée

« Donc, à tous les degrés et dans tous les ordres, au nom de la meilleure éducation possible, l’école doit devenir mixte quant aux élèves et quant aux éducateurs. […] Nous voulons partout les femmes à nos côtés, mais nous voulons partout être aux leurs. Nous ne voulons les chasser de nulle part, elles ne doivent jamais repousser notre collaboration. Notre union est indispensable à l’avenir de l’école comme à celui de la société ; l’exclusion de l’un ou de l’autre est fatale partout ».

Cité dans « la Fabrique de l'histoire » France Culture, émission du 19/02/14.

Paul Robin a participé à la rédaction du Dictionnaire pédagogique de Ferdinand Buisson.


DOCUMENT 2 : UNION DES ASSOCIATIONS CATHOLIQUES DE CHEFS DE FAMILLE

14 rue d’Assas

---------------------

*LA LÈPRE DE LA LAÏCITÉ

---------------------

La Coéducation des Sexes et la gémination des Écoles

---------------------

La coéducation des sexes par la gémination des écoles a fait, depuis la guerre, des progrès effrayants.

C’est la « LÈPRE DE LA LAÏCITÉ » Par milliers se comptent les écoles géminées, c’est-à-dire les couples d’écoles dont l’une réunit grands garçons et grandes filles sous la direction de l’instituteur, l’autre, petits garçons et petites filles sous la direction de l’institutrice…

La coéducation et la gémination sont en effet immorales. Par la promiscuité des filles et des garçons, elle excite leurs sens plus tôt qu’on ne pense, elle enlève aux jeunes filles la réserve et la pudeur et en fait des GARÇONNES DÈS L’ÂGE DE TREIZE ANS.

Mais n’oublions pas que l’âge de la scolarité va être prolongé jusqu’à quatorze ans, et avec lui la promiscuité ;

Que la coéducation a été établie dans les collèges et les lycées dans les classes supérieures, et avec elle la promiscuité jusqu’à l’âge de dix-sept et dixhuit ans.

La promiscuité se pratique en classe et pendant la récréation, et cela suffit pour que plus d’une élève soit déjà allée se faire soigner aux Maternités.

Que sera-ce-alors lorsque, à l’exemple des Soviets, abominables apôtres de la coéducation, la promiscuité des sexes se produira dans l’internat et dans la serre surchauffée des dortoirs, après que dans la journée on aura donné à filles et garçons réunis

l’enseignement sexuel avec exercices pratiques de pièces anatomiques articulées ?

N’y a-t-il pas là un plan abominable de déchristianisation par la corruption de l’âme et du corps de la jeunesse ?

------------------------------

in N° Spécial de « Les hommes du Jour » d’avril 1935 consacré à la défense de l’école laïque

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.