Le barrage masqué

Le barrage au FN invoqué lors de la présidentielle de 2017 était un leurre, les exemples dans la politique menée par LREM se multiplient à ce sujet. Un vote de second tour anti-Macron aurait été bien plus inspiré et efficace...

Dès sa campagne, la plupart des médias se sont montrés plein de complaisance avec Emmanuel Macron.  Ils l’ont servi, il s’en servira. Cela s’est vérifié immédiatement lors de l’entre deux tours où tous les éditocrates ont joué les épouvantails contre son adversaire d’une part, mais aussi contre ceux qui refusaient de se rallier à lui d’autre part.

Les appels à « faire barrage au FN » étant ressassés comme une évidence par les sympathisants d’EM! – je ne parle pas même des fervents soutiens ou des militants récitant ce mantra – j’ai émis face à certains l’idée d’un vote Lepen pour faire barrage à Macron et son néolibéralisme euro-béat masqué. Il m’a indifféremment été rétorqué que Nadine Morano avait lancé un tel appel ou que les programmes FN et France Insoumise avaient plus en communs que ceux de FI et d’EM! Aïe ! Ces personnes n’avaient rien compris à la signification de la démarche.

D’un côté, Morano n’avait pas besoin de Macron pour appeler à voter FN tant ses idées s’inscrivent facilement dans celles de ce parti. D’un autre, rapprocher FI et FN par leur prétendus extrémismes qui se rejoindraient a été un des travaux de sape auxquels s’étaient  attelés pendant la campagne les éditocrates susmentionnés. L’automatisme n’a donc rien d’étonnant de la part d’électeurs de Macron, bien que cela n’aie aucun sens sur le fond. Le programme FN contenait toute une partie de leurres sociaux, ce qui n’en faisait pas une réalité pour qui savait lire.

Ce qui dérangeait EM! dans le programme FN n’était que sa partie anti-marchés libres. Les masques sont du reste tombés grâce aux récentes élections italiennes : Macron a salué le geste anti-constitutionnel et anti-démocratique du président italien refusant la nomination d’un ministre anti-euro à l’économie et tentant de nommer dans la foulée un premier ministre conforme aux attentes de l’UE. Le fait qu’un ministre xénophobe ait été installé à l’intérieur n’a pas soulevé d’indignation, celui de tenter de nommer un premier ministre non issu d’élections démocratiques non plus. Nous aurons l’occasion de revenir sur cet illibéralisme, le vrai, pas celui dont on accuse d’autres pour se prétendre « libéraux » et, partant, « démocrates »… « Les marchés apprendront aux italiens à bien voter » a déclaré en substance un responsable politique européen allemand pour l’illustrer.

Un vote Lepen anti-Macron en 2107 ne signifiait donc pour notre part nulle fusion d’idées avec le FN (alors qu’on lui en trouvera avec EM!) mais empêcher l’un, qui une fois élu aurait une majorité à l’assemblée pour faire appliquer son programme néolibéral et antisocial, d’accéder au pouvoir pour faire élire l’autre, qui n’aurait pas de majorité pour mettre en œuvre une politique antisociale autrement et xénophobe. Cela aurait même renforcée la possibilité pour FI, seul vrai barrage actuel au FN ou à EM!, de s’approcher d’une majorité au nombre des députés.

Trop subtil sans doute pour les manichéens du « barrage au FN » d’opérette. En conséquence, de quel côté se trouvent aujourd'hui la politique EM! de répression des mouvements de contestations ou de non accueil des réfugiés ?

Merci au pseudo-barrage, bas les masques...

 

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