Une même médaille

La doublette Trump/Macron, contrairement au parti-pris médiatique consistant à les opposer dans l'objectif de faire reluire le second, constitue le symptôme d'un même mal.

« Dès sa campagne, la plupart des médias se sont montrés plein de complaisance avec Emmanuel Macron. Ils l’ont servi, il s’en servira. », écrivais-je pour expliquer le rôle des éditocrates dans l’entre deux tours. Cette collusion a continué au moment de la venue de Donald Trump en France pour le 14 juillet 2017 sur le ton d’évidence « d’on ne peut pas faire plus différents l’un de l’autre », les éditocrates transformant Trump en faire-valoir de Macron.

Vouloir faire passer Trump pour le hochet de Macron signifierait qu’ils défendent des orientations politiques différentes et que l’un pourrait rallier l’autre à ses vues à l’insu de son plein gré. La réalité se révèle pourtant toute autre et j’avais fait par de cela à plusieurs interlocuteurs à l’époque – juillet 2017 donc – généralement des sympathisants EM ! qui ne l’envisageaient évidemment pas ainsi, trop subjugués par leur champion : Trump et Macron constituent les deux faces de la même médaille. Celle des écoliers du capitalisme vandale.

Trump, c’est le petit caïd de la cours d’école. Ni fin ni discret, il bouscule et maltraite son monde. Si vous connaissez la bande dessinée, c’est le Moe de Calvin et Hobbes : une brute épaisse sans foi ni loi qui rackette à coups de poings.

Macron, c’est le premier de la classe mais faux-cul, le fayot qui fait ses coups en douce. Il harcèle sournoisement, via messagerie ou réseaux, ou il le fait faire – son équipe réseaux est bien rodée même au détriment d’un adolescent (« ça va Manu ? »).

Chacun dans son style, ils sont en fait complémentaires. L’écart entre Trump et Macron ne consiste en réalité pas en une différence de nature de leurs objectifs, il ne s’agit que d’une question de degrés. Leurs méthodes diffèrent, leurs fins convergent, le capitalisme de marché avec ou sans protectionnisme.

Trump assène ses décisions, ou n’importe quoi d’autre, par tweets. Transformant le gazouillis en râle viril d’homme blanc, du moins le croit-il, il s’économise le babillage ou les séances de fausse écoute. Il a raison puisque c’est lui le plus fort. Son pragmatisme, c’est d’imposer ce qu’il veut.

Macron n’aime pas tant convaincre, comme il le prétend, que dérouler son argumentaire. Il recycle ainsi, ou revit, ce qu’il a appris : passer des oraux à l’ENA. S’il écoute, il n’entend que lui et se convainc qu’il a raison puisqu’il a si bien disserté. Il imposera donc son idée originelle, tel l’idéologue qui s’invente pragmatique.

Les deux font la paire.

Quant à imaginer que Macron puisse influencer Trump… Peut-on penser un instant que quelqu’un qui négocie à coups de hache se laissera convaincre par un rhéteur de salons feutrés avec macarons Ladurée ? Cela tiendrait pour le dernier de la mégalomanie. Une autre ressemblance.

Entre mégalos, ils s’entendront.

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