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Billet de blog 2 mai 2015

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" ISRAËL /PALESTINE LE CONFLIT DANS LES MANUELS SCOLAIRES

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OCCUPATION ET COLONISATION, NATIONALISME ... 

Aucun texte ne mentionne cette question fondamentale du conflit et seul le Magnard (p.267) montre de manière floue ( au loin ) la présence des colonies et ce que représente la colonisation.

Pas de photos de barrages israéliens avec les files d'attente de milliers de Palestiniens qui attendent de passer sur leur propre territoire, pas de photos de l'implantation des colonies souvent au-dessus des villes et villages Palestiniens avec des routes réservées aux colons, ni des conséquences en termes de pollution et d'impact sur l'environnement des Palestiniens.

La colonisation qui est l'objectif principal de toutes les politiques israéliennes qui se sont succédées depuis la création de l'Etat d'Israël, et qui est le fondement du conflit, est donc totalement occultée.

Les cartes sont tout aussi problématiques: elles réduisent l'occupation des territoires palestiniens  à quelques points représentant les colonies et encore pas sur toutes les cartes, et dans un même manuel nous trouvons Jérusalem comme la capitale de l'Etat d´Israël et d'autres fois Tel Aviv 

Si la question du nationalisme palestinien est présente dans les ouvrages, elle est associée au nationalisme arabe en général.

Or, l'image donnée des mouvements nationalistes arabes est négative comme le montre l'exemple de l'Egypte de Nasser présentée comme un nationalisme panarabe.

Cette image négative se prolonge par la présentation de la montée de l'Islamisme comme ultime revendication, sans explication contextualisée.

On ignore par contre les dimensions religieuses et coloniales du nationalisme israélien.

Pour cela certains mots sont utilisés tel que le mot "terrorisme" systématiquement rattaché aux Palestiniens, comme le montrent ces extraits de manuels :

Foucher Bac pro (p.61): " La montée de l'islamisme est à l'origine d'attentats terroristes contre l'Occident ( Europe, Asie, Afrique )".

Hachette (p.270): " À partir des années 1970, un nationalisme palestinien se réaffirme avec l'OLP et son chef, Yasser Arafat.

L'OLP appuie ses revendications sur la question palestinienne ( retour des réfugiés, libération des territoires occupés ) et le refus de la reconnaissance de l'Etat d'Israël.

Elle s'engage dans des actions de guérilla et de terrorisme, menées par les fedayins depuis les camps de réfugiés en Jordanie et au Liban.

Rien n'est dit sur le fait que les Palestiniens résistent d'abord à la perte de leur pays historique, mais aussi, à partir de 1967, à l'occupation de tout le territoire, à sa colonisation et aux guerres menées contre les camps de réfugiés.

Le mot "résistance" n'apparaît dans aucun manuel s'agissant des Palestiniens. 

Par contre, Israël est toujours en position défensive; pour cela plusieurs manuels donnent des extraits de la charte de l'OLP puis de celle du Hamas.

On glisse ainsi de la critique du nationalisme palestinien version OLP à celle de l'islamisme version Hamas.

Il n'est jamais mentionné qu'Israël a refusé, jusqu'en 1991, les négociations que les Palestiniens ont tenté en vain de mettre en œuvre jusqu'en 1974 par la voie de l'ONU, puis par des négociations secrètes qui n´ont pas abouti car Israël avait d'autres projets.

Hatier (p.280) présente un cadre intitulé "Le terrorisme arme des nationalistes" dans lequel sur onze actions de "terrorisme" une seule est imputée aux sionistes ( l'attentat meurtrier de l'Hôtel King David en 1946 ).

Or, le terrorisme a été utilisé précocement par les sionistes pour asseoir leur projet de colonisation d'abord contre les Palestiniens et ensuite contre les Anglais.

Quant à la situation de Gaza, aucun document ne montre l'encerclement et l'enfermement de la population depuis 1967, le blocus depuis 2007 mais aussi les restrictions imposées depuis 1967 en matière d'accès à la mer, le bombardement par Israël de l'aéroport et du port, les destructions des infrastructures civiles...

Les différentes photos de Gaza sont celles de militants en tenue militaire du Hamas ce qui permet de renforcer l'idée qu'il s'agit d'un            " Parti islamiste, proche des Frères musulmans, il utilise le terrorisme comme arme de lutte contre Israël dont il veut la disparition, et ne participe à aucune négociation internationale" Magnard (p.269).

Aucune analyse dans les manuels ne présente l'OLP comme un mouvement de libération national et donc de résistance.

L'élève ne peut donc pas comprendre que le Hamas est aussi un mouvement national et donc de résistance qu'Israël cherche à déligitimer et à détruire comme il a déligitimé l'OLP.

Aucu Livre scolaire n'indique que le Hamas a été élu démocratiquement aux élections de 2006 et qu'Israël a enlevé en 2006 des ministres palestiniens élus démocratiquement et qui se trouvent dans les prisons israéliennes aujourd'hui.

Le Belin termine le chapitre par l'improbable sujet de Bac intitulé : "Le terrorisme palestinien des années 1969-1970", avec comme exemple de terrorisme un extrait de la charte palestinienne et une photo de la prise d'otage de Munich en 1972, reprend la vision très "israélienne" de la présentation des évènements.

Depuis les années 1980, les nouveaux historiens israéliens ont eu accès aux archives de l'Etat d'Israël, qui ont non seulement confirmé ce que disaient les Palestiniens mais aussi donné des détails et des références de ce qui s'est réellement déroulé dans ce "nettoyage ethnique", pour reprendre le titre du livre d'Ian Pappé.

Leurs ouvrages, disponibles en français, sont une source facilement accessible ainsi que ceux des historiens comme Henri Laurens.

Et pourtant même si certains nouveaux historiens israéliens sont cités dans les manuels ou encore Henri Laurens, ce qui ressort nettement dans l'analyse des manuels scolaires français, c'est l'usage du discours officiel de l'Etat d'Israël dans la présentation des évènements et, au-delà, l'absence - ou la quasi absence - de toute analyse critique par une référence aux historiens arabes en général et au droit international. 

La mise en page, le choix des photos ( les Palestiniens sont unique montrés dans des scènes de violence, et jamais dans leur vie de peuple au quotidien ...), les titres ou le contenu sont donc à revoir de manière urgente pour permettre aux élèves d'appréhender la question palestine-Israël avec les outils historiques disponibles ( témoignages oraux, archives diplomatiques, études universitaires...) et en renonçant aux représentations et déformations coloniales qui semblent fortement encore marquer la présentation de l'histoire de cette région du monde.

Sandrine Mansour-Mérien

In, ISRAËL/PALESTINE LE CONFLIT DANS LES MANUELS SCOLAIRES. Editions Syllepse 2014.

Fonds archivistique et découpage d'El'Mehdi Chaïbeddera.

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