L'ASPECT " RACE "
On a beaucoup écrit sur l'aspect " race " du spectacle, lors de telles expositions.
Sur l'esplanade des Invalides et dans les lardons du palais du Trocadéro, des pavillons servirent d'emblèmes de l'identité nationale et coloniale.
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Annam était devenu protectorat français en 1884.
En décembre 1888, L'Illustration consacra un reportage étoffé à la cérémonie de remise des diplômes de lettrés annamites qui, après avoir passé leurs examens, deviendraient des serviteurs privilégiés de l'État.
Alors que cette classe avait depuis longtemps critiqué les Français et leur influence sur la culture indigène, ces images laissent percevoir que les hostilités avaient cédé la place à une amitié durable.
Le mois suivant, une gravure de l'ex-roi d'Annam - qui après avoir combattu les Français, avait fui et été capturé et emprisonné à Alger - clarifia les relations de pouvoir dans le cadre du protectorat, en particulier après son placement suggestif à coté d'une image de Stella, vêtue en soldat, dans une reprise de La fille du tambour-major d'Offenbach.
La publication de leur musique avant l'Exposition contribua aussi à préciser en quels termes les visiteurs comprenaient les non-occidentaux.
En janvier 1889, par exemple, L'Illustration publia un hymne choral tahitien transcrit pour le piano et deux chanteuses, présenté comme "authentique", datant d'avant l'artivée des européens et encore chanté par les indigènes.
Toutefois, son style évoque les chants des missionnaires protestants et, dans la gravure qui l'accompagne, le public de cette représentation appartient à la marine nationale.
in, La République, la musique et le citoyen -1871-1914- Jann Pasler, Gallimard, 2015.
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Bibliographie, choix et découpage El'Mehdi Chaïbeddera