AU GLAS D'UNE NUIT DE COLOGNE

Il y a des volcans qui se meurent Il y a des volcans qui demeurent Il y a des volcans qui ne sont là que pour le vent Il y a des volcans fous Il y a des volcans ivres à la dérive Il y a des volcans qui vivent en meute et patrouillent Il y a des volcans dont la gueule émerge de temps en temps (..) Il y a des volcans qui se voilent la face toujours dans les nuages (...) Aimé Césaire.

   À L'ENCLUME D'UNE NUIT DE COLOGNE

À toutes ces filles, femmes-fleurs du monde sur lesquelles on plaque vilaine main, auxquelles on décoche l'oblique regard de rue. 

À toutes ces industrieuses anonymes, ces forces d'âme, vives, sans voix, toutes ces fées d'ombre féant au fait d'oubli, tellement immémoriales dans leurs affres lumineuses que le mémorialiste, à la mode du monde, s'emploie à s'absoudre de les absoudre de "ses" mémoriaux qui fossilisent qui divinisent l'éphémère dont il demeure, cependant,  le pieux observant. E'M.C.

                                   •

Comment (s')interroger sur l'opiniâtre mutisme des sectes féminismes et autres tonitruantes officines sur ces inqualifiables crimes de guerres - viols de femmes - cette absolue atteinte à l'humanité la plus vive, la plus fragile, la plus déniée des temps modernes, ces ethno-génocides commis par des Européens, au cœur tellurique d'une Europe de Rapine, gangrenée d'ignor'arrogance, de craqueries, d'aveugles conquêtes, d'indentitartrite, coliquée de colonialité, endêvée d'extrémisme(s), malade de ses minorités, de ses (H)altérisations, de ses vieux démons, honteusement leçonneuse, méprisablement condescendante : 50 000 femmes vilifiées, fougées, violées, parce que musulmanes, torturées, brûlées vives, forc'engrossées, enserbées, massacrées, laminées, déniées, scélératement amnésiées, fielleusement invisibilisées, quel que soit le voile dont on les affuble, celui de leur foi, celui de leur choix, celui de nolition, ou celui de dilution au débarras de laïcarderie.

Puis, à pousse-parenthèse, voici que retentit le tocsin d'une nuit de Saint-Sylvestre à Cologne.

Une nuit à Cologne.

Pendant qu'on se déchaîne, en couverture média-essentialiste, qu'on s'aheurte, qu'on (s')ameute à l'émotion sélective, sur ce qui est, obscurément, déco-déroulé à Cologne : actes barbares des (combien?) migrants afro-maghrébins, qu'on (se) dirait, au dénoté, enraciné dans le rut, de l'utérus maternel à l'extremus de la torche renversée de mâle-maure à malemort !

Nonobstant.

Comment libérer le monde "libre", pavillonnant de féminisme - de la marquise à son marron - sans se libérer de ce regard strabique du bossu à cautèle, sans s'affranchir de cette tragédie, affreusement gîtée en soi, de l'hémiplégie émotionnelle, de la compassion ethnocentrée, de cette démence de soi?

Comment s'accommoder de sa nourricerie raciale, d'exister avec cette partie morte, morte à l'autre, en soi ?

Comment prétendre (re)civiliser cet "autre" ennemi intime (naguère nous débrutissant, nous civilisant, nous illuminant), qu'on (s')historise - aujourd'hui - pour se (r')assurer de sa quelqu'unerie hargneuse, de son égolâtrie aux forceps de moult prouesses technologiques, pour s'exonérer de lui ?

Comment pousser cet accablant témoin de devant soi, d'autour de soi, d'en soi, sans cesser de s'en incapaciter, sans cesser de se forclore en recherche de l'arme absolue, censée compenser, voire encalminer cette malacie d'âme piffre, d'âme safre malade de ses limes d'empire ?

Comment (s')aculturer, comment se (dé)civiliser à se (le) re-civiliser, à le civilisser en l'abordant, acrimonieusement mécompris, en Oie-Terminator pondeuse de lois honteuses, en s'impatientant de sa récalcitrance, en s'impassant de cette furieuse démence de soi, en s'encabanant dans ses sanglants acquêts du plus petit et plus meurtrier continent de la planète ?

Comment (s')interroger, au (du) Féminin, en s'impassant de la femme - dans tous ses états - celle dont on foule la voix, dont on vole l'histoire, dont on assèche l'essence, la fulgurante réifiée, celle dont on viole le simple, le terrible honneur d'être femme; la femme dans tous ses états, à tous ces États, en dette d'Elle; aussi "barbare" aussi curieuse, aussi orientalistiquement puisse-t-elle (leur) paraître, distraitement, folkloriquement portraiturée (!)?

Comment s'étiqueter de féminisme, plastronnant à tel (ou tel) ministère de fuministerie, en s'abougrissant à tel irrédentisme crapuleux de caste gobeuse de star-lettes ? 

Comment s'outre-indigner, à ce tohu-bohu médiatique, en se voilant la face, en s'operculant les sens, à cette essore d'essence assignable, en se caoutchouctant le cœur, en s'imperméabilisant à la dignité bafouée des 50 000 (1) femmes, ou plus, ou moins - qu'importe ...! (vétiller sur le chiffre est en soi une infamie de communiquant), ces bosniaques, musulmanes, européennes d'Europe, massivement violées, dans des camps de viol, en Europe, par des Européens, sur ordre d'une armée européenne, et, reléguées dans le cul de basse fosse de l'oubli (2), re-violées dans leur présence au monde sous la chape de plomb des politiques européens, par ailleurs volontiers friands de soubrettes coursées dans des hôtels étoilés, de scores aux choses salaces, et se payant d'esprit, malbêtes, quant au viol de la pittorresque "moukère", ou telle autre odalisque africaine en formules méprisables telles que "il n'y a pas mort d'homme" "(ce n'est qu'un) troussage de domestique" et autres horreurs racistes, qui auraient dû les mettre au ban de l'humanité.

Comment ne pas repenser, réinventer, revitaliser profondément, totalement le féminisme, encore (toujours?) ethocentré ?

Comment désalonner, désencluber, cet autre féminisme, partout, impliquant l'homme (dans sa multiple et complexe composante), qui soit sans compromis, sans compromission d'appartenance fantasmée à telle exclusive de droits universels, courageusement engagé dans un progressisme, une avancée de bel acabit, vraiment universelle, en gardant humblement à l'esprit, que ce féminisme, dont on s'approprie fichtrement les formulations, aux oripeaux de confortables postures, a de tout temps existé, en Afrique-même, dans ce vieux bon riche continent de Lucie, siphonné d'énergies, où pullulèrent et continuent de brasiller des Mères Courage, elles, pour le coup, lutte perpétuelle pour leur liberté, leur vraie liberté, pour leur grande affaire de décolonisation !

           VERS UN FÉMINISME INTÉGRAL

Ces femmes, nombreuses, anonymes, tenaces à la tyrannie de l'ordinaire, assourdie à l'enclume du monde, à ses Shows médiatiques, ces Jeunes filles, ces Femmes-Fromagers, elles, pour le coup, détonant à toutes les pressions de ce Souk planétaire, de ces guerres économiques, ne faisant pas l'économie de leur totalité quotidiennement atteinte, même au niveau du portrait, voire du souvenir que l'on consent, méprisablement méprisant, à en avoir !

Ces Femmes, ces femmes enfauvées de vie intense, femmes corps sans cors, sans estrade, sans parterre acquis, sans acoquinat politique, elles, ces femmes, ombres accablantes à tous les tocsins du monde leçons vivantes, leçons en marche d'indépendance, en mortel exercice de liberté, elles passant parmi nous d'un coeur ingambe et de langue exacte.

Vous, toutes, pour peu que vous ouvriez vos cœurs, que vous décossiez cet oeil enfoui, que vous libériez ce papillon perdu en vous, à la fraternelle brise musquée de leurs âmes qui vous interpellent, vous adressant  le spumescent salut de leur éternelle, blanche lumière; 

vous-mêmes à bout portant d'humanité, en griffotis de conscience, à brûle pourpoint d'Histoire, votre ardente immédiateté, tue, atténuée, mal-attenant, tenue à distance, vous autres, vous mêmes, à traîne diligentement, à manquement d'exactitude, votre aveuglante part manquante, votre cri, leur appel, votre anévrisme, votre dette, leur part en terre inconnue. Votre brûlante entièreté. 

Rhône, Mardi 8 mars 2016.

E'M.C.

                                •        •        •

(1) Entre 1992 et 1995, des milliers de femmes et de jeunes filles ont été violées en Bosnie - 50 000 selon Margot Wallström, représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU sur les violences secuelles touchant les femmes dans les conflits.

(2) Les "dignitaires" inculpés de crimes de guerre, d'horreur humanitaire, se sont (ou seraient) suicidés en détention, alors qu'ils étaient en procès, ce qui a eu pour vicieux effet "juridictif" de court-circuiter leur condamnation officielle, consacrant ainsi, d'un coup, le v(i)ol de la justice, de l'histoire, le vol de mémoire, et l'abjecte escroquerie de l'émotion policée, politiquement polissonnée à l'entendement matelassé de tel caste écoeurante, pour qui, à toute occasion intrinsèque au retour de boomerang, ou media-politico provoquée, cette fissible, cette monstrueuse, émotion est, manifestement, enclenchable, à l'exclusive, semble-t-il de toute autre !

                            •         •          •

Filmo-bibliographie proposée :

FILMS :

- As if,  I'm not there de Juanita Wilson, 2013.

- I cam to testify (Je suis venue témoigner), produit par la chaîne de TV américaine PBS, raconte l'histoire des premières 16 femmes bosniaques à avoir témoigné sur le viol à la Hague. ONU FEMMES, le 19 novembre 2012.

- Au Pays du Sang et du Miel, Angelina Jolie, 2012.

- La révélation, Hans-Christian Schmidt, 2009.

- Sarajevo, mon amour, Jasmila Zbanic, Ours d'or au Festival du film, Berlin, 2005, sortie en salles 2006.

- Herzégovine Les femmes de Visigrad, Jasmila Zbanic.

THÉÂTRE:

- Sept kilomètres Nord-Est, de l'actrice australienne Kim Vercoe, 2011(?)

                                   •

Rapports et Articles de presse :

- Bosnie-Herzégovine - Viols et sévices sexuels ptratiqués par les forces armées, Amnesty.org Document externe, Londres, janvier 1993.

- Bosnie-Herzégovine : Protéger les témoins de viols en temps de guerre, 2012. 

- Le viol comme technique de guerre, Martine Sevegrand, 18/11/2013.

AUTRES :

Histoire :

- Les viols pendant la guerre d'Algérie, Raphaëlle Branche, in La guerre d'indépendance des Algériens  (1954-1962), Editions Perrin, 2009, pages 239-253)

- Le viol en France dont l'ampleur grandissante est estimée, exemple en 2010, à 75 000 viols par an; en 2014, 12768 viols déclarés 

- Selon l'ONDRP, il y aurait 198 000 viols par an.      - Une femme sur dix a été violée ou le serait au cours de sa vie.

- 96% d'auteurs de viols sont des hommes. 

- voir, Planetoscope.statistiques.com

- Les viols en Syrie, Zineb Dryef, journaliste, L'Obs avec Rue 89, 26/11/2013.

Etc.

E'M.C.

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.