Le féminisme islamique est un phénomène mondial.
Loin d'être le produit exclusif de l'Orient ou de l'Occident, il transcende ces deux entités
Ayant émergé dans différentes zones géographiques à travers le monde (...), le féminisme islamique résulte du travail que les femmes effectuent à l'intérieur de leurs propres contextes nationaux, qu'il s'agisse de pays à majorité musulmane ou de pays ou sont anciennement établies des minorités musulmanes. (...)
Véhiculé à l'échelle locale dans un large éventail de langues, à l'échelle mondiale, l'anglais est la principale langue d'expression et de diffusion du féminisme islamique.
La maîtrise de l'arabe est certes essentielle pour effectuer un travail d'interprétatiin du Coran et pour étudier de près d'autres textes religieux islamiques,
Mais depuis que l'anglais sert de langue commune au féminisme islamique, sa terminologie est également utilisée.
De plus, avec la propagation des exégèses féministes islamiques, beaucoup de mots empruntés de l'arabe, comme par exemple Ijtihad qui est rapidement devenu un mot courant.
Le féminisme islamique transcende et démantèle les vieilles divisions binaires construites au fil du temps comme religieux / laïque ou Orient / Occident.
J'insiste sur cet aspect parce qu'il n'est pas rare d'entendre dire que le féminisme islamique, ou la reconnaissance en un discours féministe islamique, institue ou confirme de tels clivages.
Dans mes propos, conférences et mes écrits, je soutiens que le discours féminismes islamique produit exactement l'inverse :(...)
l'idée d'un prétendu clash entre le "féminisme laïque" et le "féminisme religieux" résulte d'un manque de connaissance historique ou, Bien souvent, d'une tentative politiquement motivée d'empêcher l'extension des solidarités féminines.
Pionniers, les féminismes laïques qui ont émergé en Egypte et dans d'autres pays arabes ont toujours fait une place à la religion.
Le féminisme égyptien, par exemple, était ancré à la fois dans le courant islamique réformiste et dans le nationalisme laïque.
À côté des arguments formulés en termes nationalistes, humanitaires ( et plus tard humanistes ) et démocratiques, le féminisme laïque ( souvent appelé simplement féminisme ) a utilisé des arguments islamiques pour justifier le droit des femmes à l'éducation, au travail et aux droits politiques.
Et c'est évidemment en avançant des arguments islamiques que les féministes ont plaidé pour la réforme du code musulman du statut personnel.
Le féminisme islamique défend les droits des femmes (...) en donnant aux arguments islamiques une place centrale, mais pas nécessairement unique. (...)
Certains objectifs du féminisme islamique, comme les changements dans les diverses versions nationales du code du statut personnel, sont les mêmes que ceux que poursuivaient naguère les féministes laïques.
D'autres revendications féministes ont été concrétisées depuis dans de nombreux endroits.
Bien souvent, quand les féministes laïques et islamiques essaient de travailler ensemble avec des buts communs, elles sont freinées ou séparées par la compétition entre les forces politiques.
C'est ce qui est artivé au Yémen après qu'une large coalition de femmes a réussi à éviter le vote d'un code du statut personnel régressif en 1997.
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In, Féminismes islamiques, Zahra Ali, La Fabrique, 2012, Article de Margo Badran
L'article précédent publié dans notre précédent billet du 12 décembre 2015 est aussi de Margo Badran qui inclut diverses interventions dont celle de Wadud A. :
Qur'an and Womam. Rereading the Sacred Text from a Woman's Perspective, publié une première fois en Malaisie en 1991, et ensuite aux éditions Oxford University Press en 1999.
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Choix, découpage, orientation bibliographique E'M.C.