LETTRE OUVERTE
À
FRANÇOIS HOLLANDE PRÉSIDENT
DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Je vous adresse, ici, en mon nom ( et aussi pour les enfants qui vous ont donné leurs voix ) nos félicitations, nourries d'un grand sentiment de soulagement, pour votre élection à la tête de l'Etat.
Félicitations pour votre hommage à Jules Ferry - grand ministre républicain qui, en France, en 1881, attacha son nom - à l'Ecole publique obligatoire et à la gratuité de l'enseignement y afférent, fruit d'une des plus grandes batailles humanitaires, dont il serait incongru, voire sacrilège d'enjamber certains noms-jalons, tels que :
Condorcet qui, dans un rapport sur l'instruction publique en 1792, trace le programme d'un enseignement national, obligatoire et gratuit.
Victor Duruy, ministre de l'Instruction publique ( 1811-1844 ), qui développa l'instruction primaire et créa l'instructuon primaire pour jeunes filles.
Et surtout, Jean Macé - l'enfant du peuple - fondateur en 1866 de la Ligue française de l'Enseignement et qui, le 31 octobre 1871, dans une pétition en faveur de l'Ecole laïque gratuite et obligatoire, recueillant plus d'un million de signatures " qu'il aura fallu une charrette pour les transporter jusqu'à Versailles " note Jean Rostand.
Jean Macé qui est à l'origine de toute la législation scolaire d'aujourd'hui.
Et enfin, enfin ! Par cette journée de pluie, dans la bouche d'un chef d'Etat, l'arc-en-ciel historique avec la subtile évocation du grand homme Georges Clémenceau, soulignant, réactualisant ainsi, sa ferme opposition à Jules Ferry et sa constante condamnation de cette infamie qu'à été - et qui est encore, toujours ! - au Moyen-Orient, surtout depuis 1967, le colonialisme, cauteleusement élitaire, nécessairement racial, avec sa honteuse panoplie d'appels aux mythes avec son carrousel de crimes, d'abjections, de pillages, d'étouffement et de dénis.
Jules Ferry, rappelons-le, qui bénéficiait de la collaboration pédagogique de Ferdinand Buisson, l'un des fondateurs de la Ligue des Droits de l'Homme ( Nobel de la Paix en1927 )
Sans oublier Edouard Herriot qui, en 1927, insère dans la loi de finances une mesure accordant la gratuité des classes de la sixième à la troisième, après une disposition permettant aux élèves de l'Ecole publique d'être choisis à titre gratuit dans les classes des collèges et des lycées.
Merci pour ce coup d'éclaircie, cette surrection de lucidité, ce fulgurant instant républicain de qui aime suffisamment la France pour la mettre à l'honneur de regarder avec honneur ses moments de déshonneur, mesquinement euphémisés "égarements politiques" qu'auront été la longue nuit coloniale.
Cet inestimable tout petit pas pédagogique de la grandeur humaine faillible, tracassant oxymoron ( on pense à Tocqueville démocrate et colonialiste, à Ferry, à Victor Hugo et que d'autres ( dans l'air du temps dirait-on, encore). Immense petit pas qui permettra de rassembler les élèves - nos enfants - autour d'une mémoire vivante, plurielle complexe, rassérénée, et surtout déracialisée, détribalisée, démythologisée.
Merci pour cet autre grand moment républicain observé dans la petite cour de l'Institut Pierre et Marie Curie, l'hommage rendu à Marie Sklodowska, arrivée de Pologne à Paris en 1882, dont nous retiendrons :
L'hommage à la femme, l'hommage à la polonaise au nom imprononçable, l'hommage à la réussite scientifique, l'hommage d'accueil de l'étrangère, l'hommage de l'intégration plurielle, par la transversalité des savoirs ( elle allait recevoir deux fois le Nobel, de Physique en 1903, de Chimie en 1911 ), du dépassement du fameux accent-parfum d'origine, de l'acquisition de la langue, du mariage dit mixte ( elle finira par " prendre" le nom de son mari et partenaire scientifique )
Et partant, l'hommage subliminal à Abraham, l'étranger irakien, émérite d'humilité à l'hospitalité en "Terre promise" et pour cause !
Merci pour ces voies ( ré )ouverte, merci d'apporter carnation au rassemblement pluriel et nécessairement intelligible face aux épreuves du monde, aux Holdings, aux cumuls, aux spéculations, au grand banditisme bancaire et au détroussement des peuples et couches populaires de chez soi.
Après toutes ces années de folklorisation de l'autre, de la détestation ciblée, de rage aux cynodromes de la stigmatisation, de l'incessante désignation du bouc émissaire, d'hystérie nationaliste, de contamination régressives, d'apologies honteuses.
Merci de revivifier l'envie d'être ensemble, d'aimer ce pays d'accueil - à commencer par Les Droits de l'homme - qui aura tant donné au monde et qui en aura tant reçu, en dépit de ses lourds moments de noirceur.
Merci pour ce grand signal politique qui empêchera, nous l'espérons, nombreux, de se défausser d'un antisémitisme, maintenant condamné, sur un autre antisémitisme minoré, ignoré, tu - parce que musulman - laissé à l'abade de l'infra- saisie et des amalgames médiatisés.
Cet autre antisémitisme, nourri d'ignorances militantes et de différentiels, exaltés aux ritournelles des officines abusives, la sémité, ni le souvenir, ni la souffrance alourdis de Mémorials ne sont, ne doivent être provende et monopole d'aucun bord.
Merci encore pour l'insigne bond pédagogique qui remet(tra) l'Ecole à l'honneur de tout. Libre de l'Enseignerie de l'histoire patriotarde vue par le trou de la serrure.
Une Ecole publique libre de tout bonneteau politicien, libre de gredinage laïciste, libre de suffocation laïcarde.
L'école libre, haute, multiple, à l'honneur de tous, en continuité anaphorique de cette phrase de Michelet : " La première partie de la politique est l'éducation, la deuxième l'éducation, la troisième l'éducation."
Nous vous souhaitons bon vent ! Bon vent à la politique du sain rassemblement ! Bon vent malgré la filature de la foudre à l'affût ! Résilience républicaine et bon vent par temps de pluie beau temps !
Salutations républicaines.
Lyon.22 mai 2012.
El'Mehdi Chaïbeddera