FEUX SUR L'OBSCURE SANGUINOLE
L'homme est le remède de l'homme, parole Wolof.
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La première victime de ce carnage au camion est une femme musulmane, voilée, niçoise, mère de sept enfants, sexagénaire, sortie admirer les feux d'artifice du14 juillet, à cette Promenade des Anglais, où le sort s'abattit, d'obscure sanguinole; affirment des témoins présents sur les lieux.
Nommons-la, citoyenne, pour la situer à son point de sang, nota-dîme, pour sa sépulture symbolique, Fatima Cherrahi, multipare à francité, de souche marocaine.
Soulignons (cf. L'express du 19/7/2016) que "plus de trente victimes sur les 84 sont musulmanes" soit "plus d'une sur trois"; puisque chez d'aucuns, écumeurs de mémoire, la langue s'alourdirait à ce sombre constat, nonobstant, récurrent à tous les théâtres de folie.
Le tueur au camion, minutieusement profilé, n'étant en rien musulman, ni Daeshi (ce qui là aussi, là surtout! n'a rien à voir avec l'islam), pourquoi donc s'opiniâtre-t-on, tisonnant à discorde, d'étiquetter l'horreur de son acte, de l'usuraire formule "terrorisme islamique", corroborant ainsi, ce à quoi on devait s'attendre : un état d'urgence distendu, à coup de rebond, couvrant (sans surprise) le sinistre mandat de "Moi, président...", donnant main libre à l'abitraire d'une gouvernance guerrière, honnie de la majorité (plèbe s'entend) trahie.
L'affiliation "terroriste" de cet obscur noceur passé à l'horreur, impossible à établir, lycaons d'ombre en mal de trame, s'affublent d'un autre monocle, d'outre-vue, découplant l'herméneutique classique, le radicalisme soudain, à nouaison fluviale; ce "radicalisme" spontané, nouvelle ignominie visant à élargir le champ cynégétique de suspicions, d'incrimination et des battues subséquentes.
S'ajoute à cette faillite d'éthique, l'abject pointage de ce qu'on accoutume d'appeler les grands médias.
Certes, l'occasion fait le larron, exhumant vice artésien, malbête décuplant;
certes, cela déclenche la mortifére extase d'une certaine catinocratie;
certes, dès le lendemain (quid de cap) l'apocalypse technologique s'abattra, encore, sur l'historique Syrie;
certes, le surnuméraire pauvre diable, pris de solatrie, esquinté d'injonctions, balloté d'intolérances, se trompera volontiers de colère, de créneau et de combat;
certes, nouvel assaut de l'ordinaire, "Satan trismégiste" de Baudelaire, "frôlé de l'aile de bêtise", s'embrenant de recours au 49-3, pour réduire, les transformant en crassier, les protections des travailleurs si chèrement arrachées;
certes, les cossus propriétaires de médias, sont, couplés de banksters, d'effrénés fabricants d'armes, de conflits, de tragédies, de morbidesse et de baudruches;
certes, ce sont eux, le rouage entrepreneurial, eux l'employeur, du garçon de course au fouille-fosse, du pigiste au courriériste;
certes, moult gérants, rédacteurs, échotiers font le Job, à l'arcane du compas, oppressés de robins, à l'encyclique du despote appété, au pedigree truqué, mais "quand même" comme dirait l'autre Carlos...
Paix aux âmes des victimes,
Condoléances à leurs proches,
Courage, patience et dignité à celles, collatérales que les circonstances et leur ignoble exploitation laissent subodorer incalculables...
Jablant au lien, ligament d'âme, aussi suprêmement que possible.
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* Solâtrie: néologisme intempestif pour dire l'hystérie du sol, qui pour certains constitue un fessier de rappel, pour d'autres un sacré fondement, dont on (se) fantasme l'exclusivité, perdant de vue, à la soûlerie de soi, l'éternelle ultime demeure.
Même un SDF peut être atteint de ce mal, au point qu'il "occupe", à son être échéant, pour vous balancer son "Rentre chez toi !"
Le SDF de la pensée, triomphal acéphale, volontiers sycophante, à réserve d'emploi, pauvre pépère à tout va, gratifié de licol -
Rhône, mercredi 20 juillet 2016.
E'M.C.