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Billet de blog 28 décembre 2015

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BIBLIOTHÈQUES

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Fondé sur le Coran, le "Livre" par excellence, le prodigieux essor de l'écrit et des arts du livre dans la civilisation musulmane - VIII-XIV siècle -est à l'origine d'une floraison de bibliothèques "publiques" ou privées, grâce au mécénat califal, princier ou particulier, phénomène unique dans avant les Temps modernes et qui obéit à des fins religieuses - étude et commentaire du Coran - Et scientifiques et ce dans tout le monde musulman, de l'Andalousie à l'Inde, de Tombouctou à Samarcande.

            L'ÂGE D'OR INTELLECTUEL

Trois institutions légendaires liées au livre sont créées au IX et XX siècles.

La première est la "Maison de la Sagesse" ( Beit el-Hikma) fondée à Baghdad par le calife abasside El-Ma'moun vers 815 ou  peut-être par son père Haroun El-Rachid.

Cette institution, financée, par le Trésor de l'Etat, est destinée à la traduction des manuscrits des "sciences anciennes" - philosophie, science naturelle -, grecs et hellénistiques, mais également persans, syriaques et sanscrits.

Dotée en plus d'un observatoire, sa riche bibliothèque, gérée par des bibliothécaires professionnels, accueille traducteurs et copistes de manuscrits.

Un réseau de "Maisons de la Science" (Dar el-'Ilm), bibliothèques publiques qui reçoivent des boursiers, essaimé a Baghdad même, à Mossoul, à Bassora, à Damas, à Alep et en Égypte.

À Baghdad encore, le calife El-Moustansir transfère en 1234 une partie de ses livres, 80 000 volumes, au collège théologique, (madrassa) El-Moustansiriya, qu'il a fondé.

Brillante est également la "Maison de la Science" ( Dar el-Hikma) des Fatimides chiites au Caire, au X ième diècle, avec ses quarante salles remplies de livres - dont 18 000 ouvrages hellénistiques sur les sciences naturelles et la philosophie.

Elle est financée en partie par les ressources du palais, et tous les domaines du savoir y sont représentés.

Plumes, encre et papiers sont fournis gratuitement aux lecteurs, et les bibliothécaires et chercheurs y perçoivent un salaire !

Le calife El-Hakim lui adjoint une Académie.

(...)

À La même époque, sous le calife omeyyade Hakam II, lui-même homme de science bibliophile, la bibiothèque du palais de Cordoue, qui accueille, savants, copistes et relieurs, est réputée contenir 400 000 volumes.

Le vizir El-Mansour l'expurgera d'un grand nombre de titres, à ses yeux "hérétiques".

Les reyes de Taifas créent de riches bibliothèques à Saragosse, Grenade, Tolède, mais de précieux ouvrages seront brûlés par l'Inquisition après la Reconquista.

Dans les brillantes cités du monde iranien, princes, vizirs, riches particuliers rivalisent dans la création de bibliothèques bien dotées : ainsi au Xième siècle, les Bouyides créent à Chiraz un établissement avec 360 salles, voûtées pour conserver la fraîcheur, puis, au siècle suivant, le sultan seldjoukide turc iranisé Adoud El-Daoula (m.1072) a réuni dans une biblothèque tout ce qui a été écrit jusqu'alors.

Cette floraison concerne aussi Ispahan, Rayy (Téhéran) - ou, au XII siècle, les abassides fondent plusieurs bibliothèques - et Merv, en Iran oriental, qui, au XIII siècle, en abrite dix avant que le cataclysme Mongol ne les réduisent en cendres.

Attachées à toute mosquée de quelque importance - comme celle de Sanaa, au Yemen, qui abrite toujours sa biblothèque multiséculaire- ainsi qu'aux établissements d'enseignement - hôpitaux, madrassas, observatoires -, des bibliothèques sont créés partout où se trouve une communauté citadine assez importante.

(...)

Cette bibliophilie se poursuit jusqu'au XVII ième siècle.

Dans l'empire ottoman, le conquérant Mehmet II commence aussitôt après la prise de Constantinople (1453) a réunir les manuscrits à la base des fabuleuses collections de Topkapi, et de celles (religieuses) de la Souleymaniye : les institutions d'Istambul possèdent aujourd'hui près de 150 000 manuscrits.

L'Inde moghole n'est pas en reste, ou empereurs et courtisans sont des bibliophiles avertis et ou les arts du livre et la miniature atteignent des sommets.

La bibliothèque impériale Moghole sera dispersée par les Anglais lors de la déposition de la dynastie, en 1858.

Aujourd'hui la plupart des pays musulmans possèdent des bibliothèques nationales modernes et publient des bibliographies nationales.

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Dictionnaire de civilisation musulmane, Yves Thoraval, Larousse 1995 ( pour l'édition originale), Larousse-Bordas/HER, 2001.

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Choix et découpage, E'M.C.

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