Les jeunes et l'écologie politique, une alliance nouvelle?

Le vote des moins de 35 ans aux élections européennes du 27 mai dernier est sans appel : le parti Europe Ecologie Les Verts est très largement emporté leurs voix (entre 25 et 28 %). Comment analyser ce vote ? Est-ce le début d’une grande alliance entre les partis écologistes et la jeunesse, ou la confirmation d’un intérêt ancien pour les questions écologiques ?

Les élections européennes du 27 mai laissaient présager de sombres résultats: forte abstention, taux élevés pour des partis prônant le repli sur soi et la méfiance à l’égard d’autrui, prégnance des thèmes conservateurs et identitaires... Si ces craintes ont été partiellement vérifiées, le vote d’une certaine catégorie de la population les a en revanche complètement écartées : les moins de 35 ans ont déjoué tous les pronostics et voté d’une manière que les sondages n’avaient pas anticipée. Les chiffres sont parlants: leur participation au vote a augmenté de 13 points par rapport au scrutin de 2014 et, surtout, ils se sont très majoritairement tournés vers les partis écologistes. Au premier chef EELV: 25% des 18-25 ans, 28% des 25-34 ans (source: article publié le 28 mai dans Le Monde, https://bit.ly/2Wa8wCv).

Or cela ne devrait pas nous étonner : qui a été à l’initiative des grèves pour le climat, dès août 2018, phénomène ensuite renouvelé chaque semaine dans le monde entier ? Greta Thunberg, alors âgée de 15 ans. Qui a publié un Manifeste parmi les plus lus sur la toile ? Les jeunes encore, avec le « Manifeste pour un réveil étudiant ». Dans le monde professionnel, quelles sont celles et ceux qui remettent le plus vigoureusement en cause les modèles économiques et de gouvernance dans lesquels la crise écologique actuelle plonge ses racines ? Les salariés.e.s de moins de 35 ans, une fois encore.

Pourquoi l’écologie semble-t-elle devenue le fer de lance d’un retour en politique d’une classe d’âge que l’on a longtemps accusée de se désintéresser de la participation aux affaires de la Cité? Plusieurs raisons peuvent être avancées.

La conscience d’une catastrophe au-devant de laquelle nous nous avançons inéluctablement ne peut qu’être plus vive pour celles et ceux qui l’affronteront en première ligne: tous les signaux scientifiques sont au rouge, qu’il s’agisse de la température atmosphérique, de la montée des eaux, des pertes en biodiversité, du taux de concentration de l’atmosphère en particules fines dont l’augmentation, au-delà d’un certain seuil, provoque des dégâts irréversibles sur le cerveau humain... et ce, non pas dans un horizon éloigné donc inaccessible, mais dès 2050 voire 2030 pour les plus alarmants. C’est pour notre avenir, pour notre vie future avant même celle de nos enfants que nous devons lutter dès aujourd’hui avec toute la force et la conviction dont nous sommes capables.

De plus, il faut mettre en avant l’agilité et la souplesse avec lesquelles les jeunes naviguent sur les médias, en particulier les réseaux sociaux, au rythme desquels se noue et se dénoue désormais toute campagne politique. Les codes sont maîtrisés, les interventions fréquentes, les partages et les commentaires d’informations (qui émanent parfois de sources discutables, certes) sont repris et relayés sur l’ensemble de la toile en quelques clics, alimentant un débat parallèle à celui des grands quotidiens nationaux voire remettant ce dernier en cause, soupçonné de faire le jeu d’acteurs qui privilégient leurs propres intérêts au détriment du bien commun.

Enfin, j’oserais une autre raison, parfaitement subjective et assumée comme telle, qui tient au rapport à la nature entretenu par les enfants et les jeunes adultes. Qui n’a jamais constaté que ces derniers sont les plus propres à s’émerveiller devant des phénomènes naturels face auxquels les « grands » sont comme blasés, indifférents ? Prendre le temps de s’arrêter, de respirer, d’admirer, de laisser sa chance et son espace à la beauté du quotidien, sont autant de petits bonheurs plus faciles à s’autoriser lorsqu’on n’est pas encore pris dans les mailles de rythmes professionnels qui nous désolidarisent de ces moments de grâce simples et naturels. Relisons Le Petit Prince dans lequel, déjà, un petit bonhomme reprochait aux adultes de ne pas savoir apprécier la beauté d’une rose ni la tendresse d’un mouton...

Nul doute que les partis politiques « traditionnels » tenteront de séduire ce nouveau public en verdissant leurs programmes. A nous de rester vigilant.e.s sur l’aptitude et le désir réels de ces partis à mettre en œuvre ce qu’ils proclament, afin d’échapper à l’instrumentalisation purement politicienne et aux querelles partisanes, pour que triomphent les vrais enjeux écologiques.

Remettre l’avenir du monde aux plus jeunes d’entre nous, oser faire confiance à leur sagesse et à leur sensibilité, ne serait-ce pas la nouvelle sagesse de l'ère anthropocène ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.