Quelle sorte de futur détenu, vous-même ou l’un de vos proches êtes-vous ?

La détention en France n’intéresse personne. Pire, les réflexions le plus souvent entendues sont : « Ce sont des criminels, ils l’ont bien mérité ». Peu de gens savent que les crimes représentent moins de 1 % des peines de prison prononcées. Vous avez de grandes probabilités de relever de manière délibérée ou accidentelle de l’une des autres catégories de personnes incarcérées.

Je me suis livré à ce petit travail à partir des dernières données consolidées du ministère de la justice. Les données retenues ne concernent que les condamnations fermes à un emprisonnement.

 

130 817 peines d’emprisonnement fermes ont été prononcées.

1055 soit 0,8 % le sont pour des crimes dont :

  • vols et violences : 0,43 %,
  • viols : 0,32 % ,
  • homicides : 0,05 %.

Toutes les autres, 129 762 soit 99,2 % le sont pour des délits dont :

  • délits routiers : 19,1 %. Dans cette catégorie figurent les homicides involontaires par accidents de la route (1% des délits routiers), mais aussi la conduite sans permis ou après suspension du permis (42 % des délits routiers) et la conduite en état alcoolique ou sous stupéfiants (44,5 % des délits routiers), voire le simple « refus d’obtempérer » (6,8% des délits routiers) ;
  • législation sur les stupéfiants: 13,3 %. Dont 96 % de ceux-ci sont liés à la détention, à l’achat ou à l’usage et seulement 4 % au trafic ;
  • et enfin un poste qui devrait exploser en 2018 et 2019 en raison de la répression du mouvement des gilets jaunes :
    • Outrage à agent de la force publique, rébellion, violence sur agent de la force publique qui représentait 3,6 % des motifs d’incarcération en 2016...
  • Vous pouvez également être incarcéré pour abandon de famille, non présentation d'enfant, falsification de chèque ou émission de chèque après interdit bancaire,...

La passion de punir persiste en France, sans réflexions sur son intérêt ; sans actions sur ses causes ; sans mesures de prévention en amont. Sans mesures de réinsertion après la rupture qu’est toute détention. Et sans réelle prise en charge de soins en cours de détention pour les pathologies addictives ou pour les affections psychiatriques.

Tout cela dans des conditions dégradantes qui se sont aggravées depuis un constat fait par le Sénat en 2000, et sur lequel je reviendrais dans un prochain billet.

Êtes-vous certain de ne pas risquer d’aller vous-même en prison un jour ou de ne pas avoir un proche qui puisse s’y retrouver ?

Sources: www.justice.gouv.fr/art_pix/Stat_conda_2016d_sstp.ods

 

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