Emile Gabriel (avatar)

Emile Gabriel

Taulard

Abonné·e de Mediapart

85 Billets

0 Édition

Billet de blog 5 mai 2018

Emile Gabriel (avatar)

Emile Gabriel

Taulard

Abonné·e de Mediapart

Yaourt

II y a des moments où, pour meubler le temps dans les généreux 5,3 m2 mis gracieusement à ma disposition par une administration pénitentiaire soucieuse de ma santé physique et mentale, je ne sais plus vraiment quoi faire pour occuper mon esprit à la dérive.

Emile Gabriel (avatar)

Emile Gabriel

Taulard

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dernièrement, dans la période post-prandiale où l’organisme enfin libéré des contingences alimentaires est dans des dispositions favorables à l’expression d’une pensée profonde, je me suis intéressé à ce qui était écrit sur le pot de yaourt que je venais de vider (il faut bien se nourrir…). Pourquoi à ce moment précis ? Alors que j’ai déjà dû avaler une quantité phénoménale de ces saloperies depuis que je suis incarcéré. Mystère !


Toujours est-il que j’ai appris que ce truc de marque Danone était fabriqué « Au lait de nos éleveurs ». Personnellement j’aurais préféré du lait de vache, de chèvre (plus goûteux) ou même de brebis, voire du lait de chamelle (riche en vitamine C).

Ne riez pas ! La législation en France prévoit que les produits laitiers, lorsqu’ils sont issus du lait de la vache doivent porter la seule mention « lait » dans l’indication d’origine. Dans tous les autres cas cette origine doit être désignée par la dénomination « lait » suivie de l’indication de l’espèce animale dont le lait provient. Dont acte…


Ensuite mon flair, infaillible pour détecter les arnaques de toute nature, particulièrement lorsqu’elles sont institutionnelles, a été mis en alerte par la dénomination « saveur vanille ». Quoi « saveur » ? Ce truc contient de la vanille ou pas ? Mon odorat me disait qu’il n’en avait que le nom. Ce que la lecture de la composition du produit a confirmé.


Le parfum de la vanille est complexe, il résulte du mélange de plusieurs centaines de composés aromatiques différents. Il convient donc pour retrouver l’intégralité de ce parfum d’utiliser la gousse. La vanilline étant la note dominante du parfum de la vanille, certains industriels n’utilisent que ce seul composant pour parfumer leurs créations. Mais il y a belle lurette que la vanilline n’est plus extraite de la gousse de vanille. En effet le produit est facile à synthétiser et le prix de production ridiculement bas comparé au prix du produit naturel. Un kilo de gousses de vanille se négocie autour de quatre-vingts euros, et contient au mieux vingt grammes de vanilline, un kilogramme de vanilline artificielle coûte 10 euros. La vanilline peut être synthétisée à partir des eaux résiduaires des industries de la pâte à papier (ça c’est particulièrement appétissant), ou bien encore recréée par biogénétique (digestion par des bactéries) à partir des résidus sucriers de la betterave. Dans ce deuxième cas les fabricants considèrent qu’il s’agit d’un arôme naturel et l’indiquent comme tel dans la composition des préparations alimentaires…


Ce qui m’inquiète à propos du yaourt en question c’est que le fabricant se borne à écrire arôme (alors que s’il s’agissait de vanilline, il serait plus avantageux pour lui de l’écrire sur son produit). Le seul autre composé que je connaisse qui sente un peu la vanille est une molécule chimique, l’éthylvanilline utilisée depuis les années 1920 en parfumerie* et depuis 1930 en alimentation. C’est ce qui parfume le sucre « vanilliné » qu’il ne faut pas confondre avec le sucre « vanillé » qui contient en principe de la vanilline provenant de gousses de vanille. Toutefois l’usage de l’éthylvanilline est interdit dans les produits laitiers frais. Le mystère du yaourt sucré enrichi en vitamine D (encore un argument de vente à la con), reste donc entier.

*pour la première fois par Guerlain en 1925 pour la création de « Shalimar ».

Illustration 1

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.