Parfois les mots d'un poème en disent davantage qu'une longue diatribe. L'enfermement , l'absence, la détresse et la colère. Je crois que tout est dit dans ce poème de détenu recueilli dans le journal d'une prison. Et le fil rouge du silence de ceux qu'on enferme, comme un écho à celui de ceux qui nous ont privé de liberté et qui nous oublient... Au nom du peuple français.
Silence !
J’aurais voulu vous dire, avec des mots à moi :
La douleur de l’absence. Cet enfermement
De l’émoi et des sens. Mais j’ai perdu la voix.
J’aurais voulu parler. Le verbe n’y est pas.
SILENCE !
Aussi bien que l’on pense, on pense sombrement
Quand on songe à l’ennui de ces années perdues.
Labyrinthe d’effroi. Terreur… Égarement…
J’aurais voulu crier. L’esprit n’y était pas.
SILENCE !
Pour ne pas m’effacer, être un peu entendu,
J’ai frappé sur les murs et les barreaux d’acier
Un rythme syncopé de phrases suspendues.
J’aurais aimé chanter. Le souffle n’y est pas.
SILENCE
J’aurais voulu vous dire, ô magistrats distraits,
Entendez-moi un peu ! J’ai parlé, j’ai crié
Et s’il le faut vraiment, je vous le chanterai.
Mais je perdrais mon temps. Votre cœur n’y est pas.
SILENCE…