La maison d'arrêt de Colmar dissémine ses punaises de lit

Non contente de prendre des mesures tardives, après que des détenus aient dû saisir le tribunal administratif, pour se débarrasser d'une infestation par des punaises de lit, l'administration de la maison d'arrêt de Colmar transfère des détenus sur toute la région. Sans doute pour disséminer les insectes.

Depuis le début de l'année, les détenus de la maison d'arrêt de Colmar (Haut Rhin) subissent l'enfer en raison de l'infestation par des punaises de lit. L'administration restant sourde à leur plaintes, plusieurs détenus ont dû saisir le tribunal administratif pour qu'enfin la direction prenne des mesures.

Mais pour traiter le problème, il faut évacuer les lieux. Ce sont donc 60 détenus qui seront répartis dans tout le Grand-Est. Une manière comme une autre de faire voyager les parasites ou leurs œufs avec les paquetages des détenus...

Cette histoire de punaises de lit serait anecdotique si elle n'était symptomatique du comportement de l'administration pénitentiaire face à des risques sanitaires bien plus graves, non seulement pour la population pénale mais pour la société dans son ensemble :

En France, la prévalence de la tuberculose est quinze fois plus élevée en détention que dans la population générale et ce sont les formes résistantes qui sont le plus représentées, l'infection par le VIH (sida) quatre fois plus élevée (et même cinq fois concernant les femmes détenues), l'infection par le VHC (hépatite C) dix fois plus élevée (trente fois plus pour les femmes détenues). Et ces données seraient sous évaluées... Pour le VHB (hépatite B) il n'existe même pas d'étude...

La surpopulation et la promiscuité favorisent la transmission.

Il n'y a que peu ou pas de prise en charge pendant la détention. Et le suivi des malades n'est pas assuré après leur libération.

L'OMS a lancé l'alarme et fait des recommandations à diverses reprises, mais la France ne semble pas pressée de les mettre en œuvre.

En attendant la prochaine catastrophe sanitaire...

Quelques liens :

Risque infectieux en prison : un réel enjeu de santé publique

OMS: Tuberculose en prison

Institut National de veille sanitaire (INVS) : Milieu pénitentiaire et santé

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