Corps Imaginaires

Hier, 8 mars, c'était la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. J'en ai profité pour lire "Corps imaginaires" écrit par Brigitte Brami (Éditions Unicité), incarcérée à Fleury-Mérogis en 2013-2014.

Les femmes détenues subissent des conditions de détention souvent pires que celles des hommes (moins d'activités, accès plus difficile aux infrastructures, abandon fréquent des proches...), mais on ne les entends que très rarement.

Brigitte Brami n'a vécu que des détentions courtes. Toutefois elle a mis le doigt sur l'un des paradoxes de la prison : si la peur d’aller en prison permet de réguler les comportements sociaux, supprimer cette peur conduit à se libérer de l’obligation aux lois. Et le fait d'être incarcéré, même brièvement, supprime cette peur et la remplace par la colère et la révolte.

"Corps imaginaires", raconte le parcours de deux femmes que Brigitte Brami a connues.

Elle présente ainsi son livre : «J’ai tenu à tricoter avec mes souvenirs marseillais les deux textes qui suivent dans leur intégralité en les laissant intacts. Ils décrivent deux détenues que j’ai connues à la même période lors de mon incarcération en 2013-2014 à Fleury-Mérogis, dans le 91.
Thérèse a vécu son corps comme entièrement aliéné à la cour de promenade, à sa cellule, au petit espace des parloirs, aux contingences. Elle en est morte. Tandis que Sana a déréalisé et réinventé son corps, elle a ainsi agrandi la cour de promenade, sa cellule, le petit espace des parloirs, et les contingences, elle a survécu. Tout corps est imaginaire, quand il est enfermé, quand il jouit, quand il meurt. Et surtout quand il se regarde dans le miroir.
J’ai dû quitter la ville sans corps – Paris – et rejoindre la ville organique – Marseille – pour enfin accepter que mes écrits, Thérèse est décédée et Sana ou le Corps incarcéré deux fois, soient incarnés par deux lectrices dans le cadre d’Une semaine, un auteur, consacrée à mon travail et organisée par Peuple et culture Marseille sur la langue des minoré.e.s.»

Brigitte Brami est également l'auteure de «La prison ruinée» (Éditions INDIGÈNE). Elle se qualifie de « poète voyou et voyant » à l’instar de Jean Genet, Albertine Sarrazin et Rimbaud. En 1984, elle avait 20 ans. Elle a publié son premier recueil de poèmes : «La lune verte» (Editions Saint Germain des près).

J'invite toutes les femmes détenues ou ex-détenues à ne pas laisser aux seuls hommes l'expression de ce qu'est la réalité carcérale pour elles. Bien qu'enfermé.e.s derrières les mêmes murs, nos planètes sont habituellement plus éloignées que Mercure ne l'est de Neptune et nos parcours, au sein des prisons, parfaitement balisés afin qu'ils ne se croisent jamais.

 

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