Surpopulation carcérale: le respect de la loi de 1875 n'est pas pour demain

L’encellulement individuel, voté depuis 1875, n’est pas pour demain. La loi a 143 ans. Le dernier moratoire de 5 ans repoussant ce droit à l’encellulement individuel date de 2014. Il prendra fin le 24 décembre 2019, et ce ne sont pas de nouvelles « places de prison » qui vont régler le problème.

Toutes les nouvelles prisons construites, en particulier concernant les maisons d’arrêt, annoncent des capacités d’accueil supérieures au nombre de cellules. Mais les pouvoirs publics ne communiquent évidemment que sur les « places de prison ». L'enfumage dans ce domaine comme dans d'autres reste la règle.

Quelques chiffres pour comprendre:

Il y a en France :

  • 70710 détenus
  • 40857 cellules individuelles
  • 6653 cellules doubles
  • 2271 cellules collectives

En moyenne pour 420 places annoncées, il y a 280 cellules dans les maisons d’arrêt. Soit un taux de surpopulation structurel, voulu et contraire à la loi, de 150 % .

Tous les taux de surpopulation annoncés sont basés sur le nombre de places, pas sur le nombre de cellules, il est en moyenne de 120 % (142 % pour les seules maisons d’arrêt). Il convient donc d'ajouter ce taux à la surpopulation structurelle telle que décrite plus haut.

Des conditions de détention dignes, ce n'est pas pour demain...

Cela signifie que, pour simplement respecter la loi, il faudrait doubler le nombre de cellules disponibles dans les maisons d’arrêt. A condition que la population carcérale n'augmente pas dans le même temps.

On comprends mieux pourquoi les moratoires reportant l'encellulement individuel se suivent...

Il faudrait construire 40 000 cellules en France pour espérer voir la loi respectée.

Ne serait-il pas plus simple, et moins coûteux, de diviser la population carcérale par deux en infligeant d'autres peines que la détention ? Peines qui ont démontré qu'elles étaient plus efficaces (en termes de réduction de la récidive) et moins "désocialisantes"...

 

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