Baisse drastique des moyens de prévention de la récidive.

Dans un contexte économique de rentrée difficile, les moyens affectés à la prévention de la récidive déjà amputé dans le budget 2018, devra faire l'objet de nouvelles restrictions. Cela affectera en priorité les missions de réinsertion, qui ne sont plus prioritaire depuis longtemps, mais également les conditions matérielles et le respect de la dignité des personnes détenues.

La revue à la baisse des taux de croissance entraîne en pratique une diminution de 7 milliards des recettes et un accroissement de 7 milliards des déficits. Soit une ardoise de 14 milliards qui n'était pas prévue.

Le budget 2018 des prisons avait déjà été fortement impacté par les mesures d'économies du gouvernement, malgré la mise en garde par 27 association en octobre 2017. C'étaient surtout les budgets en faveur de la prévention de la récidive qui étaient réduits, certaines baisses atteignant les trente pour cent, mettant en péril l'existence même d'associations d'aide à la réinsertion.

Actuellement, vu de l'intérieur, ces restrictions supplémentaires entraînent une baisse des activités culturelles, une réduction du temps de présence ou une suppression de postes de travailleurs sociaux au sein des établissements. Une réduction des moyens affectés à l'enseignement en cette rentrée, avec d'important reculs sur des mesures actées en fin d'année scolaire.

Aurélie Pascal, conseillère nationale au Syndicat national des directeurs pénitentiaires affirmait au mois d'août, dans le cadre de la vague de suicides à Fleury-Mérogis : « On prétend lui donner une dimension de réinsertion. Sauf que dans les faits on reste dans la fonction expiatoire, punitive. On est dans un système qui veut lutter contre la récidive mais dont le fonctionnement reste dans l’ancien système».  Elle posait les conditions d'un projet salutaire : "un budget absolument énorme mais aussi et surtout un courage politique. Il va falloir expliquer à nos concitoyens que la priorité du prochain quinquennat va être donnée au système carcéral au détriment d’autres domaines. Ça va créer des mécontents, voire de la vindicte populaire ? Mais sans ce courage politique, on restera coincé dans cet éternel paradoxe » .

Dans les faits on fait exactement l'inverse.

L'alimentation s'en ressent, les conditions d'hébergement et d'hygiène également. Les fournitures de produits d'entretiens de cellule et d'hygiène individuelle deviennent aléatoire, même pour les personnes indigentes.

La plus grosse part du budget va directement dans les caisses de société privées. Au termes des 30 ans de contrat, et qui auront englouti des fortunes, l’État héritera d'établissements complétement vétustes. Dans les prisons récentes, les malfaçon sont nombreuses. Construites à la va-vite, les premières fissures apparaissent moins d'un an après la construction, au bout de quelques années, les VMS sont en rade et les moisissures envahissent les cellules.

Si vous voulez vous rendre compte par vous même, demandez à votre député d'organiser une visite de la prison la plus proche de chez vous, et venez discuter avec des personnes détenues...

Sources :

Le gouvernement ne vise plus que 1,7% de croissance en 2018 - Le Figaro 10/09/2018

Contrats en or, prisons en carton - L'Express 9/08/2018

27 organisations interpellent les parlementaires sur le budget pénitentiaire 2018 - L'Humanité 27/10/2017

Communiqué des Associations valdoisiennes, ESPERER 95 et CPCV - Avril 2018

Pourquoi se suicide-t-on autant dans les prisons françaises ? - Les Inrocks 10/08/2018

 

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